Interview de Tim Powers
de Tim Powers
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Tim Powers
Date de parution : mars 2008 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Tim Powers est entré dans le club des grands auteurs de SF avec l’inoubliable Les Voies d’Anubis, roman fondateur du steampunk. Le voici de retour avec A Deux pas du Néant chez Denoël.

ActuSF : Comment avez-vous eu l’idée de A deux pas du néant ? Quel était votre projet ?
Tim Powers : Ce qui a tout déclenché, c’est quand j’ai remarqué qu’Einstein avait les cheveux blancs sur toutes les photos de lui prises après 1928. Je me suis demandé ce qui lui était arrivé. Les biographies parlent d’une sorte d’attaque cardiaque qu’il aurait eue cette année-là, mais je me suis dit  : « Non, qu’est-ce qu’il s’est vraiment passé ? ». Alors j’ai lu beaucoup de livres sur lui, en cherchant trace d’une explication surnaturelle (seules les explications surnaturelles s’imposaient comme suffisamment pertinentes pour faire tout un livre dessus).

ActuSF :
Parlez-nous un peu de Franck. Comment le voyez-vous ? Il a l’air un peu dépassé par les événements , non ?
Tim Powers : Franck Marrity est carrément dépassé par les événements ! Écrasé, même. Je l’ai voulu comme un gars intéressant mais commun, qui, brusquement, se retrouve jusqu’au cou dans des difficultés impossibles, obligé qu’il est de protéger sa fille d’ennemis qui dépassent son entendement. J’espère que les lecteurs peuvent partager sa confusion puis sa compréhension progressive et même un peu de son anxiété.

ActuSF :
Le livre vous a demandé beaucoup de documentation sur la religion juive et l’histoire d’Israël ?
Tim Powers : Oui. Einstein a été étroitement lié à la création de l’état d’Israël, et bien qu’il n’ait pas été pratiquant, j’ai naturellement cherché dans la religion juive et dans l’histoire d’Israël pour développer mon intrigue. Et c’est toujours bien quand des recherches nécessaires, s’avèrent aussi être fascinantes. Je suis catholique mais si un jour on devait prouver que le catholicisme est un imposture (qui sait ?), je me convertirais immédiatement au Judaïsme.

ActuSF :
Votre voyage en Israël en 2005 a-t-il compté dans l’écriture du livre ?
Tim Powers : Malheureusement, j’avais déjà fini le livre quand nous sommes allés à cette convention israélienne, mais j’ai glané quelques détails de Tel Aviv que je me suis débrouillé pour rajouter dans le livre. Et Israël est un pays merveilleux, avec des gens merveilleux. Je suis tenté d’écrire un autre roman se déroulant là bas.

ActuSF :
Qu’est-ce qui vous intéressait chez Albert Einstein et Charlie Chaplin, ces deux idoles du XXème siècle ? Leur côté un peu fou et totalement génial ?
Tim Powers : Avec Einstein ça a été ses cheveux devenus subitement blancs, et de là les biographies d’Einstein m’ont amené à Chaplin, et donc j’ai dû me taper un paquet de biographies sur lui aussi. Et les deux ont remboursé l’investissement. Et l’un comme l’autre m’ont bien dédommagé de ma peine. Tous les deux ont eu des vies hautes en couleurs, avec toutes sortes d’aventures étranges et énigmatiques qui s’intégraient parfaitement à mon histoire. Et oui ça aide qu’ils aient été tous les deux brillants ! J’ai regardé beaucoup de films de Chaplin pour mes recherches et j’ai fini par bien appréhender son travail.

ActuSF :
Vous avez recherché dans l’histoire intime de ces deux hommes les zones d’ombres et les avez exploitées. Est-ce plaisant de réécrire ainsi la vie de ces héros ?
Tim Powers : Oui j’aime bien rajouter des éléments dans les biographies de personnages historiques que j’admire ! (Et c’est aussi drôle avec de sales types. Dans mon prochain roman, je gonfle les biographies de Bugsy Siegel et Kim Philby). Quand un véritable personnage historique a un telle dimension humaine, vous commencez à vous demander « qu’est-ce que j’aurais fait dans cette situation ? Ou dans celle-là ? ».

ActuSF :
La fin de votre livre laisse de nombreuses questions en suspens et ouvre de nombreuses possibilités de suite. Pensez-vous plus tard exploiter de nouveau cet univers ?
Tim Powers : Eh bien non. Je n’ai absolument pas pensé à une suite, mais cela dit, c’est une idée intéressante ! J’aimerais voir ce que Franck et Daphne Marrity sont devenus ces vingt dernières années !

ActuSF : Vous avez eu de nombreux prix dans votre carrière, ont-ils compté pour vous et dans votre écriture par la suite ?
Tim Powers : C’est toujours gratifiant de gagner un prix, c’est certain ! Ça vous laisse croire que vous n’avez pas perdu votre temps. Et j’aime penser que ça m’attire des lecteurs aussi. Qui sait ? Et puis au moins avec le Philip K. Dick Memorial Award, des gens pourraient le voir écrit sur la couverture et se dire que c’est un roman de Philip K.Dick. Ça serait pas mal !

ActuSF :
Vous êtes enseignant, c’est important pour vous cette notion de transmission du savoir à vos étudiants ?
Tim Powers : Oui c’est amusant de parler de ce que vous faites - dans mon cas inventer des histoires et écrire des livres - à un public qui est intéressé par ce que vous dites, et pourra en faire bon usage. J’aime essayer de trouver des étudiants qui peuvent écrire de bonnes fictions, et s’ils persévèrent jusqu’à publier des romans et des livres, j’aime penser que j’y suis pour quelque chose !

ActuSF :
Un petit mot sur Les Voies d’Anubis, votre roman sans doute le plus célèbre. Quel regard portez-vous sur lui aujourd’hui ?
Tim Powers : Je le relis de temps en temps, au cas où une nouvelle édition devrait sortir, et il me plaît toujours. Il y a des passages que je trouve toujours très drôles, ou colorés. Bien sûr, je ne suis pas impartial (à chaque fois que je relis un de mes anciens livres, c’est comme si je lisais un vieux journal personnel), je me souviens des amis et du bon temps que je prenais quand ils étaient autour de moi pendant que j’étais en train de l’écrire.

ActuSF : On dit souvent qu’avec James Blaylock et K.W. Jeter, vous êtes à l’origine du steampunk. Est-ce quelque chose que vous revendiquez ?
Tim Powers :
Non. K.W. Jeter a inventé le mot "steampunk" longtemps après que, tous les trois, nous ayons écrit nos romans qui se passent dans le Londres du XIXème siècle. Toute cette histoire a débuté lorsque Jeter, qui faisait des recherches pour un roman victorien qu’il écrivait, a trouvé un livre de références : "Le Londres des travailleurs et le Londres des pauvres" d’Henry Mayhew. Il en a parlé à Blaylock et à moi, et quand nous l’avons lu, nous n’avons pas pu résister à l’envie d’écrire, nous aussi, un roman dans le même genre. Le XIXème siècle à Londres est une mine d’or. Les lieux, les personnages, avec le fantôme de Dickens qui plane sur tout ça. C’est très dur de résister à la tentation d’écrire une histoire qui se passerait dans un tel univers !

ActuSF : Vous avez publié plusieurs recueils de nouvelles, dont certains en collaboration avec James Blaylock. Pourquoi avoir pris un pseudo et que vous ont apporté ces collaborations ? Pourriez-vous faire un roman en commun un jour ?
Tim Powers : Je connais Blaylock depuis 36 ans, et nos goûts sont vraiment similaires, donc il est facile pour l’un de nous d’écrire le début d’une histoire et d’être sûr que l’autre la continuera - plus ou moins - dans la même direction. En fait l’autre a toujours des idées que le premier n’aurait pas eues, et du coup cette vision stéréoscopique des personnages de l’histoire et les événements ajoutent une dimension qu’aucun d’entre nous ne pourrait apporter seul. Mais je ne pense pas que nous ferons un roman en commun, ne serait-ce que parce que l’éditeur devrait payer deux auteurs au lieu d’un seul !

Nos récits en collaboration ont toujours été signés par "James P. Blaylock et Tim Powers" - nos noms étant dans l’ordre alphabétique. Quand nous écrivons sous le nom "William Ashbless" (un personnage que nous avions inventé à l’université, et que nous avons utilisé dans plusieurs de nos livres), nous jouions à être un vieux poète excentrique, et globalement, ça n’est que pour rire !

ActuSF : Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Tim Powers : Actuellement, je suis en train de travailler sur un roman qui se passera dans le Londres victorien, avec, je pense, des vampires !

Jérôme Vincent