Interview de Thomas Bauduret et Christophe Thill
de Thomas Bauduret et Christophe Thill
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Thomas Bauduret , Christophe Thill
Date de parution : avril 2007 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Christophe Thill et Thomas Bauduret viennent de fonder les éditions Malpertuis. Petite interview pour fêter cette naissance !

Actusf : Faisons un peu de people avant de commencer. Comment vous êtes vous rencontré ?
Thomas Bauduret  : Cela remonte ! Je crois que c’était à l’époque de l’association l’œil du Sphinx, pour laquelle Chris avait fait l’anthologie "Rêves d’Ulthar". Nous en sommes partis pour divergences, mais sommes restés en contact. La création de la liste "nanar" a mené à la création de cinebis.org, maintenant défunt, où l’on assouvissait notre affection pour la série B. Puis j’ai créé une liste yahoogroups sur le fantastique intitulée Malpertuis. Le reste appartient à l’histoire… Bon, la petite histoire !
Christophe Thill : Alors, je ne sais pas trop si cet animal va s’en souvenir, mais si j’en crois mes documents, ça remonte à octobre 1997. A cette date, il y avait en préparation le lancement d’une certaine revue du nom de "Ténèbres", certains s’en souviennent peut-être... L’équipe avait organisé un dîner pour, disons-le, essayer de recruter quelques abonnés. Je me suis retrouvé assis à côté de Thomas, qui était associé au projet ; j’ai rapidement constaté que c’était un fieffé bavard, mais aussi que ce qu’il racontait était diablement intéressant. On a eu ensuite l’occasion de constater l’existence de goûts communs pour les boissons pétillantes et houblonnées, les séries Z, et les phrases alambiquées. Et, bien sûr, la littérature fantastique.

Actusf :
Comment est née l’idée du projet ?
Thomas Bauduret : Chris en a été l’instigateur en étudiant les possibilités croissantes de l’édition à la demande. Lorsqu’il est apparu qu’on pouvait éditer des livres sans passer par l’écueil qu’est la diffusion classique en librairie, comme le fait Rivière Blanche, ce fut le détonateur. J’avais déjà fait un travail d’anthologiste avec "Rock stars" qui avait plutôt bien marché et on m’a plus d’une fois proposé des directions de collections (propositions plus ou moins sérieuses d’ailleurs), même si rien n’a abouti. J’ai donc sauté sur l’occasion !
Christophe Thill : J’avais de mon côté un projet perso que je traînais depuis quelques années : l’édition française du recueil de nouvelles "Le Roi en jaune" de Robert W. Chambers (on en reparlera !). J’avais réalisé un volume d’essais et de nouvelles qui tournaient autour de ce livre, et qui était paru en 98 en tant que numéro spécial du fanzine "Dragon & Microchips".
Il fallait ensuite que je puisse publier le texte lui-même. J’avais envoyé un dossier à un certain nombre d’éditeurs, sans succès. Un gars l’a trouvé par hasard, un Toulousain passionné de fantastique qui voulait créer une maison d’édition qui serait "l’équivalent le la Pléïade, mais pour le fantastique" ; et il m’a proposé de "Le Roi en jaune" soit la première parution. Malheureusement, son projet a fini par tomber à l’eau, faute de temps et de moyen. Il ne me restait plus qu’à prendre les choses en main. Et comme je savais que Thomas avait une
envie similaire depuis un bail, je lui en ai parlé...

Actusf : Quels sont vos envies et votre ligne éditoriale ?
Thomas Bauduret : Pour la ligne éditoriale, il y a la volonté de publier du fantastique, tout simplement, en nouvelles et romans. A notre stade, c’est un début, et on verra où il nous mènera. Question envies, il s’agit de faire survivre le genre, tout simplement. Il a beau être dans le creux de la vague, il y a toujours un lectorat, dont nous faisons partie, et pourquoi n’aurait-il rien à se mettre sous la dent sinon deux ou trois ouvrages épars ? D’ailleurs, le succès de Nuit D’Avril prouve que ce lectorat existe bien et peut s’étendre. Qui plus est, n’en déplaise aux franchouillards auto-flagellants, il y a toujours eu une tradition du genre en terre Francophone, de Maupassant à Jean Ray jusqu’à Michel Pagel ou Claude Seignolle, pourquoi ne pas la perpétuer ? Ce qui ne veut d’ailleurs pas dire que nous sommes réfractaires aux traductions, d’ailleurs. Si je le pouvais j’essaierais de prospecter ailleurs que dans les domaines francophones et Anglo-Saxon. Si un auteur de génie repoussait les limites du genre au point de devenir le Lovecraft ou le Ray d’aujourd’hui… En Pologne ou en Argentine, quelles chances aurions-nous d’en entendre parler ? Mais cela reste de l’utopie… En tout cas, briser la carcan du gros pavé de 500 pages qui n’est qu’une énième resucée de King ou Koontz serait déjà quelque chose…
Christophe Thill : La ligne éditoriale est assez simple : faire du fantastique de qualité. Mais je pense qu’il est au moins aussi important de parler de la ligne politique que de la ligne éditoriale. Et là, l’idée, ce serait d’être le petit éditeur sympa, en qui le lecteur peut avoir confiance, au niveau de la qualité des parutions, et avec qui les auteurs aiment bien travailler ; à qui les auteurs déjà reconnus ne dédaignent pas d’envoyer un texte, mais qui soit assez dépourvu de snobisme pour attirer plein de jeunes talents. Si on parvient à être quelque chose comme ça, je crois qu’on sera contents. Quant aux envies... Les miennes, ce serait de pouvoir aller plus loin dans le fantastique fin XIXe siècle, et de traduire d’autres auteurs géniaux et méconnus de cette période. Et de manière beaucoup plus générale, d’être agréablement surpris.

Actusf : Pourquoi choisir la micro-édition ? Quels sont les avantages ?
Thomas Bauduret : Il s’agit de fanzine amélioré, avec les avantages et les inconvénients. On a la souplesse, la liberté du fanzinat tout en proposant des livres de qualité professionnelle. Anne Duguel m’a dit que les auteurs ont été emballés en voyant "Parfums mortels", ce qui fait toujours plaisir. Les inconvénients restent l’absence de visibilité et une rentabilité plus qu’aléatoire… Du moins si on ne veut pas en être de notre poche à chaque sortie ! D’où le risque d’érosion qui est l’apanage même du travail bénévole. Mais pas de défaitisme ! Je table sur le net et le fait qu’on puisse acheter le texte simple pour un prix dérisoire. Ce n’est même plus rentable d’essayer de le pirater !
Christophe Thill : Structure associative + impression à la demande = un minimum d’embêtements et de lourdeurs juridiques. Bien sûr, il y en a un certain nombre auxquelles on ne peut pas couper. Mais pour notre type de production, plus rigide et plus lourd, ça aurait été trop. Notre but, après tout, c’est que les livres existent, tout simplement. On verra plus tard s’il est envisageable d’être rentable...

Actusf :
Quel public visez-vous ?
Thomas Bauduret : Il reste à voir qui est le lectorat du fantastique de nos jours. Le public d’Harry Potter se tourne plus vers la fantasy, où la demande reste supérieure à l’offre. Mais de toute façon, de nos jours, il est difficile de dire avec certitude ce qui peut marcher ou pas et quel lectorat on peut toucher !
Christophe Thill : Les amateurs de fantastique, tout simplement. Les curieux, les gens ouverts, qui veulent découvrir des choses.

Actusf :
Comment s’est fait le choix du nom Malpertuis ?
Thomas Bauduret : C’est une extension de la liste Malpertuis. C’est un beau nom, d’un chef d’œuvre Francophone, et il y a cet aspect "huis" qui me plaît bien.

Actusf :
Vous publiez un premier recueil de nouvelles d’Anne Duguël. Comment est née l’idée et comment s’est fait le projet ?
Thomas Bauduret : le projet devait à l’origine être publié par les Belles Lettres… Qui, une fois qu’Anne a fait tout le travail, a lâché ses deux projets ! Comme l’antho était complète, il a suffi de la récupérer. Du coup, cela a pu se faire très vite.

Actusf :
On pourra lire quoi dans le recueil ? Parlez-nous du livre ?
Thomas Bauduret : Comme toute antho, il y a des inspirations - normal pour un parfum… - très diverses, mais chaque auteur a parlé avec sa voix, ce qui fait une antho à la fois variée et très homogène.

Actusf :
Evoquons le second titre Le Roi en jaune. De quoi parle-t-il ?
Christophe Thill : Alors là attention, parce que si je commence sur le sujet... Bon, "Le Roi en jaune" est un recueil paru en 1895, qui se rattache à la tradition du fantastique décadent. C’est-à dire que ça se passe toujours dans des milieux d’artistes, que ça baigne dans l’esthétisme, le raffinement, etc. Et la preuve, c’est que quand on y rencontre un livre maudit qui rend fou, ce n’est pas un grimoire lovecraftien, avec les Grands Anciens et tout. Non, c’est une pièce de théâtre symboliste dont la lecture empoisonne l’âme...
Le coeur de ce recueil, ce sont donc des histoires qui tournent autour de cette fameuse pièce. Elles sont très fortes, car elles contiennent un élément de psychopathologie qui est très fort et très vivant : on pourrait presque dire que les personnages principaux en sont le délire mégalomaniaque, le complexe de culpabilité, la dépression, etc. Et la pièce intervient en fournissant des éléments très fugaces, des allusions, des citations, qui entretiennent le délire des personnages. C’est très subtil, ce sont des références fragmentaire à une mythologie teintée de cauchemar. Pas étonnant que Lovecraft ait adoré...

Actusf : Il a pris un peu de retard, quand prévoyez-vous de le sortir ?
Christophe Thill : Et c’est parti pour les anecdotes sordides. Bon, allons-y... J’avais trouvé une fort jolie police qui faisait très XIX, et j’avais décidé de l’utiliser pour maquetter le livre. Quand le résultat est arrivé, cette police était devenue horrible, complètement irrégulière, bref illisible. Sauf sur la couverture, où elle était parfaitement rendue. Allez comprendre ! En catastrophe, il a donc fallu retirer le bouquin, voir ce que l’imprimeur avait à nous proposer en compensation, et maintenant j’attends une nouvelle épreuve. Quand est-ce que tout cela pourra se conclure ? Si je savais ! Disons que, si Cthulhu le veut, ça sera avant fin mai.

Actusf :
Quels sont les titres que vous prévoyez de sortir dans les prochains mois ?
Thomas Bauduret : plusieurs choses sont en partance : l’antho Malpertuis, qui devrait devenir annuelle, l’antho Lovecraft de Chris qui est quasiment prête, la seconde antho d’Anne Duguel pour les Belles Lettres intitulées "Secrets de famille". En tractation, un roman d’un auteur Anglais - ce qui évitera l’étiquette d’éditeur de nouvelles uniquement - le second recueil d’un jeune auteur… Et quelques petites choses qui ne sont qu’à l’état embryonnaire ! Il est étonnant de voir qu’on me propose plus de projet qu’en l’état actuel des choses, on ne peut en traiter !
Christophe Thill : J’ai en préparation une anthologie intitulée "HPL 2007". C’est un recueil de jeune fiction lovecraftienne francophone, en hommage bien sûr à HP Lovecraft pour le 70e anniversaire de sa mort. Je pense que cette antho montrera que c’est une veine où il y a encore de la vie et de la créativité qui s’exerce.

Actusf :
Quels sont sinon vos autres projets à chacun ?
Thomas Bauduret : Revenir plus sérieusement à l’écriture, mes traductions qui me font vivre, plus mon groupe Mnémosyne qui est en phase d’écriture et composition, divers projets plus ou moins avancés… Et prendre des vacances, peut-être, aussi, un jour !
Christophe Thill : Faire progresser Malpertuis petit à petit, sortir de beaux bouquins, se faire connaître. Aider ma chérie à démarrer son cabinet de psychologue. Soigner mon chat qui n’est plus tout jeune et l’aider à bien vieillir. Voyager un petit peu. Lire beaucoup de bons livres, et voir beaucoup de mauvais films...

Jérôme Vincent

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