Interview de Thomas Geha
de Thomas Geha
aux éditions
Genre : Fantasy

Auteurs : Thomas Geha
Date de parution : mars 2014 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
Titre en vo :


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Cela fait maintenant plus de dix ans que Thomas Geha a commencé à essaimer ses nouvelles et ses romans de fantasy et de science fiction. C’est en 2004 qu’il a commencé à écrire "Le Sabre de Sang". Retour sur ces années à l’occasion de la réédition de ce diptyque chez Folio SF.

Actusf : Lors d’une précédente interview pour Actusf, tu nous avais dit avoir commencé Le Sabre de Sang en 2004. Dix ans plus tard il vient d’être réédité en poche chez Folio SF. Quel est ton sentiment vis à vis de cette réédition ? Quel regard portes-tu sur cette décennie d’écriture ?
Xavier Dollo : Bonjour Jérôme. C’est exact, j’ai commencé Le Sabre de Sang en 2004, et l’ai, à l’époque, laissé tomber pour écrire A comme Alone, paru fin 2005 chez Rivière Blanche. Et, effectivement, 10 plus tard le diptyque sort chez Folio SF. Je ne l’avais même pas noté, et j’avoue que ça me fait quelque-chose, là, tout de suite. 10 ans, waw. Je suis vieux.
Je suis bien évidemment ravi que Pascal Godbillon ait aimé ces deux romans, j’avoue que cela a été une vraie surprise, parce que le premier tome avait paru en 2009 et que pour moi c’était mort pour une reprise en poche depuis longtemps. Au-delà de ça, je suis carrément content d’intégrer cette collection. Etant fan de SF depuis l’enfance, c’est comme si soudain je voyais un de mes bouquins chez Présence du Futur, puisque Folio SF a plus ou moins repris le flambeau de cette collection mythique. C’est donc un véritable honneur, et une forme d’aboutissement, qui me donne beaucoup de confiance sur ce que je fais, sachant que la confiance, c’est parfois ce qui me manque le plus. J’ai également retouché un peu les textes, niveau style, il y avait quelques petits détails que je voulais arranger. Et l’équipe de Gallimard m’a également proposé quelques corrections. Ce qui fait que je suis très content des deux romans, et de la nouvelle qui a été ajoutée au tome 2 (La Dette), le diptyque est conforme à ce que j’espérais en faire, c’est-à-dire un tableau en deux parties, chacune consacrée à un personnage différent, d’où également la différence d’écriture entre les deux volumes. Même si j’ai aussi progressé en termes d’écriture entre les deux tomes, le premier est plus « brut », car il correspond à l’esprit de Tiric Sherna et son caractère, tandis que le deuxième se révèle beaucoup plus posé et complexe, parce qu’il correspond à la façon d’être et de penser du vrai héros du diptyque, Kardelj Abaskar. Les lecteurs sont souvent surpris par cette différence de rythme/écriture entre les deux volumes. Je ne sais pas si c’était une bonne idée, mais je l’assume pleinement ! Je dois ajouter, aussi, que cette réédition me fait plaisir pour les éditions Critic, pour Simon Pinel et Eric Marcellin qui ont lancé la maison d’édition avec Le Sabre de Sang, sachant que le premier tome était le projet d’édition de Master de Simon.
Quant au regard que je porte sur cette décennie d’écriture, je ne sais pas si tu parles au sens global, je pense que oui, je dirais que je suis à la fois surpris de cette évolution et pas. Disons qu’au départ, j’ai toujours écrit en dilettante, pour m’amuser, sans véritables ambitions, pour me faire plaisir, comme tout bon amateur qui espère vaguement aller plus loin, avec des publications à droite et à gauche ; mais petit à petit, comme je progressais (et j’ai une progression lente, comme beaucoup de dilettantes), j’ai vu plus d’intérêt de la part d’éditeurs et me suis dit que je pouvais éventuellement en faire une activité professionnelle annexe. Cela s’est fait un peu tout seul, les opportunités venant. Et comme j’aime écrire, j’y ai vite trouvé de nombreuses satisfactions (personnelles plus que financières, s’entend !). Donc, de cette décennie, je garde la joie d’avoir pris beaucoup de plaisir à écrire, d’avoir eu beaucoup de retours de lecteurs sur mes romans/nouvelles, fait énormément de rencontres passionnantes et essentielles, et d’avoir progressé jusqu’à atteindre les sphères professionnelles de l’édition. En tant que fan du genre, je dirais que ça double la satisfaction, en fait. J’aime les littératures de l’imaginaire, elles sont inscrites dans mon ADN, et je suis très content d’avoir l’opportunité de poser ma petite pierre à l’édifice.
 
Actusf : Tu es entre-temps devenu éditeur. Est-ce que cela a changé ta manière d’écrire ? Travailler sur les textes des autres t’a t-il apporté quelque chose en tant qu’écrivain ?
Xavier Dollo : Devenir éditeur m’a appris à devenir également plus exigeant avec moi-même. Parce que pourquoi l’être avec les autres si on ne s’applique pas à soi-même la formule ? Après tout, j’ai une formation littéraire, et l’édition m’a toujours intéressée, j’ai toujours aimé décortiquer les textes – en revanche plus pour moi que par désir de me lancer dans un travail universitaire, ça j’aime beaucoup moins. Non, j’aime savoir comment/pourquoi un texte fonctionne (ou ne fonctionne pas d’ailleurs), j’aime comprendre la personnalité d’un style, et le style de personnalité qui se cache derrière une écriture. Je trouve qu’il n’y a pas mieux pour progresser, en lisant des auteurs très différents. J’ai notamment beaucoup progressé, je trouve, en replongeant au cœur du cycle de Lanmeur de Christian Léourier. Christian est un économe du mot, un poète des mondes futurs, ça m’a fasciné. Et j’ai voulu savoir comment il procédait. Je suis certain que ça m’a donné en partie l’envie de me lancer dans Sous l’ombre des étoiles.
 
Actusf : Kardelj Abaskar et Tiric Sherna vont-ils revenir dans de nouvelles aventures ou en as-tu définitivement terminé avec eux ?
Xavier Dollo : J’en ai définitivement terminé avec Tiric Sherna et Kardelj Abaskar. Ils ont raconté tout ce qu’ils avaient à raconter. J’ai une moitié de roman écrite qui met en scène Asukil, personnage secondaire du tome 2, mais je ne sais pas si ce titre paraîtra un jour. D’autres projets ont mis celui-ci aux oubliettes. En revanche, j’aimerais bien écrire quelques nouvelles dans cet univers-là. Quelques personnages secondaires, comme Affim, Rakem Tobal, ou encore Le Masque, me font de l’œil régulièrement.
 
Actusf : Ta bibliographie est composée de fantasy mais aussi de science fiction. Quel est le processus créatif chez toi ? Comment travailles-tu sur tes histoires ?
Xavier Dollo : Souvent, c’est une image qui fait tout démarrer. Ou une simple idée, issue d’une réflexion ou même parfois d’un rêve. Je ne sais quasiment jamais comment l’histoire va tourner et surtout, je ne me pose que rarement la question du genre auquel se rattachera l’histoire. SF, Fantasy, Fantastique, voire littérature générale, peu importe, j’ai envie/besoin de raconter des histoires, elles poussent à l’intérieur. Ensuite, quand l’idée devient mûre (si je l’ai oubliée c’est qu’elle n’en valait pas le coup), je commence à écrire quelques lignes. Ce sont les lignes les plus importantes car elles dégagent tout ce qui va suivre. Tout dépend du sujet, mais souvent je vais arrêter l’écriture après ces quelques phrases, puis passer à une phase de recherches, pour structurer mon récit. Cela peut aller très vite, parfois les recherches n’ont pas besoin d’être très poussées, et j’ai juste besoin de pistes solides ; la phase d’écriture fait le reste quand le schéma global de l’histoire est bien calé dans ma tête (je ne fais aucun plan écrit, je n’aime pas ça et je ne les suis jamais ou presque). Parfois, ça prend plus longtemps. Certains textes commencés ont besoin de s’affranchir du temps ou de deadlines pour pouvoir exister, et de cumuler les recherches. Par exemple, j’ai commencé il y a deux ans une nouvelle que je veux envoyer à Bifrost, une autre est commencée depuis plus d’un an, pour Fiction. Ces textes seront finis quand ce sera le moment. Ils sont souvent plus complexes et délicats à écrire que les autres (pas forcément meilleurs au final, ça c’est autre chose !), comme ce fut le cas avec Ma Douce Colombine, nouvelle parue dans l’antho Réalité 5.0 des éditions Goater. Cette nouvelle a été commencée il y a quatre ou cinq ans, je ne sais plus, pour répondre à un appel à textes Griffe d’Encre sur l’érotisme, je crois. L’antho est parue depuis belle lurette, sans moi, parce que je n’avais finalement pas touché suffisamment du doigt l’angle que je voulais pour cette histoire (du coup je suis méga nul pour répondre aux appels à textes). Celui-ci est venu quand Antoine Mottier m’a proposé de participer à l’antho. D’un coup, ça a fait tilt. Je trouve les romans plus faciles à écrire, pour tout dire. Peut-être parce que le format est plus confortable. Après, j’adore particulièrement écrire des nouvelles, c’est un peu l’exercice mathématique du littéraire. C’est dur, mais quand on trouve la bonne formule et la solution, ça peut être le pied intégral.
 
Actusf : Un petit mot sur l’intégrale Alone qui sort en février chez Critic. Comment est née au départ l’idée de Alone et de son univers ? Qu’avais-tu envie de faire ?
Xavier Dollo : L’idée de départ est venue de plusieurs choses. Mon amour immodéré pour L’autoroute Sauvage de Gilles Thomas (Julia Verlanger), pour le post-apo en général, et de ma participation à un petit collectif qui s’était monté autour de Pierre Gévart et Lucie Chenu, Pour Un Autre Dieu (PUAD). Je voulais rendre hommage aux romans de Verlanger avec un univers très référentiel et une écriture à l’avenant (sauf que c’est plus dur qu’on ne le pense de calquer le style Verlanger, j’ai beaucoup ramé avant de trouver le ton que je voulais). L’histoire en elle-même est d’abord une nouvelle que m’a inspiré un clip de Noir Désir, celui de Le Vent nous portera. Il m’a donné l’image d’une femme qui apparaît et disparaît que, dans la nouvelle j’ai appelé La Vierge Evanescente.
Ensuite, comme je n’étais pas conquis par le PUAD et la façon dont on triturait mon texte, je l’ai récupéré et publié en 2003 dans le fanzine « Est-ce-F ? », à l’époque, vitrine des mercredis de la SF rennais et de l’association qu’on avait monté, Skiant-Faltazi. Puis j’ai oublié le truc, jusqu’à ce que Philippe Ward me demande un roman pour la collection qu’il montait chez Black Coat Press avec Jean-Marc Lofficier. J’ai alors ressorti cette nouvelle et ai décidé de la continuer pour la transformer en roman. Du coup, j’étais pleinement dans ce que demandait Philippe : de l’aventure dans la veine du Fleuve Noir Anticipation, collection légendaire que j’ai toujours adoré, et cerise sur le gâteau, hommage à ma romancière populaire favorite. Je crois que ces deux romans (pour moi ce n’est pas un diptyque) étaient parfait pour me mettre en confiance, et j’ai choisi un pseudo (comme tout bon auteur du Fleuve), Thomas Geha, pour aller avec. Du coup, ce que je voulais, c’était que le fan de Julia Verlanger se sente comme chez lui dans ces récits, tout en explorant de mon côté des choses très différentes de L’Autoroute Sauvage. Evidemment, je suis ravi de voir cette intégrale sortir, c’est de la grande aventure, rythmée, assez joyeuse, pleine de clins d’œil à la culture populaire (y compris la pub et le cinéma). J’espère qu’on s’y amuse, tout comme on pouvait s’amuser dans un roman de Verlanger. En plus, j’ai eu la chance d’avoir une couverture signée François Baranger. Que demander de plus (hormis qu’il s’en vende plein !) ?
 
Actusf : Quel regard portes-tu sur ce diptyque ?
Xavier Dollo : Ce sont mes premiers romans. Je les über-kiffe (na !). Parce qu’ils resteront toujours mes premiers. Ils n’ont pas de prix à mes yeux. Ils m’ont permis de comprendre que je pouvais écrire un roman, ce que je n’avais jamais réussi à accomplir jusqu’alors, ni vraiment imaginé accomplir, vu que toutes mes tentatives s’étaient soldées par un échec.
 
Actusf : Un petit mot de Sous l’Ombre des Étoiles qui a été publié en décembre dernier. Comment est née l’histoire de ce roman de science fiction ?
Xavier Dollo : C’est une question à laquelle je vais avoir beaucoup de mal à répondre parce que beaucoup de choses se sont entrechoquées à ce moment-là. Comme je disais plus haut, quand j’étais en plein travail avec Ad Astra sur le cycle de Lanmeur, je venais de publier La Guerre des Chiffonneurs, un space-op western fun et passablement plein d’humour (le mien, hein, j’ai pas dit que c’était drôle au final) et j’étais prêt à écrire la suite dans la foulée. Et puis l’envie s’est dégonflée en admirant la beauté du cycle de Lanmeur, sa précision, sa délicatesse et son intelligence dans le propos. Il y a eu aussi beaucoup de changements radicaux dans notre société, une société où l’on exclut l’autre de plus en plus, où on ne cherche plus à le comprendre, où on trouve plus simple de le rejeter et de le haïr. Le rejet des Roms, par exemple, a été un réel déclencheur, la goutte d’eau qui fait déborder le vase, et une vraie claque pour moi. Et comme en plus je relisais tout Wul et ses histoires simples et belles, je me suis dit : « va te faire voir quelques temps, suite burnée de la guerre des chiffonneurs, j’ai envie d’écrire une belle histoire, simple, touchante, parfois poétique, qui raconte, mine de rien, le déracinement, la peur de l’autre et le rejet. »
C’est parti de ça. Et j’ai trouvé que le planet-opera était parfait pour ce genre de propos, avec des humains devenus les roms d’une autre planète. Reste donc un roman d’aventures (et pas d’action), exotique, qui dit ce qu’il a à dire, peut-être avec un poil de naïveté calculée, mais qui véhicule un discours positif. C’est ce que je voulais, c’était impératif pour ma propre cohérence identitaire d’écrire ce roman, un besoin viscéral et j’avoue que de toute ma bibliographie, c’est mon chouchou. C’est celui qui, je crois, me ressemble le plus.
Bon, et me voilà presque prêt pour retourner à la suite de La Guerre des Chiffonneurs, mon Firefly à moi.
 
Actusf : Sur quoi travailles-tu ? Quels sont tes projets ?
Xavier Dollo : J’ai travaillé ou je travaille sur beaucoup de choses, même si le plus gros est passé en 2013 et que je vais m’accorder un emploi du temps plus flexible. Ma prochaine grosse sortie se fera le 9 avril, chez Rageot, dans leur collection de thrillers jeunesse (dès 13 ans). Je remercie d’ailleurs Guillaume Lebeau pour cette opportunité. Le roman s’appelle Cent Visages. C’est un thriller d’anticipation teinté de dystopie qui, outre sa trame thriller, évoque également l’exclusion sociale. Comme je l’ai écrit durant la même période que Sous l’ombre des étoiles, il y a quelques accointances thématiques.
Pour le reste, j’écris actuellement une fantasy urbaine à paraître chez Critic en octobre. L’action se situe à Chicago dans les années 20, avec des gangs et des fées. D’ailleurs, je coécris pour être précis, puisque c’est un travail à quatre mains avec Anne Fakhouri. L’idée est partie d’une de ses nouvelles, Du rififi entre les oreilles, parue dans une anthologie des Imaginales. Et on développe cet univers.
Et puisque l’on parle d’Imaginales, où je serai présent cette année, j’aurai un texte dans la prochaine antho, intitulé Guetteurs de Nuages. Je mets la dernière main à une autre nouvelle qui paraîtra dans l’anthologie Lancelot du festival de Bagneux, publiée par les éditions ActuSF ; La nouvelle s’appelle «  La tête qui crachait des dragons ». C’est une vision apocalyptique du mythe !
Puis enfin je passerai à l’écriture de deux romans, l’un pour les éditions Critic, un planet-opera. L’autre pour un autre éditeur, une fantasy rurale, dans la veine de certaines de mes nouvelles, comme Copeaux et Dans les Jardins, parues dans mon recueil Les Créateurs. J’ai aussi pour projet, avec un dessinateur, d’adapter ces deux nouvelles en BD. On verra, pour l’instant nous n’en sommes qu’aux discussions préliminaires, le dessinateur finissant d’abord un autre album pour Delcourt. 

Jérôme Vincent

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