Interview de Robert Charles Wilson sur Spin
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de Robert Charles Wilson
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Robert Charles Wilson
Date de parution : mars 2007 Inédit
Langue d'origine : Anglais UK
Type d'ouvrage : Interview mail
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : mars 2007

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Une interview sur Spin. Attention, elle contient des révélations sur la suite...

Actusf : Tout d’abord, qu’est-ce qui a été le déclencheur de Spin  ? Comment est née l’idée de ce roman ?
Robert Charles Wilson : L’idée n’est pas née déjà formée. Comme la plupart de mes idées, elle a évolué. Mais quand j’ai conçue Spin, je lisais et je réfléchissais beaucoup sur ce que l’on pourrait appeler le " Temps cosmique ", sur des événements qui ont lieu sur des échelles de temps bien plus longues que la brève durée d’une vie humaine. J’ai voulu trouver une manière de mettre en scène ces événements, pour les introduire dans le royaume de la conscience humaine.

Actusf : Comment avez-vous imaginé le Spin ?
Robert Charles Wilson : La manière la plus simple de rendre les événements perceptibles à long terme était de ralentir notre perception, et dans ce cas d’imaginer la Terre préservée du temps, comme un insecte pris dans l’ambre.

Actusf : Le spin isole la Terre et en même temps change le rapport au temps. Mais on a le sentiment qu’au delà du défi intellectuel scientifique, c’était surtout les conséquences sur l’humanité qui vous intéressait. Qu’est-ce qui vous intéressait le plus ? Le Spin ou les conséquences sur l’humanité ?
Robert Charles Wilson : Les questions intellectuelles et humaines sont inséparables. Je suppose que l’on pourrait écrire sommairement sur ce que le poète Tennyson appelait : "the long result of time". Mais je voulais que ce soit comme une expérience vécue, un véritable événement dans la vie d’une poignée de personnages et d’une génération d’êtres humains.

Actusf : C’est un roman très riche. Il y a beaucoup d’idées et d’événements dans l’histoire. Comment avez-vous travaillé ?
Robert Charles Wilson : J’ai passé un peu plus de deux ans à l’écrire. Les recherches m’ont pris du temps. Et garder l’équilibre entre les différents éléments thématiques et scientifiques a été délicat.

Actusf : Comment travaillez-vous ? Suivez-vous beaucoup l’actualité scientifique ? Y’a-t-il eu beaucoup de documentations pour écrire Spin  ?
Robert Charles Wilson : Je ne suis pas un scientifique. Je suis juste un observateur attentif de la science. En tout cas j’essaye de me tenir au courant de ce qui se passe. Je suis abonné au New Scientist par exemple. Mais c’est difficile pour moi de faire la différence entre des "recherches" et lire pour le plaisir. Ecrire un livre, c’est un peu comme faire une mosaïque avec des pierres de couleurs : vous récupérez des choses intéressantes ici et là en espérant qu’elles formeront quelque chose d’agréable et d’inattendu.

Actusf : Y’a-t-il eu une partie plus compliquée qu’une autre à écrire ?
Robert Charles Wilson : Chaque fois qu’une histoire m’emmène dans des secteurs que je ne connais pas très bien, des décors, des personnages ou des milieux intellectuels, je dois avancer avec précaution. J’écris moins vite. Un livre, quel qu’il soit, est une rivière : ici l’eau est calme, là il y a des tourbillons, et de temps à autre on avance sans heurts.

Actusf : Parlons de vos personnages, on vous sent très proche d’eux. En même temps, tout du moins pour Tyler, le héros principal, il a une sorte de détachement dans le récit. Comme si sa vie l’intéressait moins que celle de Jason ou Diane. Etes-vous d’accord et le voyez-vous comme une conséquence du Spin ?
Robert Charles Wilson : Je voulais que tous les personnages soient un peu déformés d’une certaine manière par le spin. L’effacement de Tyler, et sa forte identification à Jason et Diane, est son mécanisme de défense. Mais Tyler est également, dans un sens, un réaliste face à leur idéalisme. Il n’a pas besoin de comprendre le spin en profondeur ou de se confronter à ses implications spirituelles. Il se contente d’être, peut-être, une personne utile, espérant sauver non pas le monde mais ses vieux amis.

Actusf : Les comportements de vos personnages sont très différents. Face au Spin, Diane se réfugie dans le religion, tandis que Jason se lance dans les sciences pour "comprendre" le phénomène. Mais globalement, l’humanité poursuit sa route presque comme avant, comme si de rien n’était. Etes-vous d’accord ? Et pensez-vous qu’effectivement, les hommes soient capables de faire "comme si de rien n’était" ?
Robert Charles Wilson : Je ne sous-estime pas les tentations du déni. Peut être est-ce différent en Europe mais il est péniblement évident qu’ici en Amérique du nord, par exemple, il y a des gens qui continueront de conduire leur voiture jusqu’à ce qu’il n’y ait plus une seule goutte de pétrole sur Terre. En tant qu’espèce animale, nous ne sommes pas très doués pour faire face aux crises qui sont à la fois très grandes et très lentes.

Actusf : Qu’a représenté le fait d’obtenir le prix Hugo ? Et cela vous met-il une pression particulière pour la suite ? Est-ce que vous y pensez en l’écrivant ?
Robert Charles Wilson : En tant qu’écrivain accompli (" grisonnant des neiges de 50 hivers " comme le disait Oliver Optic, un auteur du 19ème siècle), je prends les prix de manière plus philosophique. Pourtant, je dois admettre que j’ai entendu parler du prix Hugo depuis que j’ai découvert la science fiction enfant. Je n’ai jamais eu l’ambition de " gagner un Hugo ", mais j’ai été enchanté de le recevoir. Et l’ado de quinze ans qui est en moi sourit en permanence depuis.

En toute honnêteté, je ne pense pas au prix quand j’écris. S’il y a une pression, c’est celle de combler les attentes des lecteurs. Axis, la suite de Spin, est un livre plutôt différent. Ce n’est pas vraiment "plus dans le même genre" - mais je ne suis pas convaincu non plus que mes lecteurs veuillent vraiment "plus du même".

Actusf : La suite justement... que pouvez-nous nous en dire ? Que va-t-il se passer pour les personnages ? Apparement, vous avez prévu deux suites supplémentaires non ?
Robert Charles Wilson : Axis sera publié en anglais en septembre prochain. Un seul des personnages de Spin y apparaîtra et elle ne sera pas le personnage principal. Axis se déroule au-delà de l’Arche, sur l’Equateur, dans un monde apparemment destiné aux humains - mais dans un univers bien plus ancien que celui auquel nous sommes habitué par le travail des Hypothétiques. La question devient alors : est-ce que l’humanité est un joueur sans conscience dans le vaste et lent écosystème des étoiles ? Qu’est-ce que cela signifie de vivre dans un monde dans lequel la nature elle-même est une sorte d’Artefact ?

Actusf : Est-ce que vous nous parlerez un peu plus des "Hommes de Mars" ? C’est vrai qu’en lisant Spin, on a envie d’en savoir plus. Que pouvez-vous nous en dire ?
Robert Charles Wilson  : Nous en apprendrons un peu plus à propos de Mars et des " Fourths " dans Axis. Mais vous devrez attendre Vortex pour connaître leur destin. (Et je travaille actuellement sur un roman qui n’a rien à voir, intitulé Julian, qui se déroule dans une Amérique du Nord post-apocalyptique du XXIIème siècle, et qui sera publié avant Vortex).

Actusf : En lisant Spin, on pense à Isolation de Greg Egan même si les deux romans sont très différents. Néanmoins, avez-vous lu le livre de Greg Egan ? Et comment vous positionnez-vous par rapport à lui ?
Robert Charles Wilson : J’ai été très impressionné par Teranésie et par plusieurs nouvelles de Greg Egan. Évidemment, en ce qui concerne sa connaissance de la physique et sa capacité de communiquer des idées, il est hors catégorie. Je n’ai pas lu Isolation donc je ne suis pas sûr qu’il soit convenable de faire la comparaison. Mais je suis flatté d’être comparé à lui, quelque soit le contexte.

Actusf : Vous allez venir faire un petit tour en France prochainement pour rencontrer les lecteurs. Quelle est la question à ne pas vous poser en dédicace ? :-)
Robert Charles Wilson : Celle dont j’ai peur c’est : "Parlez-vous français ?". Parce que la réponse - j’ai honte - est non. Venant d’un pays officiellement bilingue j’estime que ne parler qu’une seule langue est un embarras gênant. Mais je n’ai jamais maîtrisé une langue autre que l’anglais.

Jérôme Vincent