Interview de Thierry Di Rollo
de Thierry Di Rollo
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Thierry Di Rollo
Date de parution : novembre 2007 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Petite interview à l’occasion de la sortie de son premier recueil de nouvelles chez ActuSF

ActuSF : Tout d’abord, commençons par le début, pourquoi nous avoir dans un premier temps proposé Jaune Papillon et Cendres  ? Quand as-tu écrit ces deux textes et te souviens-tu de l’idée de départ de chacun d’eux ?
Thierry Di Rollo : Ce sont les premiers textes où je me suis lancé sans craindre l’utilisation des verbes être, faire, quelques répétitions, aussi - tout ce genre de choses que l’on ne veut pas faire lorsqu’on débute, par souci illusoire de "bien écrire" ; je me suis dit que je n’avais plus à avoir peur des mots. J’ai écrit ces textes en 95 ou 96, autant que je me souvienne. J’écrivais plus ou moins sérieusement depuis une petite dizaine d’années et puis j’ai eu envie de coucher sur l’écran de mon ordinateur ce que j’avais en tête, sans aucune retenue ni censure. J’ai installé mon univers à partir de ces deux textes. L’idée de départ ? C’est toujours l’image véhiculée par les premiers paragraphes des deux textes. Après, je me laisse porter par l’ambiance et ce qu’inconsciemment j’ai l’intention de dire.

ActuSF :
La narration est vraiment ressérée dans chacune des deux nouvelles sur le personnage principal. On ne sait en général pas grand chose du contexte dans lequel ces deux héros (si on peut les appeller ainsi) évoluent. C’était pour mieux souligner leur désarroi et leur misère ?
Thierry Di Rollo : Le format d’une nouvelle n’autorise pas vraiment la dilution. Et puis, ce sont toujours les êtres humains qui m’ont intéressé plus que leur environnement, au bout du compte. Un homme ou une femme en plein désarroi voit-il/elle toujours clairement ce qui l’entoure ? Je n’en suis pas si sûr. Il/elle gère l’essentiel, le plus urgent, dans l’instant qui lui est donné : des échanges de mots avec les autres, des sensations, deux ou trois objets, un espace ouvert ou non, des odeurs. Pour ordonner tout cela, il faudrait du temps. Et les personnages que je mets en scène en manquent, le plus souvent, dans les histoires où je les plonge.

ActuSF :
On sent un véritable sentiment de révolte dans ces deux textes. C’était ce qui t’a poussé à les écrire ?
Thierry Di Rollo : Peut-être. La connerie humaine m’a toujours profondément fait vomir - et la mienne aussi, bien sûr, je ne m’exclus pas. La méchanceté gratuite, la pitoyable façon qu’ont les hommes de pouvoir de s’accrocher à ce qu’ils croient être et représenter, pour finalement tomber comme tous les autres. C’est éternellement prévisible, en même temps qu’incompréhensible dans notre obstination à répéter toujours et encore les mêmes erreurs.

ActuSF :
Même question pour Les Hommes dans le Château. Comment est né ce texte et qu’est-ce qui t’a donné envie de nous le proposer ?
Thierry Di Rollo : J’ai pensé que c’était un texte correct. L’image de Blandine, dans les sous-bois, m’est venue tout de suite. Et j’ai eu envie de la suivre. Le reste de l’histoire a émergé en écrivant.

ActuSF :
Il est inédit. Comment le présenterais-tu aux lecteurs ?
Thierry Di Rollo : Charlotte l’a très bien résumé, sur son blog (je me permets de la citer) : "C’est un texte ou [je] reprends les codes du conte (jeune fille apeurée chassée dans les bois, ogres, gens du Village…) dans une version modernisée (politique, haute bourgeoisie…) et sombre." Je n’aurais pas mieux dit. Et je ne m’en suis même pas aperçu en l’écrivant...

ActuSF : La question est la même pour Quelques grains de riz, une nouvelle avec les Beatles en toile de fond. Comment est-elle née ? C’était je crois pour l’anthologie Rock Star. Pourquoi avoir choisi les Beatles ?
Thierry Di Rollo : Parce qu’ils m’ont accompagné pendant toute mon enfance et mon adolescence. Et qu’ils me soutiennent toujours. J’ai eu une enfance très difficile. Et ces quatre humains m’ont aidé à tenir, dans les pires moments où je ne comprenais plus rien à la vie, parce que tout devenait trop lourd ou inexcusable. Sans eux, sans le refuge qu’ils m’ont offert - sans le sourire de ma mère, aussi -, j’aurais mal tourné, je crois. Alors, quand Patrick Eris m’a demandé un texte pour son anthologie, je n’ai pas hésité une seconde. Je rêvais depuis des années d’écrire un texte sur ma référence première et ultime. Je le dis et le répète : je ne remercierai jamais assez Patrick.

ActuSF :
Je sais que c’est un groupe de musique important pour toi. Que t’évoque la chanson Eleanor Rigby ?
Thierry Di Rollo : La solitude humaine, parce que c’est ce dont elle parle. Cette chanson me suivra jusqu’au bout. Elle est de plus fondatrice de mes propres univers. Les images en sont incroyablement puissantes et m’ont marqué pour la vie ; sans elles, j’aurais sûrement écrit autre chose. Et puis, surtout, la musique est magnifique. Combien de fois j’ai voulu voyager "dans" le son du double quatuor, plonger au creux, littéralement, et entendre les voix de McCartney, Lennon et Harrison sur le refrain. Je donnerais cher, très cher, pour cela, si une technologie le permettait.

ActuSF :
Sur quoi travailles-tu actuellement ? Ton prochain livre sera-t-il dans la même veine que les derniers ?
Thierry Di Rollo : J’aimerais aborder des histoires moins lourdes, surtout. Parce que l’énergie pour les écrire est de moins en moins là, quand même. Le gouffre que j’ai ouvert pour pouvoir écrire Meddik a bien failli m’engloutir et je n’ai plus aucune envie de revivre ce vertige franchement mortifère. Et puis, en vieillissant, je veux aussi opposer à ce que j’ai déjà écrit une face plus claire. Comme une sorte de miroir où tout serait dit de la folie des hommes et de leur lumière. A mes yeux, tout du moins.

Jérôme Vincent