Interview de Servain et Le Tendre
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de Serge Le Tendre et Servain
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Serge Le Tendre , Servain
Date de parution : janvier 2000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : interview
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : novembre 2002

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Ensemble ils ont commis l’album génial de Siloë. Cette histoire de science fiction a d’ailleurs reçu le prix du festival des Utopiales en 2000. Nous n’avons pas pu résister à aller leurs poser quelques questions.

Actusf : Quel regard portez-vous sur la science-fiction ?
Le Tendre : Pour ma part, j’ai été lecteur de SF, il y a une vingtaine d’années. J’en ai dévoré des tonnes avant d’arrêter lorsque j’ai eu l’impression d’avoir fait le plein. Et donc, cela fait maintenant une vingtaine d’années que je ne suis plus lecteur de SF. De temps en temps, je peux en rencontrer sur mon chemin mais j’en ai été tellement nourri que ça m’a suffit. Par contre au cinéma, c’est beaucoup plus facile. Je suis encore spectateur, consommateur de films de SF.
Servain : Je lis toujours assez souvent des romans de SF. Je suis un grand amateur de Dan Simmons et Orson Scott Card qui sortent régulièrement des romans et cela me nourrit beaucoup. Je suis aussi un gros cinéphile et je ne rate jamais un film de SF.

Actusf : Sur le salon il y a plusieurs disciplines qui touchent à la SF, avez-vous eu des contacts avec d’autres genres que la BD ?
Le Tendre  : Pour l’instant, j’ai remarqué que la fragmentation des styles continue avec la fragmentation des rencontres. Je ne sais pas quel regard les écrivains ou cinéastes portent sur la bande dessinée. Nous, nous avons un regard plutôt sympathique ou en tout cas, curieux. Je dirais que les rencontres il faut plutôt les provoquer mais il n’y a pas de barrière en soi. Il est par contre vrai qu’il y a des sortes de chapelles : les cinéastes ne parlent qu’aux cinéastes, les romanciers qu’aux romanciers et les auteurs de BD qu’aux auteurs de BD. Mais j’espère que le salon va être tout de même un moyen d’établir quelques passerelles.
Servain : Je pense un peu la même chose. J’ai l’impression que le genre SF en littérature est plus ouvert à la BD que ne l’est la littérature classique. Peut-être, parce que chacun se nourrit du travail de l’autre. La SF, c’est beaucoup de l’imaginaire donc tout ce qui est l’image nourrit le roman et inversement.

Actusf : Est-ce que les Utopiales vous apportent quelque chose de particulier par rapport aux festivals uniquement de BD ?
Servain : L’an dernier, je trouvais qu’il y avait une saveur un peu particulière parce que le public n’était pas averti en tant que lecteur de BD mais en tant qu’amateur de SF. Malheureusement, c’est mon sentiment personnel, c’est déjà trop tard pour ce qui concerne la deuxième édition parce que pour les amateurs de BD qui viennent nous voir, c’est devenu un festival de BD comme les autres.
Le Tendre : Ce qui fait qu’on rencontre plus de collectionneurs que de gens désireux de découvrir la BD.
Servain : Maintenant, il ne faut quand même pas oublier de préciser que ça nous ouvre la possibilité de rencontrer d’autres médiums …
Le Tendre : On en verra en fait véritablement la portée lorsque tout sera terminé et que les libraires pourront nous dire si oui ou non, en terme de public, il y aura eu des passages de la littérature à la BD.

Actusf : En fait, vous êtes en train de dire que par rapport à l’année dernière, il y a beaucoup moins de gens qui viennent vous voir pour découvrir ce que vous faites …
Servain : Je ne sais pas s’ils sont moins nombreux mais en tout cas ils doivent avoir du mal à se frayer un chemin parmi les amateurs …

Actusf : L’année dernière, vous avez reçu le Prix Utopia pour votre album Siloë, quelle importance a-t-il eu pour vous ?
Servain : Il a été d’autant plus encourageant qu’il nous a été remis par d’autres personnes que des professionnels de la BD… Il s’inscrit en fait dans un cadre beaucoup plus large qui est celui de la SF, avec toutes les passerelles que ça peut générer.
Le Tendre : je nuancerais quand même en disant que les membres du jury connaissaient déjà la BD SF. Mais la résonance a quand même été importante car elle a permis à l’éditeur et à différents médias de rebondir et de faire connaître l’histoire, mieux que n’aurait pu le faire un prix de Festival de BD ordinaire. Et en plus ça nous flattent et nous fait très plaisir …

Actusf : Justement on va revenir sur le Jury de cette année dont vous êtes le Président …
Le Tendre : Oui, j’ai effectivement eu le privilège de chapeauter mes confrères et membres du Jury. J’ai fait la pré-sélection des œuvres avec Georges, spécialiste de la librairie Alladin. J’ai fixé une seule contrainte : le ou les albums ne devaient pas être des morceaux d’histoire à suivre, pour ne pas avoir à choisir un chapitre d’une histoire qui s’étalerai sur plusieurs albums…
On a ainsi sélectionné une quinzaine d’albums sur lesquels les membres du Jury se sont prononcés, ce qui nous a permis de n’en garder que trois. Après ça, on a délibéré, quelques pots de moutarde ont volé, la sécurité à dû intervenir mais on a enfin désigné notre vainqueur qui est : vous le saurez ce soir !!
Tout c’est en fait très bien déroulé, je suis totalement en accord avec les choix qui ont été faits et n’ai même pas eu à faire jouer mon droit de chef qui m’aurait permis de départager d’éventuels ex-æquo. Un album s’est très nettement détaché, un second a reçu un prix spécial du Jury parce qu’on a considéré qu’il en valait vraiment la peine, le troisième aura le droit à une poignée de mains …

Actusf : Parlons si vous le voulez bien, un petit peu plus de l’histoire de Siloë, comment s’est passée votre rencontre ?
Le Tendre : On a dû se rencontrer à Angoulême grâce à la profession ou des copains. Stéphane travaillait sur la Traque Mémoire publiée aux éditions Delcourt sans avoir encore l’idée de travailler avec lui j’aimais déjà ce qu’il faisait.
J’ai fait plusieurs essais qui n’ont pas été concluant avec plusieurs dessinateurs. Si vous rajouter à cela le fait que je fonctionne au profil et que je réécrivais toute l’histoire à chaque nouveau dessinateur se présentait, je me suis dit qu’il fallait que j’arrête. Et c’est à ce moment là que Servain est arrivé. Je lui ai parlé de mon projet et après tout s’est fait naturellement …
De toutes façons, on n’aurait pas pu travailler sur un tel projet s’il n’y avait pas eu de sympathie entre nous … C’est une belle aventure et il faut qu’elle continue.
Servain : Plus largement, je dirais qu’on ne peux pas s’investir sur un album pendant deux ans s’il n’y a pas de sympathie derrière.

Actusf : Comment se passe votre collaboration ? Est-ce que Servain a son mot à dire sur le scénario et Le Tendre sur les dessins ?
Servain : Bien sûr que j’ai mon mot à dire sur le scénario. En fait, j’ai de plus en plus de mal à considérer la BD comme un scénario d’un côté et des dessins de l’autre : on travaille ensemble et on fait évoluer la BD ensemble.

Actusf : Qu’est ce qui vous a donné envie de travailler sur Siloë à part bien sûr la perspective de travailler en commun ?
Servain : Avant tout, l’histoire et l’univers qui m’ont plus et me permettaient en plus d’explorer un pan particulier de mon travail.

Actusf : Et pour vous Monsieur Le Tendre, comment est née cette histoire ?
Le Tendre : J’avais envie de travailler sur la perception du réel, du temps et de la matière. J’ai choisi le domaine de la SF mais j’avais comme principe avant tout de me fixer sur les personnages qui devaient nous raconter quelque chose et se révéler de cette manière. Siloë est en plus une histoire très forte pour moi au niveau des émotions.

Actusf : Orson Scott Card a dit un jour que " les grands drames font les grands destins ou les grandes histoires ". Vous avez choisi de raconter dans Siloë une histoire assez dure, est-ce que vous êtes d’accord avec cette vision des choses et est-ce que vous pensez qu’elle peut s’appliquer à Siloë ?
Le Tendre : Tout dépend de l’échelle de valeurs. Ce qui n’est en fait qu’un petit drame au niveau de l’histoire en est en fait un grand du point de vue du personnage. Par contre ce petit drame va faire une grande histoire. Je ne peux pas réellement vous en dire plus sans vous révéler la fin l’histoire … Tout ce que je peux vous dire c’est qu’il ne suffit souvent que d’un grain de sable pour faire chavirer de grands destins : c’est justement ce grain de sable qui m’intéresse …
Servain : Je suis tout à fait d’accord avec cette vision des choses et j’ajouterai qu’un drame personnel, vu de l’échelle humaine peut très bien devenir un grand drame …

Actusf : On trouve des thèmes assez récurrents dans les œuvres de SF qu’on qualifie d’ailleurs d’œuvres à messages, est-ce qu’il s’agit également d’une volonté sous-jacente à Siloë ?
Servain : Non pas du tout, mais on ne rejette pas du tout ce que les gens peuvent y voir derrière. Le plus intéressant est justement de voir les résonances que les lecteurs y trouvent et qui nous échappent complètement.

Actusf : Vous n’y avez donc pas du tout pensé en écrivant le scénario ?
Le Tendre : Non pas du tout. Ce n’était absolument pas le but.

Actusf : Pour terminer est-ce que je peux vous demander de nous parler de vos projets ?
Servain : La suite de Siloë avant tout. Et je dois également terminer l’adaptation d’un polar et on verra après …
Le Tendre : la suite de Siloë pour moi également. Je peux déjà vous dire que le tome 2 s’appellera Temps mort et le Tome 3 Big Bang. Si vous arrivez à lier le tout, vous aurez l’histoire de Siloë. Sinon dans un domaine différent, je vais continuer ma collaboration avec Rossi sur la ré-écriture de certains mythes puisque après avoir fait Eraclès nous nous attaquons à Pigmallion.

Jérôme Vincent