Interview de Richard D. Nolane pour Wunderwaffen
de Richard D. Nolane
aux éditions
Genre : Interview

Auteurs : Richard D. Nolane
Date de parution : décembre 2013 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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A l’occasion de la sortie du 4e tome de la série Wunderwaffen, nous avons posé quelques questions à son scénariste, Richard D. Nolane.

ActuSF : Bonjour Richard, tout d’abord peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours d’écrivain ?
Richard D. Nolane : Bonjour, Bertrand. J’ai publié mes premiers articles en 1973 dans la revue semi-pro Horizons du fantastique. Ensuite, j’ai suivi un cheminement assez classique dans le milieu en suivant la filière des revues spécialisées et de sauter le pas de l’écriture et la traduction à plein temps à partir du début des années 1980, le tout assaisonné d’un certain nombre d’anthologies dont deux parues directement aux USA en poche chez DAW Books. J’ai aussi écrit une bonne quarantaine de romans de la série Blade publiée par Gérard de Villiers qui vient de nous quitter. La BD s’est insérée dans ma vie d’auteur un peu plus tard avec mes premiers albums avec Jean-Claude Claeys aux Humanoïdes Associés puis, et cette fois ça a constitué un vrai virage dans ma carrière, avec mon entrée chez Soleil au début des années 1990 avec les Harry Dickson puis Les Tigres volants. Cette année j’ai publié mon quarantième album de BD. Dans les années 1990, j’ai également commencé à publier des essais sur les ovnis, la cryptozoologie et le paranormal, de vieilles passions, dont le dernier en date, en collaboration, Les Illuminati, est sorti début 2013 chez J’ai lu. Bref, on peut dire que j’aime me diversifier même si une chose semble sous-tendre tout ce que je fais, ou presque : le mystère et le bizarre. Mais en 1973, j’avais aussi très envie d’essayer de devenir pilote d’hélicoptère d’assaut dans l’ALAT, l’aviation de l’Armée de Terre, et j’ai été à deux doigts de tenter le coup. Le destin tient souvent à peu de chose…
 
 
ActuSF : Peux-tu nous raconter l’aventure Wunderwaffen ?
Richard D. Nolane : Wunderwaffen est né un peu par hasard pendant qu’on discutait avec Jean Wacquet, mon boss chez Soleil, du contrat pour le T6 des Tigres volants qui ne s’est pas fait puisque Félix Molinari est décédé un peu après la signature du contrat… Dans un mail, j’ai dit à Jean que si par hasard ça l’intéressait, je pourrais lui proposer une mini-série sur les armes secrètes allemandes qui n’ont jamais volé dans notre univers. Je lui ai envoyé un pitch et il a été tout de suite emballé et a appuyé le projet auprès de Mourad Boudjellal (Soleil n’avait pas encore été acheté par Delcourt) qui semblait moins convaincu mais a fini par accepter. Puis un coup de chance nous a fait découvrir très vite Maza qui, non seulement dessine vite et bien mais connais aussi parfaitement le sujet !
 
 
ActuSF : Peux-tu réagir par rapport à ces mots : Seconde Guerre mondiale ?
Richard D. Nolane : Je l’ai découverte dans les années 1960 grâce, essentiellement, à la collection de poche « J’ai lu leur aventure » aux célèbres couvertures bleues. À l’époque, j’étais surtout fasciné par l’aviation et la marine et puis mon intérêt s’est étendu à d’autres combats. De même, au début, je n’en avais, comme tout bon petit Français, que pour les Alliés et puis, j’ai appris via des livres époustouflants comme Jusqu’au bout sur nos Messerschmitt du général Galland, Pilote de Stuka de Hans Rudel (ce n’est pas pour rien qu’il est devenu un des personnages de Wunderwaffen…) ou encore U-977 de Heinz Schaeffer qu’il y avait de sacrés trucs chez l’adversaire. Les maquettes ont pas mal aidé aussi : qui peut résister aux avions de la Luftwaffe ou même à ceux des Japonais ? La plupart des avions alliés semblent un peu « ternes » face à eux… J’ai aussi un gros faible pour l’aviation faite de bric et de broc de la Chine Nationaliste de Tchang Kaï Chek, comme on peut le voir dans les Tigres volants. Finalement, les seuls qui me laissent toujours de marbre, ce sont les Soviétiques même s’il y a chez eux Normandie-Niemen ou les Sorcières de la Nuit… Pour en revenir à la Seconde Guerre mondiale, mon intérêt pour elle s’insère dans celui, plus général, que j’ai pour l’histoire militaire, notamment celles des guerres coloniales françaises et britanniques (je rêve depuis des lustres de faire une histoire autour du siège de Khartoum en 1884/85 et de Gordon Pacha, immortalisé à l’écran par Charlton Heston, et un de mes héros favoris). Mais depuis pas mal de temps déjà, c’est le côté « guerre secrète » et « épisodes inconnus » de la Seconde Guerre mondiale qui me passionne désormais le plus dans ce conflit. Wunderwaffen colle parfaitement à tout ça.
 
 
ActuSF : Personnages historiques et Personnages de fiction ?
Richard D. Nolane : J’ai créé un héros allemand pour Wunderwaffen, Walter Murnau car il me fallait un personnage que je puisse modeler à souhait pour un scénario qui n’a pas tardé à quitter celui de l’aviation pure, même uchronique. Alors que nous étions au début du T1, et que le plan était pourtant toujours 2 ou 3 tomes maxi avec quand même l’histoire du Nouvel Auschwitz, je me suis dit que ça serait sympa de faire passer Jacques Bergier dans une rencontre à Londres avec De Gaulle et Churchill. J’ai toujours aimé mettre en scène des personnages réels de l’Histoire, comme on peut le voir dans Alchimie ou Titanic, par exemple… Là, c’était l’occasion de jouer avec des « monstres sacrés » et de faire un clin d’œil à Bergier. C’est là que le scénario a commencé à dévier du plan d’origine. Et enrichir l’histoire de WW avec Bergier et les autres dès le début a été une bonne intuition car dès qu’il a été évident que le T1 allait bien marcher, Jean Wacquet m’a dit qu’il fallait envisager quelque chose de plus ambitieux. C’est là d’ailleurs qu’on a commencé à évoquer par exemple le spin-off en un seul volume racontant le Jour J raté en Normandie le 6 juin 1944, un épisode essentiel pour l’univers de WW (qui sera le T5 de la série). Et que j’ai dit à Jean qu’on allait faire quelque chose de vraiment spécial dans l’univers de la BD d’aviation. Autre atout pour la série, grâce à la puissance de travail de Maza on est en mesure de publier deux albums par an et de jouer sur un certain côté série TV…
 
 
ActuSF : IIIe Reich et Holocauste ?
Richard D. Nolane : Le IIIe Reich m’a toujours fasciné. Pour moi, c’est la meilleure incarnation du Mal que l’Histoire nous ait jamais fournie. Il y a quelque chose de spécial avec les Nazis. Les Soviétiques ont eu beau avoir massacré plus de gens qu’eux, avoir fait régner une terreur au quotidien qui n’avait rien à envier à celle organisée par Hitler, ils restent des seconds couteaux dans l’imaginaire du Mal. Pareil pour les sbires de Mao ou de Pol Pot. Et l’Holocauste est dans la droite ligne des horreurs auxquelles on pouvait s’attendre de la part des Nazis. Avec la fameuse « efficacité allemande » en prime… Je me suis juste posé la question de savoir ce qui aurait pu se passer si les Nazis avaient eu le temps de pousser le curseur encore un cran plus loin dans leur extermination de ce qu’ils considéraient comme des « sous-hommes »… S’ils avaient songé un jour qu’ils pouvaient « rentabiliser » l’Holocauste. Et ça a donné mon Nouvel Auschwitz.
 
 
ActuSF : SS ?
Richard D. Nolane : Si les nazis sont l’incarnation du Mal, les SS en sont la forme la plus aboutie, la plus monstrueuse mais aussi la plus fascinante. La personnalité bizarre de leur maître et celui qui les a façonnés, Himmler, n’est pas étrangère à ça. Tout comme les impressionnants uniformes noirs uniques en leur genre crées par Hugo Boss, d’ailleurs et qui ont beaucoup joué dans cette fascination diabolique…. Ne jamais perdre de vue que les SS étaient vus par Himmler et d’autres comme le socle de la refondation de la race supérieure aryenne ! Ils représentent donc finalement le cœur de tout le système et de toute l’idéologie nazis. Et des personnages de « méchants » comme ça pour de la fiction, on n’en croise pas ailleurs…
 
 
ActuSF : Wunderwaffen ?
Richard D. Nolane : Sitôt qu’on se passionne pour l’aviation dans la Deuxième Guerre mondiale, on croise très vite les programmes spéciaux des ingénieurs allemands… Depuis longtemps, j’avais pas mal de documentation là-dessus. Et il y a vraiment là de quoi faire fonctionner l’imagination ! Ensuite, il s’est greffé toute une mythologie conspirationniste autour de ça à partir de la fin des années 1940 et à laquelle je fais appel dans Wunderwaffen….
 
 
ActuSF : Parapsychologie ?
Richard D. Nolane : Comme je l’ai dit, ça m’intéresse depuis fort longtemps. Et en 1995, au cours d’une croisière « Mystère » en Méditerranée, j’ai eu la chance de faire la connaissance d’Yves Lignon (on faisait partie tous les deux des intervenants invités), un des rares scientifiques français à s’intéresser au sujet, qui depuis est un ami. Et évidemment, pas possible d’éviter le croisement entre la parapsychologie et les intérêts de certains nazis pour l’étrange.
 
 
ActuSF : Jacques Bergier (et Le Matin des magiciens) ?
Richard D. Nolane : Ah, Bergier… ! Je l’ai découvert à mon retour d’Abidjan au tout début des années 1970 alors que je commençais à me passionner pour l’ufologie et les « anciens astronautes ». D’abord via ses livres dans « L’Aventure mystérieuse » de chez J’ai lu. Mais j’avais moyennement accroché et pris Bergier un peu pour un « fumiste » (son côté « anti-soucoupe volante » m’agaçait vraiment). Disons que le courant n’était pas passé. Et puis, en juillet 1975, j’ai eu la chance de pouvoir le rencontrer durant un week-end à Salon de Provence, lors d’un festival de SF (au cours duquel j’ai aussi fait la connaissance de Jimmy Guieu et de Georges H. Gallet) et là, ça a été un peu une révélation : j’ai compris que… je n’avais pas compris Bergier ! Ces dernières années, je l’ai fait apparaître dans un album de Millénaire, les trois premiers Wunderwaffen (+ de manière détournée dans le Bonus du T4…) et dans une nouvelle de SF se déroulant à Rennes-le-Château… Et je me suis employé à maintenir vivant son souvenir ailleurs. Mais je dois avouer que, bien avant Salon en 1975, Bergier m’avait déjà refilé le virus des « Nazis & l’Occulte » avec son Matin des magiciens écrit avec Pauwels…
 
 
ActuSF : Le Monde Uchronique de Wunderwaffen ?
Richard D. Nolane : Les gros points de divergence de Wunderwaffen par rapport à notre univers sont la stagnation du Front de l’Est à partir de fin 1942 et la débâcle du 6 juin 1944 qui a empêché l’ouverture d’un second front et qui a permis un blocage en Italie. On a donc non pas un Reich triomphant mais un Reich qui se maintient avec une vigueur renouvelée et des moyens nouveaux, dont les Wunderwaffen. Et il y a aussi le mystère autour de la base antarctique… La série tournant autour de l’aviation, il est évident que des tas de choses ne sont que suggérées. Sauf ce qui tourne autour de l’occulte et du paranormal puisque ça fait partie de la « recette » scénaristique un peu innovante de la série.
 
 
ActuSF : Quel est ton rapport à l’uchronie en tant que lecteur et qu’auteur ?
Richard D. Nolane : Les histoires d’univers parallèles uchroniques me plaisent depuis que je lis de la SF… Ce qui est normal pour quelqu’un qui adore l’Histoire, non ? Rien de plus excitant que de pouvoir jouer au démiurge en modifiant le cours de l’histoire de l’humanité… Une fois ceci établi, j’aime bien les scénarios qui suivent une certaine logique en matière de « Et si… ? ». Ce qui n’est pas un obstacle pour concocter une bonne histoire, bien au contraire ! Bref, je crois qu’un auteur d’uchronie qui ne maîtrise pas son sujet dans notre réalité à nous risque fort de se planter dans son univers parallèle. À part ça, si le plan de départ est quelque chose de volontairement « décalé », voire un poil disjoncté, sur le mode uchronique, comme on le voit régulièrement dans le steampunk (j’adore ça…), alors pas de problème !
 
 
ActuSF : Est-ce que tu travailles déjà sur la suite ? 
Richard D. Nolane : On va s’atteler au fameux T5 spécial sur le débarquement de 1944 raté et qui devrait s’intituler Disaster Day. Et ensuite, retour au feuilleton pour sa Deuxième Saison avec le T6. En principe ces deux tomes sont prévus pour fin mai et fin novembre 2014…
 
 
ActuSF : Quels sont tes autres projets en cours et à venir ?
Richard D. Nolane : En dehors de Millénaire (T6 en 2014) aux Humanoïdes associés et d’autres séries en cours de lancement chez Soleil comme Vidocq, je vais poursuivre dans ce que je m’amuse à appeler « l’Uchronazie’… C’est-à-dire ces univers parallèles tournant d’une manière ou d’une autre autour des Nazis ou des pré-nazis d’avant la prise du pouvoir en 1933. Et qui ont déjà inspiré pas mal d’auteurs… On est aux deux tiers du T1 de Zeppelin’s War, une série mâtinée de strampunk avec plein de dirigeables et de super biplans se déroulant à la fin 1916 d’une Première Guerre mondiale parallèle. Là, je joue vraiment la carte « décalée » puisque Hitler y est un pilote de Zeppelin déjà pas mal atteint et adepte des théories de Hörbiger, Goering et Guynemer rêvent d’en découdre et Raspoutine s’apprête à prendre le pouvoir en Russie à la place de Lénine et avec l’aide des Allemands après avoir acquis la force du Vril dans un lieu inconnu au Sptizberg… Tout un programme. Je pense avoir peut-être battu un record en organisant une bataille aérienne sans temps morts longue de 25 planches… On peut dire qu’on s’éclate bien avec le dessinateur espagnol Vicenç Villagrasa. Aussi sur le feu, une série plus « sérieuse » et reposant sur un univers structuré où la course à l’espace se déroule dans les années 1950 et 1960 entre les USA et le IIIe Reich surpuissant qui a écrasé l’URSS et tué Staline fin 1943, profitant de la non-intervention des USA isolationnistes présidés par Lindbergh et de la défaite de l’Angleterre envahie en 1940 dans la foulée de Dunkerque. Space Reich sera storyboardé par Maza et dessiné par un dessinateur serbe, Marko. Les couleurs des deux séries seront assurées par le même studio indien, Digikore, qui nous fait Wunderwaffen, ceci pour des raisons d’unité visuelle, puisque ce seront des séries « Wunderwaffen présente… »…
 
 
ActuSF : Y a t-il un moyen de te suivre au quotidien ?
Richard D. Nolane : Sur Facebook, par exemple, en tapant Richard D. Nolane. Et Wunderwaffen a aussi une page dédiée sur FB. Enfin, j’ai un modeste site professionnel ici : http://rdnwebsite.blogspot.fr/
 

Bertrand Campeis

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