Interview de Thomas John
de Thomas John
aux éditions
Genre : Actes de colloque

Auteurs : Thomas John
Date de parution : novembre 2011 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
Titre en vo :

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ActuSF : Dans votre roman la mort ou sa représentante est très présente dans la cité noire, elle y joue un rôle important... Pourquoi ?
Thomas John : Mortecouille ! Elle attaque fort cette interview.
Bon, cette question appelle une réponse à plusieurs niveaux.
Du point de vue de la narration, en effet, les habitants de la cité noire redoutent la Fossoyeuse comme la mort. Ils se gardent bien de lui chercher des noises et ont appris à vivre avec. Après tout, ils font bien, elle est (très) dangereuse, elle ne les oblige à rester cloîtrés chez eux qu’à lunardente (une fois toutes les sept nuits) et elle ne les empêche pas de vivre… Sauf qu’à la fin du livre on n’est guère plus avancé sur son rôle. La Fossoyeuse, c’est un fil rouge entre les deux premiers tomes, et à vrai dire, en révéler davantage reviendrait à « spoiler » la suite. Bref, « vous-saurez-tout-dans-le-prochain-épisode » !
D’un point de vue plus personnel, la mort est un thème qui m’est cher. Tout d’abord, c’est quand même assez universel. Ensuite, la mort, c’est un peu ce qui menace le héros dans la plupart des histoires. Elle crée une tension qui maintient l’attention. Autre facette, par contraste, elle donne aussi plus de relief à la vie, aux combats – qu’on les mène l’épée au poing ou à la pointe du verbe – , ou même aux plus petites choses du quotidien.
Pour finir, je le confesse, j’ai toujours trouvé que la mort avait quelque chose de fascinant. Je ne parle pas d’angoisse, ni de fascination morbide, hein, non, ce qui me fait vibrer, c’est tout ce côté romantique qu’elle donne à la vie en contrepartie.

ActuSF : Vous utilisez plusieurs personnages clefs dans votre roman, est-ce le besoin d’ouverture sur différents points de vue de votre monde, ou plus un désir de peindre une galerie de portraits éclectiques ?
Thomas John : Les deux mon capitaine.
D’abord, cela me permet d’aborder des thématiques différentes et profondément humaines telles que la violence, la cruauté, la fourberie, l’orgueil, l’obsession du pouvoir, la folie, mais aussi l’amour, l’espoir, l’amitié… Evidemment, on ne peut pas tout mettre dans un livre.
En tout cas j’ai besoin de variété pour croire en mon propre univers… et pour m’amuser. Parce que faire évoluer l’intrigue avec des caractères éclectiques, amener à se rencontrer des personnages a priori antagonistes, c’est particulièrement excitant. Vive le melting pot ;)

ActuSF : Perceron joue le rôle du trublion de l’histoire, il a une chance à faire pâlir le diable, se sortant des pires situations : n’avez-vous pas peur de lasser le lecteur par ses pieds de nez au destin ?
Thomas John : Non. (D’autres questions ?) Plus sérieusement, au royaume des héros, les abonnés à la chance ne manquent pas : Indiana Jones, Jack Sparrow, Han Solo, Cugel, etc… ont eux aussi le cul bordé de nouilles, et ça s’est bien passé, on en a même redemandé. Plusieurs fois.
Deuxièmement, sa chance a un fondement scénaristique, et elle n’est pas forcément sans conséquence. Mais sur ce chapitre, je n’en dirais pas plus. Même sous la torture J
Bref, même pas peur.

ActuSF : La gestation de cette saga qu’est Lunardente a-t-elle été longue ?
Thomas John : Quand j’ai commencé l’écriture du premier tome, il y a quelques années, je n’avais qu’une vague idée de trilogie en tête, mais j’avais un objectif à la base :
1/ Lancer un groupe de héros dans une quête à travers des terres légendaires, pleines de « awe & wonder » (classique)
2/ MAIS faire en sorte que le voyage ne commence pas tout de suite : que l’on connaisse déjà de manière assez intime les personnages qui constituent ce groupe ET que ces personnages soient si possible non-conventionnels et sources de conflits entre eux.
Ce n’est qu’au milieu de l’histoire que le reste s’est mis en place, et que j’ai compris qu’il me faudrait deux tomes pour donner assez de consistance aux personnages avant de commencer le voyage proprement dit.

ActuSF : Dans votre roman le crime paie à chaque rue, est-ce une vision de la vie en général ?
Thomas John : Je pense malheureusement que le crime reste souvent impuni, mais non, je ne crois pas que cela reflète ma vision de la société. En revanche, une cité-état dotée d’une milice corrompue et régie par des sorciers, je vois ça un peu comme une jungle où chacun tire son épingle du jeu avec les moyens du bord.

ActuSF : Votre univers est extrêmement sombre et glauque à l’inverse de vos personnages pleins de vie : est-ce le moteur de vos intrigues ou plus simplement pour insuffler de l’énergie et de l’espoir dans leurs combats ?
Thomas John : J’ai toujours admiré la figure du héros qui ne baisse pas les bras, qui se dépasse, qui persévère malgré la souffrance ou l’échec, qu’il parvienne à ses fins, ou qu’il quitte ce monde en ayant au moins essayé. Celui qui refuse d’abdiquer quelle que soit la noirceur de ce qu’il vit. Celui qui se relève après être tombé, et qui revient plus fort. Pour moi, plus c’est noir, plus leurs combats me touchent, et plus leurs victoires ont de l’éclat. En tout cas, ça me fait plus triper qu’un paladin venu écraser un moustique au milieu d’un champ de coquelicots.
Petite précision, il y aura des côtés plus noirs ensuite, mais aussi des côtés plus lumineux.

ActuSF : A quand la suite de vos héros et du prochain tome ? Y-a-t-il encore beaucoup de secrets cachés dans la fange et les égouts de la cité Kan-Pang ?
Thomas John : Je prévois de finaliser le premier jet pour la fin de l’année, et si tout va bien, je pense qu’il sera disponible en 2012.
Il y aura bien un petit quelque chose dans les profondeurs, en effet, mais le Fangeux ne sera plus le lieu clé. Cette fois, ce sera un tout autre endroit, du genre festif.

ActuSF : Beaucoup de pistes sont laissées en suspens dans ce premier tome, aurons-nous des réponses sur le devenir des pouvoirs de Kroll ou encore Ao ? Qu’en est-il de la fameuse Cité Blanche ?
Thomas John : J’ai eu à cœur d’aller jusqu’au bout du plus grand nombre de pistes, qu’elles concernent les protagonistes ou l’histoire.
Il y a plusieurs révélations majeures, presque tous les personnages évoluent de manière significative. L’action s’accélère, les rebondissements se multiplient. C’est un vrai plaisir d’écrire cette histoire.

On se posera peut-être une ou deux questions supplémentaires à la fin, et bien sûr, tout sera loin d’être terminé, mais en tout cas, oui, beaucoup de choses sur les pouvoirs de Kroll et Ao, la Fossoyeuse, et d’autres encore. Pour la Cité Blanche, en revanche, il faudra attendre encore un peu.

 

Yann Blanchard

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