Interview de Thierry Gloris et Mikaël Bourgouin
de Thierry Gloris et Mikaël Bourgouin
aux éditions ActuSF
Genre : Fantastique

Auteurs : Thierry Gloris , Mikaël Bourgouin
Date de parution : octobre 2007 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Avec Le Codex Angélique, Mickaël Bourgoin et Thierry Gloris signent une première BD étonnante et intrigante. Une série en tout cas à découvrir ! Petite interview.

ActuSF : Tout d’abord, commençons par le début, comment chacun de vous deux est tombé dans la BD ?
Mikaël : Pour ma part, je ne crois pas vraiment qu’il y ait un moment précis ou ça a commencé ; je ne suis et n’ai jamais été un grand lecteur de BD, j’en lis un peu mais pas autant que mon compère Thierry. En revanche ce qui me plaît c’est de raconter des histoires, créer des ambiances, des personnages.
Thierry : Rien de bien original : quelques vieux albums d’Asterix, de Spirou, de Gaston ont suffi à me contaminer durant ma prime enfance. Ensuite, cela a été l’engrenage… Les quelques sous d’argent de poche sont partis chez mon dealer de comics américains, le bar-tabac de mon quartier. Puis, le rêve asiatique avec des kilos de mangas à m’envoyer dans le nerf optique… Après une cure de désintoxication au noir et blanc, je suis revenu aux valeurs sures du patrimoine franco-belge : XIII et Lanfeust pour ne citer que les plus connus… Au final, quand je suis redescendu de mon trip, j’étais auteur BD…

ActuSF : Quelles sont vos influences réciproques et vos coups de coeur ?
Mikaël : Mes influences vont surtout du côté des auteurs indépendants américains et anglais tels que Dave McKean, Bill Sienkiewicz, Kent Williams, Ashley Wood, mais je suis également beaucoup influencé par des peintres comme Gericault, Klimt, Schiele, Mucha, ou encore Jeffrey Jones, Lipking, Phil Hale, la liste est bien longue...
Thierry : Je suis très éclectique dans mes goûts de lecture et assez bon public en règle générale. Mes influences sont essentiellement littéraires, notamment les classiques français du XIXème siècle : Stendhal, Zola, Balzac et les écrivains feuilletonistes de l’époque : Sue, Leroux, Verne… et bien sûr les deux grands de la littérature fantastique anglo-saxonne : Poe et Lovecraft. En BD, je suis admirateur du savoir faire d’un scénariste comme Serge Letendre, qui sait manier émotion et récit épique avec brio (lisez La Gloire d’Hera !). Je suis également assez bluffé par l’efficacité des récits de Jean Van Hamme qui a su marier production grand public et qualité intrinsèque. Après, il y a plein d’autres personnes dont j’apprécie le travail comme mon ami et collège Joël Callède, mais je ne vais pas en faire ici une liste exhaustive… Mon idéal d’auteur étant malgré tout René Goscinny.

ActuSF :
Comment vous êtes-vous rencontrés tous les deux ?
Mikaël : Par internet, je postais des travaux sur un forum de dessinateurs et Thierry, passant par là, m’a contacté.

ActuSF : Comment est né le projet du Codex Angélique ? Et comment travaillez-vous ensemble ?
Mikaël : Je laisse à Thierry le soin de vous conter la naissance du projet. En ce qui concerne notre mode de travail, Thierry écrit le scenario de son côté, ensuite arrive l’étape du storyboard ou je mets en page la planche, parfois en apportant quelques retouches, puis on rediscute de tout ça ensemble pour améliorer et approfondir certaines choses si besoin est, puis je réalise les planches.
Thierry : Au tout début, Le Codex Angélique devait être l’histoire d’un livre maudit qui attirait sur ceux qui le possédait le malheur. M’étant rendu compte que ce genre d’idée avait déjà été bien exploité, j’ai cherché un axe personnel pour aborder cette idée de base. Je me suis mis à explorer la psychologie des différents acteurs et je suis arrivé sur l’ouvrage qui est en vente… Vous rajoutez à cela une bonne dose de références historiques liées à ma formation originelle et vous avez un mix entre BD historique et fantastique très glauque.

ActuSF : Pour les lecteurs qui ne vous ont pas encore lus, qu’est-ce que cet ouvrage mystérieux, le Codex Angélique ?
Thierry : Le Codex Angélique est un livre écrit par un moine excentrique dénommé Angus Mac Manaman. Dans ces pages, il est question des secrets divins et plus particulièrement de ceux des anges. Pour donner un peu d’exclusivité à votre interview, je peux apprendre à vos lecteurs, qu’Angus n’a pas “inventé” la prose du Codex, mais n’a fait que la retranscrire… D’un autre côté, j’ai rencontré dernièrement en dédicace une jeune femme tout de noir vêtue (maquillage à l’avenant…), que je qualifierais de “gothique” (mais je ne suis pas expert en la matière…) qui m’a donné une définition assez originale de la BD mais également de l’ouvrage écrit par Angus : un grimoire des vieilles peurs de l’humanité. Elle avait lu l’album et pensait trouver un auteur ayant les mêmes influences “goths” qu’elle. Je l’ai déçue bien malgré moi… Je suis personnellement étranger à la culture “gothique” (trop vieux certainement…), mais j’ai bien aimé cette appropriation du Codex Angélique par une “mythologie” bien différente de mes propres références. En discutant un peu, j’ai découvert ce jour-là, que le gothisme n’était pas seulement synonyme de “Marilyn Manson” mais que les racines de ce mouvement étaient liées à un romantisme des origines : noir et désespéré… et c’est ce qu’est Le Codex Angélique (ou du moins ce que je voulais en faire…).

ActuSF : Pourquoi avoir placé cette histoire au début du XXème siècle ? Pourquoi avoir choisi cette période précise ?
Thierry : Mon premier souci est de faire une histoire “crédible”. Il m’a semblé donc utile de planter le décor de mon histoire dans un environnement que je “dominais”. La langue française est ma langue maternelle, j’aime l’utiliser dans toutes ses “colorations”. Ces éléments ont contribué à placer Le Codex Angélique à la Belle Epoque, à Paris, plutôt qu’à Londres ou New York. Secundo, le début du siècle correspond à une période charnière où les hommes pensaient qu’il n’y avait pas de limite à la science. Les romans de Jules Verne en sont un exemple flagrant. A partir de là, écrire un scénario mixant fantastique, science et psychologie dans un labyrinthe ésotérique ne pouvait trouver meilleur écrin que cette période.

ActuSF : Le deuxième tome se passe dans un asile. Ce que vous racontez est assez dur. Ca se passait comme ça à l’époque ?
Thierry : Même si pour les besoins de la fiction et le rythme du récit, j’ai poussé très loin les exactions des soignants et également mélangé des traitements psychiatriques de différentes époques, je peux garantir que les asiles du début du XXème siècle étaient loin d’être des colonies de vacances ! J’ai effectivement pas mal potassé avant de me lancer sur le sujet des asiles psychiatriques. Si d’un côté, j’ai été très loin dans les sévices, je peux vous garantir que la réalité ne devait être guère plus reluisante… voire pire ! A cette époque, les traitements psychiatriques étaient donnés de façon complètement empirique et la plupart du temps, on soignait la folie à coup de bain glacé surprise ou d’inhalation d’haleine de bœuf ! Fou, non ??! Mon seul regret est d’avoir fait, pour les besoins du récit, de l’hôpital Sainte Anne une annexe de l’enfer alors qu’historiquement, il était plutôt un établissement “modèle”…

ActuSF : Pourquoi avoir mis en scène Freud ? Vous vous êtes fait plaisir ou était-ce pour souligner le contraste entre ses méthodes novatrices et les anciennes ?
Thierry : Premièrement, je vous mets au défi de me trouver le nom de “Freud” dans l’album. Autant les chroniqueurs que mon éditeur y ont vu le grand homme… mais je ne l’ai jamais cité ! Et là, on a presque un réflexe pavlovien… Psychanalyste égal Freud… et l’on oublie tous les autres, notamment son pendant français : Lacan. Amusant, non ?

ActuSF : Le dessin est parfois très dur, la mise en couleur également. Pour quelle raison ? Pour souligner les épreuves que traverse le jeune Thomas ?
Mikaël : J’ai un dessin peut-être un peu dur à la base, mais j’ai volontairement joué là-dessus, pour renforcer l’idée que l’asile est un passage assez dur dans le chemin de notre héros. J’ai également accentué certains éclairages, joué avec des lumières vives pour représenter le côté cru d’une scène. Mon dessin est là pour appuyer l’histoire, j’essaie de faire en sorte que le lecteur soit plongé dans une ambiance pour mieux suivre le récit. Je n’ai pas la prétention d’élever le recit à un autre niveau, je veux juste par le biais du dessin amener le lecteur à être plus impregné de l’ambiance de l’album.

ActuSF : Qu’est-ce qu’on peut dévoiler de la suite ? Comment l’histoire va-t-elle évoluer ?
Thierry : Le troisième tome refermera un cycle… une page sera tournée, tous les personnages vont être bouleversés. Ce dernier tome sera plus “action” et donnera les clefs de beaucoup de vrais ou de faux (amusant de voir comment les lecteurs aiment se poser des questions, là où il n’y a que fausses pistes…) mystères.

ActuSF : C’est pour tous les deux vos premiers albums. Est-ce que cette aventure dans la BD vous plaît et allez-vous continuer ?
Mikaël : C’est notre première série à tous les deux, et pour ma part je sais que je vais continuer à explorer la BD, c’est un moyen de raconter des histoires qui me plaît vraiment.
Thierry : Ma foi, je profite de la perche tendue pour me faire un peu de publicité… Dans les prochains mois, je dois sortir une seconde série historique fantastique chez Delcourt nommée Waterloo 1911… Une autre sortie courant 2008 aux éditions Soleil : Souvenirs d’un Elficologue… et une autre signée chez Glénat prévue pour début 2009.

ActuSF : Quels sont vos projets à chacun ? Et vos envies ?
Mikaël : Après le Codex, je me ferai sûrement une petite pause BD, pour me lancer dans l’illustration, j’en fais un peu pour l’instant mais plus au compte-goutte, et j’ai envie d’explorer ce domaine qui est complètement différent de la BD bien qu’ayant des similitudes. En illustration, pas de chichis, l’image marche ou pas, mais il n’y en a pas 8 autres pour la rattraper, c’est du tac au tac. Ca me plaît, et j’ai encore beaucoup de choses à apprendre dans ce domaine.
Thierry : Accueillir mon troisième enfant au mois de mars 2008…

Jérôme Vincent