Interview de Sylvie Denis
de Sylvie Denis
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Sylvie Denis
Date de parution : avril 2007 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Sylvie Denis est une des plus talentueuses auteur de science-fiction française. Petite interview à l’occasion de la sortie de La saison du singe.

Actusf : Comment est née l’idée de ce roman ?
Sylvie Denis : De la nouvelle Avant Champollion, que Serge Lehman avait choisi de mettre au début d’Escales sur l’Horizon. Elle constitue le début du roman dans une version remaniée. J’ai commencé à penser à ce qui était arrivé à ces gens quand j’ai fini de l’écrire. Comme l’antho est parue en février 98, ça commence à faire un moment…

Actusf :
Qu’aviez-vous envie de faire ? Qu’elle était l’idée forte ?
Sylvie Denis : Un livre. De Science-Fiction.
Je ne sais vraiment pas quoi répondre à ce genre de question. Si je savais résumer, ou"pitcher" mes livres, comme on dit, d’une part je ne me fatiguerais pas à les écrire, ensuite, je ferais une super carrière dans le marketing, pas auteur de SF fonctionnant au ralenti…

Non, sans rire. Il y a deux choses qui m’agacent dans les choses qui se disent depuis quelque temps. D’une part, l’idée que la SF serait morte.
Bon.
D’une part, c’est un vieux machin qui revient périodiquement dans le débat, il suffit d’ouvrir des magazines datant d’il y a dix, vingt, trente ou quarante ans pour s’en apercevoir. Ensuite, c’est pas possible. Pour qu’il n’y ait plus de SF, il faudrait qu’il n’y ait plus de découvertes scientifiques, ou d’innovation technologique, ou de changement social quelconque dans le monde.
Il suffit de lire le journal pour se rendre compte que ce n’est pas le cas.
On est en pleine révolution informatique depuis vingt ans, on découvre de nouvelles planètes extrasolaires tous les mois ou presque. La physique est en pleine interrogation. On est loin d’en avoir fini avec la génétique et les biotechnologies, et toute cette activité réchauffe la planète. Et il n’y aurait plus rien à dire, ou à imaginer, ou autre, sous la forme de récits de SF ? Je rêve.

Le deuxième point qui m’agace, c’est que face à ce bouleversement énorme, que je considère vraiment comme un changement de civilisation, on en entend dire que "c’est trop compliqué, on n’y comprend rien".
Ben voyons. On n’y comprend rien si on ne fait pas l’effort, ou si on ne s’en donne les moyens. Il existe quantité de gens qui ont des idées, des analyses, des moyens de comprendre ce qui se passe. Il suffit d’aller voir. (Je conçois néanmoins qu’on manque de temps, surtout dans un pays où certains voudraient que des gens qui passent déjà leur journée au boulot ou dans les transports "travaillent plus pour gagner plus" mais j’écris ceci le matin du 22 avril, je n’ai pas encore voté, et je m’égare…)

Ou alors, c’est "mon dieu, mon dieu, c’est compliqué, et c’est potentiellement dangereux."
Ben oui. Le feu aussi, c’était potentiellement dangereux.
Mais bon, qu’il s’agisse d’OGM ou de clonage thérapeutique, je ne voix pas l’intérêt de se mettre la tête dans le sable en gémissant que, ouille ouille ouille, ça va provoquer des catastrophes, surtout n’y touchons pas. D’autant plus que si les gens raisonnables ne se chargent pas de réfléchir, ce sont les obscurantistes et les fanatiques qui s’en chargeront…
La seule chose à faire, c’est de s’asseoir à une table, de prendre un stylo et de se dire, bon, ok, on va pouvoir modifier le génome, mais on ne veut pas que ça vire au Meilleur des Mondes, on ne veut pas créer de surhommes, on veut juste vivre mieux, être moins malades, mourir moins tôt, nourrir les gens, ne pas finir comme les habitants de l’île de Pâques etc. Comment on fait ? C’était déjà la réflexion à la base de la Déclaration des droits des Hommes libres et singuliers, dans Dedans, Dehors. (Jardins Virtuels, Folio SF.)

J’ai développé cette idée avec le les mondes de la Charte et les Grands Modifiés.
Je voulais aussi mettre un privé tout seul sur une planète, mais c’est une autre histoire…

Actusf :
Il y a plusieurs lignes de narrations. Comment l’avez-vous agencé et pourquoi ?
Sylvie Denis : Je rêve d’écrire un roman où il n’y aurait que deux ou trois personnages et une histoire simple se déroulant sur très peu de temps. Je n’y arrive pas. Dès que j’ai une idée qui me semble être une idée de roman, il y a dix douzaines de personnages qui se pointent. Et je raconte de leur point de vue. Sinon, j’ai l’impression que c’est petit, que ce n’est pas un roman. Ce qui n’est pas logique, parce qu’il y a des livres très courts parmi mes romans préférés. Mais je n’arrive pas à faire ça. Pour l’agencement, je ne théorise pas beaucoup. Je fais ce qui me semble le mieux pour maintenir le suspense, pour que le lecteur ne s’ennuie pas. Et moi non plus.

Actusf :
Parlez nous un peu des ninhsis ? Comment les voyez-vous ? Et comment décririez-vous leur civilisation ?
Sylvie Denis : Comme un endroit où j’aimerais vivre, sauf qu’il doit faire un peu chaud pour moi. C’est le paradis dans les arbres. Une civilisation où les gens ne se prennent pas la tête parce qu’il n’y a pas de guerre ou de violence sociale pour leur faire soi-disant vivre une vie plus intense. Et les restaus sont bons.

Actusf :
Evoquons l’une des grandes figures du roman : Aleshka. Comment la voyez-vous ?
Sylvie Denis : De l’intérieur.

Actusf :
Il y a un mélange entre une science fiction à forte technologie et deux "peuples" ou "civilisation" bien moins avancées. Pourtant la confrontation n’a pas vraiment lieu. Aura-t-elle lieu dans le deuxième tome ?
Sylvie Denis : De mon point de vue, si, elle a lieu. Mais c’est plus une rencontre qu’une confrontation. C’est ce que fait Pierre Malavel, non ? C’est à travers lui que les Ninhsis et les hommes se rencontrent. Quant à la façon dont ça va évoluer, vous le saurez, chers lecteurs, en lisant la suite (ah ah).

Actusf :
Le diptyque est souvent assez peu employé en SF. Pourquoi avoir choisit ce format et pas plus long ou un gros one shot ? Envisagez-vous d’éventuelles suites ?
Sylvie Denis : Peut-être parce que j’ai peur de m’enferrer dans le deuxième tome d’une trilogie. Le truc mou au milieu, brrrr. C’est aussi un moyen de m’obliger à écrire la suite dans un délai raisonnable. Alors qu’avec un gros one-shot, ça prendrait encore trois ou quatre ans.

Actusf :
Il y a beaucoup de thèmes telle que le clonage ou les voyages spatiaux. Ce sont des thèmes qui vous interessent ? Vous suivez l’actualité scientifique de près ou cela vous a-t-il demandé beaucoup de documentation ?
Sylvie Denis : Tout m’intéresse, je pourrais passer ma vie à lire les journaux et des essais, à traîner sur internet et à faire des revues de presse. J’ai du mal à envisager qu’on fasse de la SF sans s’intéresser un tant soit peu à la science au sens le plus large du terme.

Actusf :
Les lecteurs ont évoqué sur le forum notamment Banks, Vinge ou Aldiss. C’étaient des références que vous aviez en tête en l’écrivant ou c’ets un peu le hasard ?
Sylvie Denis : C’est terriblement flatteur. J’ai pris une grosse claque en lisant Le monde Vert. Dans le genre, j’estime qu’on ne peut pas faire mieux. Mais j’adore les histoires de jungles et d’arbres. Je passe mon temps à dessiner des troncs et des champignons.
Je me suis posé la question du cousinage avec la Culture, surtout en écrivant les dialogues entre les Grands Modifiés. Je me disais que c’était vraiment trop proche de Banks - la Culture, tout le monde aurait voulu l’avoir inventée, non ?
Et puis je me suis dit que de toute façon, même si l’on n’a pas de références conscientes, quand on est français, on se retrouve de toute façon comparés aux anglo-saxons.
Donc, pourquoi se prendre la tête ? L’originalité pure n’existe pas.
On ne reproche pas à un musicien de se servir des notes de la gamme, ni à qui se soit d’utiliser l’alphabet pour écrire. Il y a un alphabet de la SF. Je m’en sers parce que j’aime ça. C’est ce que j’ai aimé quand j’étais plus jeune qui m’a menée où je suis.

On doit toujours quelque chose à ceux qui nous ont précédés, et j’aime ce côté "dialogue entre auteurs" de la SF.
Que des thèmes, des images, des tropes, des clichés, peu importe comment on les appelle, puissent être utilisés différemment par différentes personnes est une preuve d’inventivité. Pour autant que je sache, tout peut être réduit à des 0 et des 1, ce qui n’est pas grand chose, comme base de départ, et pourtant, ce sont les répétitions et les combinaisons de ces 0 et de ces 1 qui me permettent en ce moment de taper ce texte sur mon ordinateur (au lieu de m’empoisonner la vie avec une machine, du carbone et du typex) et ensuite de l’envoyer en un rien de temps pour qu’il soit lisible par des gens assis tranquillement dans leurs fauteuils. Il y a vingt ans, ce n’était pas possible. Dans vingt ans, ça sera différent. Dans vingt ans, les gens porteront encore des chaussures, mais pas les mêmes qu’aujourd’hui parce que les créateurs de chaussures auront trouvé le moyen d’en faire des nouvelles. C’est pareil pour les livres.

Actusf : Parlons un peu du tome qui va suivre. Que peut-on en dire ? Il se passera longtemps après les événements du tome 1 ?
Sylvie Denis : Le deuxième est en train. Il va se passer à la fois juste après et longtemps après, mais je ne peux vraiment pas en dire plus.

Actusf :
La question rituelle : Sur quoi travaillez-vous en ce moment et qu’avez-vous ensuite en projet et en envie ?
Sylvie Denis : Sur le deuxième tome, sur une possible suite à Haute-École, sur une ou deux nouvelles, sur d’autres romans…

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Jérôme Vincent