Interview de Pierre Saviste
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de Pierre Saviste
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Pierre Saviste
Date de parution : janvier 2000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : interview par mail
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : janvier 2003

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Petit nouveau de la fantasy, Pierre Saviste vient de publier son premier roman aux éditions Mnémos, le premier d’une grosse série Ombramère. Une excellente raison de lui poser quelques questions

Actusf  : Quel est votre parcours littéraire ?
Pierre Saviste  : D’abord, permettez de vous remercier de l’intérêt que vous portez à Ombramère. Votre article sur Ombramère est très élogieux, ma modestie naturelle (on me reproche souvent d’être trop modeste) va en prendre un coup. Ensuite, je voudrai me présenter un peu, pour ne plus être cet inconnu, comme précisé dans l’article du site. D’abord, Pierre Saviste est un pseudonyme. Je travaille pour le ministère de la Défense. J’ai 44 ans (jeune écrivain ?), marié et père deux filles de 12 et 14 ans. Après plusieurs déménagements imposés par ma profession, je suis installé depuis 1998 à côté de Phalsbourg, en Moselle. J’ai commencé à écrire Ombramère il y a 2 ans. Au risque de vous décevoir, je n’ai fait aucune étude littéraire. En effet, j’ai fait des études commerciales, il y a pas mal d’années, et rien ne me prédestinait à ce que j’écrive. Je ne pense pas avoir réellement l’esprit littéraire. J’ai appris " sur le tas ". En fait, j’ai progressé grâce aux conseils de jeunes amis qui m’ont fait le plaisir de lire et de critiquer sans ménagement ma première version d’Ombramère, ainsi que les critiques prodiguées par Célia Chazel, ma responsable d’édition chez Mnémos, qui ne me ménage pas. Mon style s’est amélioré profondément grâce à elle. Parallèlement, j’ai beaucoup lu de livres de fantastique, ce qui a laissé son empreinte sur moi, je pense.

Actusf  : Comment êtes-vous venu à l’écriture ?
Pierre Saviste : En fait, mon envie d’écrire débuta, je crois, en 1977, mais je ne réalisai cette envie que très tard. Je découvris cette année-là le jeu de rôle, que je devais pratiquer de très longues années. Devenu naturellement meneur de jeu, je pris alors le parti de créer mes propres aventures. Lors d’un séjour à l’étranger, en 1999, j’entrepris l’écriture d’une nouvelle. Le temps passant, j’ajoutai des chapitres. Peu à peu naquit une histoire : Les Chroniques Perdues des Ombres Amères voyaient le jour. Après maintes corrections, et travail de réécriture, le cycle devint Ombramère.

Actusf  : Pourquoi la fantasy ?
Pierre Saviste : Pourquoi la Fantasy ? D’abord parce que je suis un rêveur. Ensuite, je suis un voyageur, (d’abord par nécessité professionnelle, puis j’ai besoin de m’évader souvent hors la grisaille de la vie quotidienne). Enfin j’aime les périodes antiques, médiévales. Naturellement, la Fantasy, et plus particulièrement l’Héroic-fantasy (que j’appelle plus volontiers Médiéval-Fantastique) m’offre toutes les possibilités de me créer un monde qui s’approche le plus possible de mes rêves.

Actusf  : Je crois savoir que vous êtes passionné de jeu de rôles. Quelles caractéristiques ou techniques du jeu de rôles utilisez-vous ?
Pierre Saviste : Oui, j’ai pratiqué le jeu de rôle durant de très longues années, comme joueur et meneur de jeu. Je dirai que la seule technique des jeux de rôle que j’utilise est l’écriture d’un plan par partie et par chapitre. Mais je doute que cela soit propre aux jeux de rôle.

Actusf  : L’une des grandes qualités de votre roman est une structure sans faille. Comment y travaillez-vous ?
Pierre Saviste  : En fait, je travaille à partir d’un synopsis général, que j’ai découpé en un certain nombre de volumes. Ensuite, je reprends chaque volume, et je refais un synopsis plus détaillé, essayant de prévoir les chapitres. Je redescends d’un niveau, et je me fais un plan du chapitre. Ensuite, j’entreprends l’écriture du chapitre. Une constatation : il est rare que le plan du chapitre ou le synopsis du livre n’évolue pas dans le sens de la longueur, ce qui rallonge la taille du livre. J’ai choisi de structurer l’histoire en parties distinctes, c’est-à-dire de suivre la vie de deux ou trois groupes de personnages différents. Ce n’est pas très aisé, mais en fait cela est imposé par le synopsis. Cette structure devrait être utilisée dans les cinq volumes du cycle.

Actusf  : Il y a également de nombreuses références à la Bible et aux mythes. Quels sont les légendes et les contes qui vous ont le plus marqué ou inspiré ?
Pierre Saviste : Références à la Bible ? Vous parlez sans doute du Grand Châtiment imposé par Sénocle aux hommes. Le déluge de la Bible m’a impressionné lorsque j’étudiais ce livre. Comment un Dieu aimant pouvait-il punir ses enfants aussi cruellement ? Et la Bible n’est-elle pas, toute proportion gardée, un fabuleux livre de fantasy ? Les contes qui m’ont le plus marqué ? Sans doute Peter Pan, et surtout le film Hook, dans lequel Peter Pan a grandi et a oublié le monde fantastique. C’est sans doute ce que je regrette le plus, la candeur de la jeunesse. Mais cela n’a pas influencé mon envie d’écrire. Par contre, j’ai été incontestablement influencé par des écrivains de fantasy. Au risque de vous décevoir, mon préféré n’est pas Tolkien, que je respecte pour être le père de la fantasy. Mon inspiration, et sans doute le coup de pouce à mon envie d’écrire, est venue de David Eddings, par la lecture de La Belgariade et La Mallorée. C’est surtout son style qui m’a séduit, plus que l’histoire elle-même. Ensuite, citons Stéphen Donaldson, puis Moorcook, pour son livre Corum. Pour terminer avec les anglo-saxons, je citerai Gene Wolfe, qui a écris la série sur Teur. Autre inspiration, le jeu de rôle Runequest, ou plutôt le monde de Génertela, qui me fait encore rêver.

Actusf  : Votre roman suit plusieurs personnages importants. Dans cette pluralité de personnages, gardez-vous une préférence ? Par quoi ou qui vous ont-ils été inspirés ?
Pierre Saviste  : Ai-je un préféré dans mes personnages ? Sans doute Arayel, mais pour une raison étrangère au livre. Arayel a été mon premier personnage de jeu de rôle en 1977. Je l’ai fait vivre dans maintes aventures car j’avais sans doute un attachement pour lui. Lorsque j’ai décidé de transformer ma nouvelle en roman, il a pris naturellement sa place dans mon histoire. Sinon, je ne pense pas avoir de préférence. Sinon, j’aime bien Chimar, car, bien que manipulateur, c’est un être malheureux car seul (ses parents sont endormis), privé de sa substance divine (il vit dans deux corps humains différents). En fait, je fais évoluer les personnages au gré de l’écriture. Certains personnages, secondaires au départ, deviendront sans doute plus importants. D’autres, qu’on pourrait penser être primordiaux, n’auront qu’un rôle plus mineur. J’aime surprendre le lecteur, ne pas le laisser dans une logique du bon et du méchant. Je pense que dans Ombramère, le bon ou le méchant n’est pas forcément celui auquel on pense. En fait, personne n’est vraiment bon ou méchant. Ma fille Virginie m’a dit un jour : " Dans ton livre, je préfère Or Kaldor, l’Avatar, parce que je suis sûr qu’il va perdre à la fin, et c’est bien dommage. " Je dirai que cette pensée m’a fait réfléchir. L’inspiration pour mes personnages ? Inconsciemment, j’ai dû subir l’influence de mes auteurs préférés ou de films de fantasy. Mes personnages principaux vont tous devoir se remettre en question, abandonner une partie de leurs principes moraux, voir faire des choses " contre nature ". Cette manière de faire vivre mes personnages vient de mon expérience de la vie, dans laquelle nous sommes parfois amenés à faire des actions qui nous déplaisent mais que notre éthique professionnelle nous impose. Je n’aime pas les héros trop " archétypes ".

Actusf  : Arayel est justement un personnage familier au lecteur. On peut même dire qu’il présente toutes les caractéristiques du champion. Quel est, selon vous, le héros type en fantasy ?
Pierre Saviste : Je n’ai pas conçu Arayel comme un champion au sens propre du terme. Comme les autres, il possède ses propres faiblesses et doit agir parfois contre ses principes. La suite de l’histoire montrera qu’il n’est pas le héros si parfait que ça. Mon héros type en fantasy ? Je ne dois pas être dans la lignée des grands écrivains de fantasy. Chez Tolkien, les héros (Aragorn, Gandalf, Frodon, Egolas) sont presque parfaits. Trop à mon goût. Pour moi, un héros est d’abord quelqu’un doté de qualités mais aussi de défauts, comme tous les êtres vivants. Il doit être capable d’accomplir des actions épiques, tout en conservant ses faiblesses, qui doivent le pénaliser. Son héroïsme apparaîtra justement dans sa capacité à gérer ses faiblesses. Le héros, c’est un être normal plongé dans une situation anormale.

Actusf  : Avez-vous déjà terminé la trilogie ?
Pierre Saviste  : Pour commencer, je pense que vos sources sont assez anciennes. En effet, Ombramère était bien prévu d’être une trilogie initialement. Or, l’écriture d’un synopsis détaillé (que je n’avais pas fait au début, j’avoue ma faute !) me fait dire que ce cycle devrait être de 5 tomes plutôt que de trois. Pour répondre à votre question, seuls les deux premiers tomes sont achevés, le tome 2 étant prévu de sortir en librairie fin janvier 2003. Je suis actuellement sur l’écriture du tome 3 que j’espère achever pour fin mars 2003. Je voudrai lever également une petite erreur due à l’impression du tome 1 : Les héritiers de Ghern Arg. Le second tome ne s’appelle pas Le Chemin des larmes, mais La marque des Primans. Le chemin des Larmes est le titre du tome 3.

Actusf  : Quels sont vos projets ?
Pierre Saviste  : Des projets ? Hormis terminer Ombramère, pas vraiment. J’ai bien une idée qui dort dans de vieux cartons, mais c’est beaucoup trop tôt d’en parler, je crois.

Anne Fakhouri