Interview de Stéphanie Nicot sur les Imaginales 2014
de Stéphanie Nicot
aux éditions

Auteurs : Stéphanie Nicot
Date de parution : mai 2014 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Directrice artistique des Imaginales, Stéphanie Nicot nous parle de cette édition 2014 !

Actusf  : Quels seront les temps forts de cette 13ème édition des Imaginales ?
Stéphanie Nicot : Un programme cinéma attractif, des initiatives originales comme la lecture publique, quatre heures durant de Gagner la guerre, le roman de Jean-Philippe Jaworski (et pour la seconde fois, la remise du prix Imaginales du meilleur roman de fantasy !), 

Actusf : Parmi les invités, on trouve les anglais Joe Abercrombie et Christopher Priest. Ils ont été faciles à inviter ? 


Stéphanie Nicot : Honnêtement, oui. Christopher Priest n’était encore jamais venu à Épinal, tout simplement parce qu’il n’était jamais disponible lorsque je me renseignais sur ses disponibilités... Cette fois-ci, des amis à lui nous ont dit qu’il aimerait découvrir ce festival dont on lui parlait depuis longtemps… Aussitôt dit, aussitôt fait, avec l’appui des éditions Denoël. J’en suis ravie, car Priest est depuis toujours l’un de mes auteurs préférés : je l’ai découvert en 1979, alors que je commençais tout juste à m’intéresser à l’imaginaire ; depuis, je lui voue une immense admiration littéraire. Je me suis d’ailleurs réservé l’entretien solo avec lui !
Quant à Joe Abercrombie, nous l’avions déjà reçu en 2010 au vu de sa première traduction en France. Le ton assez inimitable de sa fantsy nous avaient tout de suite séduits, et nous avions envie, maintenant que sa notoriété a grandi, de donner au public du festival l’occasion de le retrouver.

Actusf : Parmi les petits nouveaux, il y a Chloe Neill. Peux-tu nous en dire un mot ? Stéphanie Nicot : « Petite nouvelle », Chloe Neill ? Aux Imaginales, sans doute, mais c’est surtout l’une des signatures les plus appréciées et les plus lues de la « bit-lit » américaine. Le petit déjeuner que nous avons organisé en partenariat avec le site Au boudoir écarlate a d’ailleurs affiché complet en quelques jours… Ses histoires de vampires, pour adultes (Les Vampires de Chicago) et pour jeunes adultes (Dark Elite) sont l’essence même du genre : de l’action, des personnages féminins forts, courageux, déterminés (la nunuche qui attend la retour de son mâle héros en gémissant, très peu pour Chloe Neill !), et de l’humour à revendre. Et même si ces romans revendiquent fièrement leur statut de littérature distrayante, ils abordent aussi, souvent sans avoir l’air d’y toucher, des questions actuelles brûlantes, comme le rapport à l’autre. Sans parler du coming out de nos amis vampires et loups-garous ;-)

Actusf  : Même question pour Leandro Àvalos Blacha et Yoss… 
Stéphanie Nicot  : Là, nous avons deux belles signatures de l’imaginaire cubain et argentin. Voilà deux plumes caustiques, adeptes d’une satire acerbe : les extraterrestres de Yoss et leur blocus de la Terre sont une métaphore talentueuse des rapports Cuba-USA, et les détenus et autres zombies de Leandro Àvalos Blacha interpellent la société argentine. Comme le dit à juste titre le Maire d’Épinal, la fantasy et la SF nous ramènent souvent, de façon malicieuse, au réel !

Actusf : Victor Dixen est ton coup de cœur 2014. Qu’est-ce t’a donné envie de mettre cet auteur en avant ? 


Stéphanie Nicot : Son souci des autres. C’est, selon moi, le cœur de son œuvre. Son attention aux personnages, à ce qu’ils éprouvent, à ce qu’on leur fait parfois endurer, est tout à fait remarquable. C’est un auteur pour la jeunesse accessible et exigeant à la fois ; il écrit magnifiquement, construit ses intrigues avec rigueur et brio, et plonge dans la riche tradition des contes pour en tirer des récits originaux. 
Victor Dixen s’inspire aussi de l’histoire napoléonienne, comme le montre sa superbe novella, Tambours dans la nuit,(1) un beau tirage des éditions Griffe d’Encre, limité à 500 copies, pour les Imaginales, véritable spin of pour adultes d’Animale. Quant à Animale, le roman fait l’unanimité des critiques et des lecteurs ! Auparavant, Le Cas Jack Spark, en cours de réédition en poche, lui avait valu, en 2010, un Grand Prix de l’imaginaire.

Actusf : Un petit mot des expositions. Il y a notamment celle sur Hugo Gernsback. Que pourra-t-on y voir ? 

Stéphanie Nicot  : Là, c’est une initiative de la BMI d’Épinal-Golbey, très investie dans les Imaginales (c’est l’occasion de remercier la directrice et toute l’équipe). C’est aussi un partenariat avec le Centre national des littératures du Luxembourg. C’est à la création de la science-fiction (terminologie et structures éditoriales), aux États-Unis, que nous assistons tout au long de cette exposition, et c’est à un Luxembourgeois que nous le devons. Outre de nombreux documents historiques, on y découvre des revues d’époque, exceptionnelles à tous égards. Une exposition à ne pas manquer !

Actusf  : Même question pour Luc Schuiten ? 


Stéphanie Nicot : Là, pour être honnête, je n’y suis pour rien. L’exposition, Cités végétales, est présentée dans le cadre du 10ème anniversaire des « Défis du bois », l’une des nombreuses manifestations organisées à Épinal. Mais il aurait été dommage de ne pas profiter de la présence de Luc Schuiten au vu de ses thèmes, très liés à l’imaginaire. 

Actusf : Et puis parmi les artistes qui exposent, il y a Juan Miguel Aguilera que l’on connait surtout pour ses romans et nouvelles. Peux-tu nous en dire plus ? 


Stéphanie Nicot : Maîtres de l’imaginaire espagnol, cet artiste multicartes est, excusez du peu, écrivain, scénariste de film et de BD ; c’est aussi un brillant illustrateur, comme on a peut le constater avec l’affiche de l’édition 2014 ! Sans oublier l’image d’Épinal, une création originale – réalisée par l’Imagerie d’Épinal – qui sera dévoilée jeudi lors du vernissage de l’exposition, à la Maison du Bailli. 

Actusf  : Les soirées cinémas sont très prometteuses : "anticipation", "bière, foot et zombies", "Giallo extra sensitif" et "romance et costumes". Vous aviez envie de mélanger fun et contenu ? Comment les avez-vous conçues dans l’équipe ?


Stéphanie Nicot : Il y très longtemps que Bernard Visse, directeur du festival, et moi-même avions envie d’une programmation cinéma élargie. L’arrivée d’Arnaud Toussaint, le nouveau directeur des Cinés Palace, qui est un inconditionnel des Imaginales (il y a animé la programmation jeux de rôle jusqu’en 2012), a travaillé avec nous afin de vivifier notre offre cinéma.

Actusf  : Qu’est-ce que les Imaginales maçonniques et ésotériques ?
Stéphanie Nicot : Un nouveau partenariat, inauguré en 2013, dans la lignée des autres initiatives qui sont venues peu à peu se greffer aux Imaginales. Les loges maçonniques d’Épinal, grâce à la belle énergie de Jacques Oréfice qui est le maître d’œuvre de ce projet, organisent une série de conférences au Temple, et certains auteurs – et pas des moindres comme Gilles Laporte ou Éric Giacometti –participent aux cafés littéraires du festival. Autre signe que le festival est porteur, nous avons cette année encore de nouveaux partenaires privés, comme EDF et Le Crédit agricole. 
De plus en plus de lieux, dans la ville, s’ouvrent également aux artistes du festival : Planétarium, centre culturel, théâtre (une lecture non-stop de Gagner la guerre), hôtels, etc.
Pour autant, le cœur battant du festival reste plus que jamais dans les jardins du Cours, le long de la Moselle, où une centaine de cafés littéraires, tables rondes et conférences attendent les festivaliers. Sans oublier ces moments exceptionnels de convivialité que sont les déjeuners et petits déjeuners avec nos auteurs.
Les Imaginales offrent au public quatre jours exceptionnels !
 

Jérôme Vincent

- (1) Je demanderai d’ailleurs à Victor Dixen, samedi 24 mai, lors de son grand entretien, si c’est par hasard qu’il a repris ici le titre d’une pièce de Bertold Brecht de 1919…