Interview de Roland C. Wagner
de Roland C. Wagner
aux éditions ActuSF
Genre : Anticipation

Auteurs : Roland C. Wagner
Date de parution : juillet 2008 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Petite interview de Roland C.Wagner à l’occasion de la sortie de Cette crédille qui nous ronge

ActuSF : Comment est née l’histoire de Cette Crédille qui nous ronge ?
Roland C. Wagner : Au départ, c’était une novella pour un projet d’antho de SF qui n’a pas abouti. J’ai un peu allongé le texte pour en faire un court roman. Je ne me souviens plus très bien du mon point de départ. Ce qui est sûr, c’est que j’étais en train de bricoler un genre de bible pour mon Histoire d’un futur, des notes qui récapitulaient les étapes de la Première Expansion. Et plus je détaillais Océan, plus la planète me plaisait. Je veux dire, les paysages, les populations, les cultures… Alors je me suis attaché à un moment important de leur évolution sociale — l’éventualité d’un changement radical dans leur alimentation. Or dès qu’on touche à la bouffe…

ActuSF :
Parle nous un peu d’Océan et de sa colonisation. Une planète où les colons se sont regroupés par pays et où un conflit couve.
Roland C. Wagner : Il n’y a que deux continents, pas très grands, plus des archipels plus ou moins étendus. Au total, on compte dix ou douze États, chacun correspondant en gros à une entité linguistique cohérente, incluant ou non des minorités ; quasiment tous adhèrent à l’État fédéral qui se charge, entre autres, des relations avec la Terre. Colonisée depuis plus de deux siècles, Océan compte dans les deux cents millions d’habitants. Et elle grouille d’animaux tout à fait appétissants aux yeux de natifs de la Terre n’ayant connu jusque-là que la fade bidoche poussée en cuve. Des animaux qui n’avaient pas de prédateur avant l’arrivée du premier vaisseau, ce qui fait dire à certains qu’il faudrait peut-être mettre la pédale douce sur la chasse, voire y renoncer complètement. Mais aucun carnivs n’acepterait qu’un végétare viennen le nez dans ce qu’il bouffe…

ActuSF :
Comment vois-tu Quartz B ?
Roland C. Wagner : De l’intérieur. Je l’aime bien parce qu’il n’a pas grand chose de commun avec moi. En révisant le texte pour la réédition, je me suis même rendu compte qu’il n’écrivait pas comme moi. Il a des tournures bien à lui, sa narration a un côté emprunté suggérant qu’il essaye d’écrire correctement dans une langue qu’il ne maîtrise pas — plus ? — tout à fait. On le voit quand il se lâche dans l’épilogue au sujet de la bonnebouffe…

ActuSF :
Comment as-tu inventé le langage parlé sur la planète ?
Roland C. Wagner : C’est trop loin, j’ai oublié les détails. Bon, il y a des traces de formes « exotiques » du français — comme le québecois —, d’allemand, d’anglais et sûrement d’autres langues. Et puis des déformations phonétiques, des mots-valises, des néologismes de tout poil… Le français d’Océan est en train de s’écarter du français de référence — qui deviendrale francintern du Chant du cosmos — mais le processus est encore récent et l’intercompréhension reste possible. Sinon, j’aurais été obligé de « traduire » les dialogues, et c’était justement ce que je ne voulais pas faire. Les jeux sur le langage étant en français, il fallait que la langue employée dans le roman soit le français. Et pas seulement parce que le roman est centré sur la bouffe…

ActuSF :
Quelle place à pour toi ce livre dans ta bibliographie ?
Roland C. Wagner : C’est le dernier roman de ma première période en Anticipation. Ensuite, j’ai écrit des Blade & Baker pendant un lustre avant de revenir dans la collection. C’est donc le dernier de mes livres publié par Nicole Hibert, qui était d’ailleurs déjà partie au moment de sa sortie. Ça me fait penser que j’avais une suite en projet, située sur Blau, la planète suivante — un conflit sans rapport avec la bouffe…

ActuSF :
Caza a fait une nouvelle fois la couverture mais aussi les illustrations à l’intérieur du livre sur la faune et la flore d’Océan. Estc-e que ça représente bien l’idée que tu t’en faisait en la décrivant ?
Roland C. Wagner : Oui et non.
Oui, parce que les bestioles sont aussi sympathiques et attachantes qu’elles doivent l’être.
Non, parce qu’elles ne correspondent sans doute pas à l’image mentale que je m’en faisais au moment de l’écriture. Image que j’ai bien entendu oubliée, depuis le temps.
En tout état de cause, j’ai la faiblesse de les préférer vivants que sous forme de bouffe.

ActuSF :
Dis Roland, c’est quoi une Crédille ?
Roland C. Wagner : La réponse est dans Le Chant du cosmos. C’est Raïk Wamkadh qui la bouffe.

ActuSF :
Quels sont tes projets, sur quoi travailles-tu ?
Roland Wagner : Je suis toujours sur mon uchronie algéroise. Évacuer la documentation pour qu’il n’en subsiste que l’indispensable prend plus de temps que je ne le pensais. Et puis je traduis, parce qu’il faut bien que je bouffe.

Jérôme Vincent

crédit photo : Eric