Interview de Sarah Ash (V.F.)
de Sarah Ash
aux éditions ActuSF
Genre : Anticipation

Auteurs : Sarah Ash
Date de parution : décembre 2008 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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ActuSF : Comment avez-vous commencé à écrire ? Et pourquoi avez-vous choisi Fantasy ?
Sarah Ash : Quand j’avais huit ans, j’ai découvert Tintin et j’ai été tellement captivée que j’ai essayé d’écrire et de dessiner ma propre BD ! Cependant, comme mon dessin n’était pas très bon, j’ai vite abandonné les images et je me suis concentrée sur les histoires. Mon premier roman (terminé quand j’avais treize ans) a été influencé par « the Weirdstone of Brisingamen » d’Alan Garner. Il n’a jamais été publié (mais tout écrivain doit bien commencer quelque part !) Quant à savoir pourquoi j’ai choisi la Fantasy, en fait, j’étais le genre d’enfant qui aime à lire de vieux livres de mythes et de légendes. Je suis toujours fasciné par la façon dont ces contes anciens peuvent encore nous dire certaines vérités éternelles sur ce que c’est que d’être humain. Mais à cet âge-là, on dit seulement : "Quelle super histoire !"

ActuSF : Quels étaient les auteurs qui vous ont donné l’envie de lire et d’écrire de la Fantasy ?
Sarah Ash : E. Nesbit, C. S. Lewis, Alan Garner, et J.R.R. Tolkien sont les auteurs que j’aimais étant enfant. J’ai aimé la façon dont chez Tolkien et Garner se mêlent légende et paysage. J’ai grandi dans la ville de Bath et les passages où Tolkien décrit les antiques tombes des premiers rois guerriers m’a toujours fait penser aux Wiltshire downs (et Stonehenge) à proximité. Mais c’est Ursula Le Guin avec "A Wizard of Earthsea" qui a probablement le plus influencé mon écriture ; j’admire vraiment sa façon d’écrire avec un style tantôt évocateur tantôt efficace.

ActuSF :
Parlez-nous des larmes d’ARTAMON ? Comment est née l’idée ?
Sarah Ash : ARTAMON est né en partie de mon amour de la musique d’Europe de l’Est et des légendes, et en partie de mon désir d’explorer une situation dans laquelle un continent traverse une période scientifique "d’illumination "(très similaire à notre propre dix-huitième siècle en Europe du nord) et se confronte aux magies brutes et élémentaires qu’il ne peut ni expliquer, ni contenir. De cette idée sont nés les deux dirigeants : Eugène de Tielen, le rationnel et ambitieux prince-soldat et Gavril Nagarian, le maître involontaire d’Azhkendir, la terre lointaine de"la neige et des ombres".

ActuSF : Parlez-nous de Gavril Andar, comment le voyez-vous ?
Sarah Ash : Je le vois comme un jeune homme ordinaire envisageant de faire une carrière de portraitiste dont la vie est soudainement bouleversée quand il apprend qu’il a hérité du trône d’Azhkendir et du titre de Drakhaon. Avec le trône vient la malédiction - et la puissance - des dirigeants d’Azhkendir, l’esprit démon connu sous le nom de Drakhaoul, utilisant le corps du Drakhaon comme hôte. Les véritables origines du Drakhaoul sont mystérieuses - mais il dote ses hôtes d’un immense pouvoir : la capacité à se transformer en dragon.

J’ai toujours aimé les romans de vampires, et comme je suis fascinée par les racines légendaires des faits historiques, je savais que le nom de "Dracula" venait du mot roumain « drac » qui signifie dragon, ou démon. Alors, j’ai inventé le terme « drakhaoul » pour décrire l’esprit démon-dragon qui possède Gavril et le gratifie de ses pouvoirs, et qui lui présente un dilemme impossible. Faut-il utiliser ses pouvoirs pour protéger ceux qui lui sont le plus chers ? Parce que s’il se sert de ces pouvoirs, il va inévitablement commencer à changer, à la fois physiquement et mentalement - et être forcé, par la pression exercée par son propre corps, à rechercher du sang innocent pour se régénérer.

ActuSF : C’est un être obligé de faire des choix et au début de la saga, devenir roi signifie pour lui tuer des innoncents. C’était important pour vous de ne pas faire un personnage manichéen ? ET on ne peut s’empêcher de penser un peu à Moorcock et à ses héros du multivers. Est-ce que la référence vous convient ?
Sarah Ash : Je dois avouer ici que j’ai lu très peu de Michael Moorcock, je ne peux donc prétendre à aucune véritable parenté avec son travail. En fait, une grande partie de mes lectures préférées depuis je suis devenu écrivain à plein temps s’est trouvée à l’extérieur de la Fantasy. Je pense que j’ai été plus influencée par Le Guin et son mythe -comme dans "Tales of Earthsea" (apprendre le vrai nom de quelque chose donne le pouvoir, l’essentielle co-existence de l’ombre et de la lumière, etc.) Et je n’ai jamais été intéressée par l’écriture sur les absolus manichéens : les lecteurs ne trouveront pas de diaboliques seigneurs noirs en lutte contre de bons sorciers blancs dans mes romans, au lieu de cela, vous allez, je l’espère, constamment ré-évaluer votre point de vue quant à savoir qui est un personnage sympathique - et qui ne l’est pas.

ActuSF : Pourquoi avoir rédigé une Préquelle avec Tracing the Shadow (en français La Traque de l’ombre) ? Et pas une suite ?
Sarah Ash : « Tracing the Shadow » et sa suite, « Flight Into Darkness » racontent l’histoire de deux des personnages qui apparaissent dans le livre II des « Larmes d’ARTAMON », Celestine de Maunoir et de Rustéphan Jagu. Dans ARTAMON, ils sont les « ennemis » - et je voulais montrer quelques-uns des événements du point de vue de l’ « ennemi ». La suite (à paraître en Janvier 2009 aux États-Unis) continue au-delà des événements qui ont eu lieu à la fin du livre III d’ARTAMON, les lecteurs qui veulent savoir ce qui est arrivé à certains des personnages auront du plaisir - je l’espère - à les retrouver ! Ainsi, « Flight » est, à certains égards, une suite. Mais il me reste encore à écrire mon « Vingt ans après » d’ARTAMON .

ActuSF : Le journal Publishers Weekly vous a comparé à Robert Jordan et G.R.R. Martin, j’imagine que le compliment vous a fait plaisir. En même temps est-ce que ce n’était trop important ?
Sarah Ash : J’ai été heureuse - et très flattée - de la comparaison . Cependant, je pense que les lecteurs qui s’attendent à lire quelque chose de semblable au travail de ces auteurs seront immanquablement déçus. Mes romans sont écrits avec un goût et une approche très différents de ceux des œuvres de ces éminents écrivains de fantasy. En fait, je ne pense pas que mes histoires rentrent dans le moule de la fantasy « épique » du tout et si on parlait d’opéras, je dirais qu’ils sont plus proches de Verdi (j’aime à le penser) que de Wagner. Les amateurs d’opéras comprendront ce que je veux dire !

ActuSF : On vous sait également musicienne, quelle part à la musique dans votre écriture ?
Sarah Ash : Certains morceaux de musique m’ont donné certaines scènes de mes romans. Par exemple, la musique de Glière pour ‘The Bronze Horseman’ m’a donné les images pour les scènes d’entrée de Tielen et Mirom. Et l’épique "Kullervo" de Sibelius m’a donné beaucoup de l’atmosphère sombre que j’ai tenté d’évoquer par écrit sur Tielen et Azhkendir en hiver. Mais j’aime également utiliser les musiques de cinéma et de dessins animés pour me mettre dans une ambiance énergisante pour écrire : "Ready Steady Go" de L’Arc-en-Ciel dans "Fullmetal Alchemist" est l’un de mes favoris !

ActuSF : Parlons un peu des romans inédits en français comme The Lost Child, Songspinners et Moths to a Flame. De quoi parlent ces romans ?
Sarah Ash : C’est très gentil à vous de poser des questions à leur sujet ! "Moths to a Flame" a été mon premier roman fantastique publié et il se situe dans un temps beaucoup plus reculé que « ARTAMON », dans une cour du style byzantin et raconte l’histoire de jumeaux, un garçon et une fille, serviteurs de la déesse lune, qui sont capturés par des marchands d’esclaves et ramenés dans la grande ville de Perysse.

‘The Lost Child’ est une alternative dans les France/Espagne médiévales et traite d’un peuple persécuté, d’une amulette volée avec de sombres pouvoirs, et met en avant un pauvre tailleur, Rahab, comme héros improbable.

« Songspinners » a lieu quelques années après la fin de « Flight Into Darkness » (mon dernier roman). Sa jeune héroïne, Orial, a un don pour la musique, mais son père lui a interdit de le développer après que sa mère, une célèbre chanteuse, soit décédée tragiquement jeune. Une rencontre fortuite avec un couple de fugitifs de Allegonde change la vie d’Orial à jamais, l’amenant dans un monde dangereux de fanatisme religieux, de soulèvements politiques - et d’opéra ! « Songspinners » est toujours mon préféré des trois premiers et certains personnages réapparaissent dans « La traque de l’Ombre » et « Flight Into Darkness ».

ActuSF : Quels sont vos projets ?
Sarah Ash : Je ne veux pas tenter le sort en me projettant trop loin ^ _ ^ mais je suis en train de travailler sur une nouvelle série de romans, répartis sur une centaine d’années avant « ARTAMON ». Même monde, mais de nouveaux personnages, de nouveaux défis, de nouveaux dangers – mais aussi, quelques prémices que les fans d’ARTAMON vont - je l’espère - trouver fascinants.

Jérôme Vincent, Stéphanie Morello-Fenouillet