Interview de Richard Ely
de Richard Ely
aux éditions

Auteurs : Richard Ely
Date de parution : avril 2014 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

Lire tous les articles concernant Richard Ely

Déjà auteur de plusieurs ouvrages, Richard Ely vient de signer il y a quelques mois un nouveau livre avec Amélie Tsaag Valren intitulé "Bestiaire fantastique et créatures féériques de France". Comme la fantasy se niche aussi dans nos traditions et notre terroir, nous vous proposons une petite interview.

Actusf : Comment vous-êtes vous rencontré et comment est née l’idée de ce livre ?
Richard Ely : J’ai rencontré Amélie au Printemps des Légendes 2012. Elle m’a de suite parlé de l’envie d’une collaboration. A l’époque, je travaillais sur le Grand Livre des Esprits de la Nature et était fort occupé mais quelques mois plus tard, Amélie m’a relancé. Je lui ai alors parlé de cette idée de rassembler sous un même livre les fées, lutins de France. J’avais remarqué que ce type d’ouvrages existait en Angleterre, en Italie et en Espagne et peu en France où beaucoup de livres abordent les créatures d’une région mais très peu la France dans son entièreté. Elle a de suite rebondi sur le projet en suggérant d’y inclure loups-garous, bêtes, géants...

Actusf : Il y a 600 créatures répertoriées. Comment avez-vous travaillé ? Cela a dû vous demander énormément de recherches non ?
Richard Ely : Nous avions déjà quelques longueurs d’avance puisque tous deux nous sommes passionnés par le sujet depuis des années. Il a fallu rassembler nos notes, replonger dans quantité de sources, de livres de folkloristes. Un travail de fourmi mais il faut dire que bosser en collaboration a ceci d’avantageux de pouvoir se motiver l’un l’autre et donc d’avancer non deux fois mais bien quatre fois plus vite !

Actusf : Qu’est-ce qui vous a intéressé à titre personnel dans cet ouvrage ? Qu’aviez-vous envie de faire ou de dire ?
Richard Ely : L’objectif premier était de démontrer toute la richesse du sujet pour la France. Décloisonner quelque peu les régions pour montrer que si la Bretagne est riche en lutins, fées et créatures, de nombreuses régions n’ont pas à rougir de leurs légendes. Nous voulions aussi conscientiser les amateurs de fées et lutins sur ce qu’ils peuvent trouver chez eux ou sur la route de leurs vacances. La féerie n’existe pas que dans les pays anglo-saxons, la France fourmille de lutins grimaçants et de jolies fées se peignant au bord des rivières…

Actusf : Quels sont les points communs entre les régions ? Retrouve-t-on des catégories de créatures ? Et quelles sont les figures que l’on retrouve le plus souvent ?
Richard Ely : Je n’aime pas beaucoup réduire les choses. En résumé, on peut dire, et cela vaut pour les autres pays, que chaque région propose son lot de feux-follets, de créatures féminines ou de lutins liés à l’eau, d’êtres chtoniens, nains, de fantômes… On peut facilement retrouver des points communs mais pour moi cet exercice est réducteur. On a trop tendance à résumer le sujet, et du coup à oublier les noms qu’on donne aux créatures dans chaque région, chaque village, chaque hameau… Avec de petites caractéristiques qui les rendent uniques. On a déjà énormément perdu car peu de gens se sont intéressés à eux lors des collectes folkloriques et encore moins aujourd’hui. C’est pourquoi il est urgent, et l’appel se trouve dans le livre, de noter tout détail encore vivant concernant ces petits êtres, ces dragons, serpents, chevaux légendaires…
 
Actusf : Dans l’ensemble, ces créatures fantastiques sont-elles bénéfiques aux hommes ?
Richard Ely : On a l’habitude de dire que ces êtres ne sont ni bons, ni mauvais. Ils veillent sur leurs éléments. On a retenu le côté farceur des lutins mais les gens des siècles précédents les craignaient. Toute une série d’offrandes, de prières, d’objets ou de plantes protecteurs existaient afin de les écarter de nos demeures. D’autres, comme Dame Abonde par exemple, étaient des esprits porteurs d’abondance, de possible richesse, de promesses de terres et de mères fécondes… On les craignait mais les offrandes existaient cette fois pour les attirer, pour obtenir leurs faveurs…
 
Actusf : Pourquoi avoir choisi un classement par ordre alphabétique et non par région
Richard Ely : Nous avons choisi le classement le plus simple pour que le lecteur puisse facilement retrouver une créature, vérifier, quand il entend son nom, sa définition, ses caractéristiques et sa région. Plusieurs index en fin d’ouvrage complètent celui-ci en proposant des classifications par région, département, type de créature, etc.

Actusf : Y’a-t-il des régions plus prolifiques que d’autres en terme de créatures fantastiques ?
Richard Ely : Non, il y a des régions où on a eu l’intelligence de collecter à temps et d’autres où l’on n’a absolument pas retenu les noms donnés aux créatures autrefois et où les légendes ont disparu. Toutes les régions de France possédaient leurs marécages où voletaient des follets, leurs grottes aux fées, leurs granges hantées d’un lutin…
 
Actusf : Votre ouvrage est centré sur la France. Y’a-t-il des différences avec les pays voisins, Grande Bretagne, Belgique, Allemagne, Suisse, Italie, Espagne... ?
Richard Ely : Encore une fois, dans les grandes lignes, non. On y retrouve les mêmes archétypes. Par contre, lorsqu’on s’arrête aux détails, on se délecte de ces petites différences locales. Mais la grande différence est que ces autres pays ont tous conservé un penchant pour l’imaginaire, un côté magique qui manque à la France. Nous sommes ici dans le berceau du rationalisme et cela se ressent. C’est le fameux esprit cartésien français. L’Allemagne est un pays où la mythologie est toujours fortement ancrée dans la culture, la Suisse voit encore des chamans errer dans les forêts montagneuses et des guérisseurs travailler dans les hôpitaux ; la Belgique est une terre de réalisme magique ; l’Espagne, surtout dans le Nord, regorge de traditions et de légendes vivantes ; l’Italie est l’héritière des croyances romaines et la Grande-Bretagne n’a jamais rejeté les croyances populaires comme en France. On ne s’y étonne pas d’entrer chez les gens et de voir, juste derrière la porte, un grand livre de contes ouvert sur un pupitre ou une collection de figurines mêlant de petites souris à des lutins, des fées… Dites en France que vous adorez les lutins, et on vous prend pour un gentil fada. Sauf, encore une fois, dans les régions où la tradition est demeurée vivace. Comme dans ces autres pays…
 
Actusf : Quels sont tes projets ? Sur quoi travaille-tu ?
Richard Ely :
Je travaille sur la suite du Grand Livre des Esprits de la Nature prévue pour fin 2015. D’autres projets, toujours en lien avec la féerie verront le jour dans les deux années à venir mais comme je n’ai pas les dates précises, je préfère ne rien lancer au hasard. Je peux juste dire que ça parlera de fées, de sorcières, de plantes et que ces livres seront très différents les uns des autres… Il y aura un recueil de contes, un livre illustré et poétique et d’autres, se rapprochant plus d’un style encyclopédique… Les idées ne manquent pas, les heures dans une journée par contre…

Jérôme Vincent