Interview de Wayne Barrow (2006)
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de Wayne Barrow
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Wayne Barrow
Date de parution : octobre 2006 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : interview par mail
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : octobre 2006

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La découverte d\’un nouvel auteur américain.

Actusf : Votre parcours résumé sur la 4e de couverture contient un point commun avec ce grand moment parodique de célébration du rêve américain qu’est la biographie de Winchester insérée dans votre récit, l’homme qui parti de rien a bâti un empire sur les armes à feu a lit-on « exercé mille métiers » la tentation est facile et d’autant plus grande de vous demander si vous avez pris la plume comme d’autres prennent les armes.
Wayne Barrow : Oui, c’est une chose qu’on peut dire, mais ce n’est pas de la parodie. Winchester est un grand homme, certainement un enfoiré mais un de ces types qui a fait de ce pays ce qu’il est. Alors on peut rappeler que j’ai fait mille métiers, mais on va où en disant ça ? Je sais qu’il y a une sorte de romantisme à voir dans les écrivains américains des types qui ont été poseurs de rails ou cuistot. Maintenant dans la rue il y a des millions de gens dans ce cas, qu’ont rien à écrire mais certainement beaucoup de choses à dire. Mais savoir s’ils en sont capables, c’est une autre histoire, parce que c’est quand même un foutu boulot que poser son cul cinq ou six heures d’affilée devant sa machine à écrire pour cracher des feuillets en continu !

Actusf : Vous voilà publié en France est-ce un rêve qui se réalise ? Comment percevez-vous le public français ?
Wayne Barrow : Un rêve ? C’est bien une réflexion d’Européen. Je ne suis pas un écrivain, juste un gars qui a écrit une foutue bonne histoire et qui dit à son lecteur : t’as un peu de fric à me consacrer ? Paye-toi ce bouquin, tu te feras pas avoir, je te vends un bon moment que tu goûteras après ta journée de merde. Pour ce qui est du public français, je me méfie de ces types, quand je vois les écrivains qu’ils nous envoient en Amérique du Nord, comme cette espèce de rock star incapable de répondre clairement à une question simple, ce Maurice je ne sais plus trop quoi… Si c’est ça, un romancier, pour le public français, je préfère raconter mes histoires pour les gars avec qui je m’envoie des bières le samedi soir…

Actusf : Dans la chronologie, il y a un grand vide entre 1693 et 1773. Le Convoi est-il trop discret pendant ses années pour croiser les faits historiques ?
Wayne Barrow : Faut prendre ce qui est écrit. Si j’avais voulu expliquer, je l’aurai fait. Simplement dans une histoire il faut des poses. Regardez les personnages de Hammett ou Chandler qu’on nous dit être des écrivains réalistes. Les types dorment jamais, se nourrissent de tabac et de gnole. J’aime, mais il n’y a rien de réaliste là-dedans. Et encore, je vous parle de Raymond Chandler que j’aurai tendance à admirer, et pas de cette fiotte de Jack Bauer dans 24 qui non seulement est irréaliste, mais honteux. Merde, même ces improbables drag-queens en justaucorps fluos qu’on trouve dans les comics chez nous sont plus crédibles, c’est dire !

Actusf : Votre récit est ponctué d’hommages à la littérature picaresque et populaire et aux westerns. Des films tels que La poursuite infernale vous semblent-ils être un écho, une transposition moderne des grandes épopées romanesques ?
Wayne Barrow : Ce sont des bons films, qu’on voit sans réfléchir aux références. Sérieusement, si je veux réfléchir je vais à mon épicerie. La semaine dernière, j’étais descendu pour refaire mes provisions, et en plus j’ai un problème de congélateur qui fait que je ne peux pas garder la viande que j’ai chassée moi-même. Bref, j’étais descendu et à la caisse de l’épicerie on parlait de l’Irak, parce que dans mon coin le désintérêt prend plus de temps à se pointer, vu qu’on est éloigné de tout. Donc l’Irak c’est quelque chose dont on discute, mais avec pudeur. Et là il y a un type que je connais de vue et que je crois déjà avoir vu poser des collets, qui dit : « le problème en Irak, c’est les Indiens ». Et je crois que fondamentalement le gars a raison. On a pris des réflexes en Amérique, parce qu’il fallait faire de cette terre notre pays. Et je dis que si l’idée c’est de rajouter l’Irak aux Etats-Unis, faut éradiquer les Indiens, qui est pour moi un terme générique, il n’y pas d’autres solutions. Maintenant, je crois que notre drapeau compte suffisamment d’étoiles, et nos cimetières militaires de croix blanches. Maintenant que j’y repense, ouais, je suis sûr que cet enfoiré posait des collets, même pas les couilles de regarder en face la bête à abattre…

Actusf : Une grande place est accordée au pouvoir des mots, à la propagande par les feuilletons (qui de l’aveu de Twain en personne contribuent au « conspirationnisme ») qui inquiète jusqu’au Staroste. Pensez-vous que la littérature a son mot à dire dans l’Histoire ou sur l’Histoire.
Wayne Barrow : Sûr, au même titre que tout ce qui est dit, et là franchement je ne vois pas quoi ajouter. L’Histoire, c’est celle des vainqueurs. C’est ce que j’ai montré dans Bloodsilver. Au-delà du roman qui est d’abord une fresque pour s’évader, je crois dire que ce sont les gagnants qui ont le dernier mot. Même si c’est une victoire qui laisse un goût amer. Et la littérature, comme vous dites, se comporte comme une garce de roman noir, parce qu’elle raconte ses histoires plus souvent avec les vainqueurs et se fout pas mal des perdants. Je connais pas de bonnes histoires du point de vue des Indiens - et me parlez pas de Tony Hillerman, ! Ce mec n’a pas une once de sang rouge dans les veines !

Actusf : Dans le passage qui concerne Dwight et le massacre de Wounded knee, Indiens et Brookes sont explicitement rapprochés. De par vos racines, vous êtes directement lié aux Indiens d’Amérique. Les Brooke sont-ils une sorte de « revanche » sur les hommes blancs, un prédateur encore plus féroce et indestructible ?
Wayne Barrow : Non, ils sont moins nocifs : ils ne s’occupent que du Convoi. Les Brookes n’ont pas de hargne contre les humains, comme vous n’avez pas de sentiments pour votre nourriture. Sérieusement, vous avez déjà fait la gueule à votre soupe ? Je ne suis pas trop un type de revanche. D’affrontement direct, oui. De vengeance, je pourrais, même si ça ne m’est jamais arrivé, parce que j’ai eu la faiblesse de toujours régler mes problèmes. Et comme je suis toujours là, je crois que je m’y suis bien pris. Bloodsilver n’est pas un bouquin à disséquer, c’est plutôt lui qui déchire.

Actusf : Les Chasseurs ont des motivations très différentes Nicholas Ferret de la Costelle veut laver dans le sang la perte de sa fiancée, d’autres se sont lancés dans cette quête un peu par hasard ou par opportunisme ; aviez-vous à cœur d’illustrer justement toutes les forces en puissance dans cette traque ?
Wayne Barrow : Faut croire, et avant tout ce sont les Brookes qui agissent, toutes ces ethnies venues d’Europe de l’Est, des foutus combattants qui se pointent avec femmes et enfants pour conquérir l’Amérique. Du coup, ils réveillent le meilleur en face d’eux, ce que l’homme a de plus sain, son courage et sa violence qui est pour moi une vertu. C’est un livre sur des prédateurs, et des proies qui vont apprendre à se battre, et qui vont aimer ça. Les Brookes rendent leur dignité aux faibles - nous, les hommes au sens d’être humain, parce que certains femmes avaient plus de couilles que la plupart des gars, je pense à Jane, bien sûr, mais il y en a eu d’autres… Bon, la question, s’il doit y en avoir une, que pose ce bouquin, c’est de savoir comment je vais me comporter face à la grande menace, quand le moment des mots est dépassé et que seuls les actes comptes. Là, fini le baratin, on sait vraiment qui est qui, et on a des surprises, quand le salopard devient un héros, et quand le mec généreux en parole s’abaisse plus bas que terre. C’est un peu la même chose avec les français pendant la deuxième guerre, je crois, j’ai un peu étudié votre histoire. L’opportunisme a pris là tout son sens. J’ai voulu montrer des comportements différents, sans juger qui que ce soit. C’est le boulot du lecteur, s’il veut bien.

Nathalie Ruas