Interview de Susumu Niijima
de Susumu Niijima
aux éditions

Auteurs : Susumu Niijima
Date de parution : 0000 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
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Professeur de français à l’Université Keio et amateur de science-fiction, nous avons un peu discuté de l’actualité récente du genre au Japon...

Actusf : Est-ce que vous pouvez vous présenter ?
Susumu Niijima : Je me présente Susumu NIIJIMA. Maître de conférences à l’Université Keio (Japon), j’enseigne le français et la littérature française. Mon étude porte principalement sur Raymond Roussel et Jules Verne. J’ai traduit une dizaine de livres français en japonais, dont La science-fiction de Jacques Baudou.
 

Actusf : Il y a eu en 2013 beaucoup de publications liées au cinquantenaire de la SFFWJ (Association des écrivains japonais de science-fiction et de fantasy). Comment se porte l’édition de SF au Japon actuellement ?
Susumu Niijima : Effectivement, en 2013, la SFFWJ (Science Fiction and Fantasy Writers of Japan) a tenu un rôle important. Elle a organisé une conférence internationale (dont le mot d’ordre était « de Hiroshima à Fukushima ») à laquelle j’ai participé, ainsi que la publication de quelques séries de romans de SF japonaise. Leur démarche aidant, Hayakawa, maison d’édition spécialisée, est très active en ce moment. Surtout, le grand succès auprès du grand public de feu Project Ito et de Toh Enjyo, deux grands écrivains de notre génération, semble pousser la publication de SF domestique.
 

Actusf : La littérature young adult et jeunesse est ce qui marche le mieux en France, en littérature de genre. Est-ce que le même phénomène se produit au Japon ? Les light-novel fonctionnent-ils toujours aussi bien ?
Susumu Niijima : Les light-novel (appelés aussi lanové) marchent toujours bien. Mais on peut difficilement estimer leur portée sans considérer leur relation avec les dessins animés, car quel que soit son premier support, si un titre a du succès, on l’adaptera en manga, en dessin animé, ou en jeu vidéo. Parmi eux, le dessin animé doit avoir le plus grand nombre d’amateurs, et très souvent, on ne se rend plus compte de l’origine de tel ou tel dessin animé. Il est vrai cependant que de nombreux dessins animés, surtout ceux de "Shinya animé" (les dessins animés passés à la télé après minuit), sont basés sur les light-novel. En les regardant, les spectateurs pourraient s’intéresser aux premiers textes. Le marché des lanovés est donc important comme source des Animés.
 

Actusf : Est-ce que beaucoup de romans de SF sont adaptés en dessins animés ?
Susumu Niijima : Pas beaucoup, je trouve. C’est-à-dire que la plupart des dessins animés japonais sont issus de projets originaux ou, comme je l’ai remarqué, basés sur les lanovés ou mangas populaires. Malheureusement, le public lit peu de romans SF malgré leurs qualités. Mais si une œuvre se vend bien, elle va tout de suite être adaptée en dessin animé, c’est le cas de Shin sekai yori ou de la série Mardock Scramble*, par exemple. À ce propos, Ubukata Tow s’est joint à Ghost in the shell : Arise comme scénariste.

* éditée en France chez Kazé
 

Actusf : Quelle est la place de l’édition numérique ? Est-ce qu’elle vient concurrencer l’édition traditionnelle ? Les librairies sont en crise en France, est-ce qu’elles connaissent aussi des difficultés au Japon ?
Susumu Niijima : C’est partout pareil dans le monde, et le Japon n’est pas épargné par la dégradation de l’édition traditionnelle, bien que l’on ait un système très particulier. Les rayons de SF dans les librairies sont beaucoup plus réduits que dans mon enfance, et d’une manière générale, on achète de plus en plus de livres sur le net et on lit de plus en plus de textes numériques. Malgré tout, les librairies et les livres papier existent toujours !
 

Actusf : Les traductions (de l’anglais en particulier) sont-elles toujours aussi importantes dans la part de romans de SF publiés ?
Susumu Niijima : Oui, mais surtout les grands classiques de l’âge d’or. Quant aux écrivains contemporains, je les trouve moins importants ; les lecteurs japonais apprécient aussi les écrivains locaux. On a déjà un demi-siècle d’histoire.
 

Actusf : Quels sont les thèmes et motifs employés le plus fréquemment ces derniers temps ? Cela fait maintenant presque trois ans que l’accident à la centrale nucléaire de Fukushima a eu lieu. Dans un genre très lié à la technologie et à son devenir, est-ce que cet accident a eu une influence sur l’écriture et l’orientation des romans ?
Susumu Niijima : C’est une question difficile. Certes, cette ultime épreuve a changé toutes les perspectives, mais le Japon a déjà connu Hiroshima et Nagasaki et nous vivions depuis toujours avec la crainte du grand séisme. En SF comme en littérature générale, on décrit désormais le monde différemment, mais pas tout à fait visiblement ni d’une manière directe. C’est ce qui fait la richesse d’une vraie création littéraire, je crois.
 

Actusf : Quels sont les romans marquants de 2013 (en japonais et parmi les traductions) ?
Susumu Niijima : Les anges de Johannesburg, recueil de contes, écrits par Yusuke Miyauchi. Malheureusement il a raté le prix Naoki (un prix remis pour la littéraire populaire).


Actusf : Quels sont les romans attendus en 2014 ? Les auteurs à suivre ?
Susumu Niijima : J’aimerais bien lire le nouveau livre de Toh Enjyo, s’il paraît cette année. Ou bien la suite de la série La mélancolie de Haruhi Suzumiya, également, s’il paraît cette année.
 

Tony Sanchez

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