Interview de Wilmaury
( 1 )
de Wilmaury
aux éditions ActuSF
Genre : Humour

Auteurs : Wilmaury
Date de parution : janvier 2000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : interview par mail
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : mai 2006

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Wilmaury est l’heureux dessinateur de Baraka. Une excellente raison de lui poser quelques questions

Actusf : Avant de commencer parlons un peu de vous. Quelles sont les Bd qui vous ont marqué plus jeunes ?
Wilmaury : Batman (offert par un Mono dans un centre aéré, j’avais 7 ans...le choc !!!) puis j’ai lu les pilotes reliés ainsi que Métal Hurlant, mais j’ai surtout dévoré les comics américain (Daredevil, Spiderman, Iron Man etc...) avant de me jeter dans les bas de Franquin et la BD franco belge.

Actusf : Vers quoi allaient et vont aujourd’hui vos préférences en matière de Bande Dessinée ?
Wilmaury : Buscema pour les comics (années 70/80), Romita Senior, le junior est pas mal aussi, Marini qui m’a redonné le goût à la BD, que je croyais perdu. Loisel qui est un as de la mise en scène, Bill Watterson, le dieu comique avec Shulz. Franck Miller, André Chéret, Roba, Gotlib, Maester, la bande à Fluide (années 90) j’en oublie plein car j’ai été influencé par des tas de pros.

Actusf : Qu’est-ce qui vous a décidé à faire du dessin votre activité professionnelle ?
Wilmaury : Un rêve de gosse et je voulais savoir pourquoi je dessinais tout le temps alors que personne ne tient un crayon correctement dans la famille. J’ai longtemps travaillé en usine (pas de diplôme, pas le choix) et chaque matin je me demandais si je passais pas à côté de quelque chose d’important, je suis né pour dessiner et surtout je ne sais faire que ça.

Actusf : J’imagine que vous dessinez depuis toujours ?
Wilmaury : Oui, c’est comme manger, boire ou dormir, c’est vital !

Actusf : Quel a été votre parcours ?
Wilmaury : Bizarrement à la fin de la 3e, je me suis orienté vers l’hôtellerie. La cuisine m’attirait et le métier me semblait facile. Après 2 ans de Bep et quelques stages, extras etc... j’ai vite déchanté. après je suis parti faire mon service militaire en 1989 et c’est là que j’ai eu le déclic en bossant comme dessinateur au "point d’impression renforcé du 81e régiment d’infanterie de Montpellier", original non ?! Ensuite, j’ai bossé un peu partout, des petits boulots (fallait bien manger)

Actusf : Vous êtes je crois passer par le fanzinat avant de faire une BD historique...
Wilmaury : J’ai fait quelques pages dans les revues et magazines locaux "Aveyron, Lozère et Cantal Magazine" (les enquêtes culinaires d’Anna Veyron et du Commissaire Magret) la réalité dépasse la fiction... lol. Puis un festival BD s’est monté à côté de Millau où j’habite toujours (Le festival de Compeyre en Aveyron) J’étais comme un gamin devant les Capo, Janvier, Meddour, Léturgie, Cestac et Caza qui me donnait des conseils sur la respiration transcendantale. lol Un fanzine est né de ce festival "Mystic Compeyre 99 et 2000" les 2 numéros m’ont permis de faire quelques salons BD et de me frotter à l’exercice de la dédicace à côté de mes "dieux". Je conseille de commencer par là, c’est un bon pied à l’étrier... après il faut en vouloir et bosser, bosser...

Actusf : Comment est né le projet de Baraka ?
Wilmaury : Georges Lautner avait ce scénario dans ses tiroirs et c’était prévu pour le cinéma. Il a rencontré l’éditeur Emmanuel Proust qui l’a convaincu d’en faire une BD.

Actusf : Comment avez-vous rencontrer Georges Lautner ?
Wilmaury : J’avais un projet BD (ATROS Cité des Ados écrit par André Triana) qui plaisait à Emmanuel Proust mon éditeur que j’avais rencontré à Angoulême, puis ça ne s’est pas fait. Je me suis alors tourné vers la BD régionale avec mon ami Philippe Ajalbert au scénario. Alban de Montcausson une romance médiévale pendant la guerre de cent ans. Je suis retourné à Angoulême pour proposer mes projets ; sans succès (cette BD a quand même été édité par Aveyron BD à 1500 exemplaires) De retour, bredouille, je reçois un coup de fil d’E.Proust qui me demande de faire un essai sur trois pages. un polar façon tontons flingueurs (sur mon site). Ce n’est que plus tard que j’ai appris que c’était des essais pour Baraka. Mon dessin a de suite plu à Georges Lautner qui m’a appelé pour me féliciter et me dire qu’on allait travailler ensemble. Premier contrat signé en plus, Une chance, je veux dire une Baraka comme ça, ça se présente une fois, faut la prendre au vol et se mettre au travail avec le sourire.

Actusf : Qu’est-ce qui vous a séduit dans le projet ?
Wilmaury : Le côté loufoque et le fait que l’histoire soit intemporelle. Le look rétro mélangé à la technique ultra moderne, c’est un genre de "steam polar" qui m’a attiré. Et puis le scénariste est un de mes metteur en scène favoris ;p

Actusf : Comment avez-vous travaillé ensemble ?
Wilmaury : Pour le premier tome, uniquement par téléphone et par mail. Pour le 2e, nous nous sommes rencontrés à plusieurs reprises dans les salons BD pour des dédicaces, interviews, et il m’a aussi invité chez lui dans le Var.

Actusf : Est-ce que ça été facile de collaborer avec lui ?
Wilmaury : Au début nous nous apprivoisions. La confiance est venue petit à petit de son côté, au fil des planches. Il était surtout très précis en ce qui concerne les cadrages et la mise en scène et me faisait des compliments aussi. C’est un homme adorable et humain.

Actusf : Avez-vous eu votre mot à dire sur le scénario et lui sur le dessin ?
Wilmaury : La bd et le cinéma sont deux médiums très proches. Les différences sont surtout dans l’information imagée. Dans une case il ne doit pas y avoir trop d’actions différentes, on perdrait le fil de l’histoire, alors qu’au cinéma ça bouge tout le temps. Et puis il y a la musique qui sublime une scène, alors que dans le 9e art on se débrouille avec les moyens du bord, les onomatopées, les idéogrammes etc... Donc, pour en revenir à votre question, nous avions tous les deux notre mot à dire sur les étapes de la créations de l’album. Si mon contre-champs n’était pas bon, il n’hésitait pas (avec beaucoup de tact et de gentillesse) à me le dire. le dessin, ça c’est mon domaine, mais on a eu du mal à trouver une "tronche" à notre Olivier "Baraka" Branco, soit il était trop laid ou trop sadique, soit trop gringalet. De mon côté je me suis permis de faire deux planches alors que Georges n’en voyait qu’une, j’ai eu aussi le privilège d’avoir carte blanche sur la page 26 du tome deux (quand le professeur Winstein est dans la chambre avec ses deux assistantes infirmières). Une collaboration ne doit pas être un bras de fer sinon on ne s’en sort plus et l’album n’avance pas.

Actusf : J’imagine que vous connaissiez les films sur lesquels a travaillé Georges Lautner. Les avez-vous revu une fois le projet accepté pour coller" à son style ?
Wilmaury : Justement, je ne voulais absolument pas être influencé par ses films. Je voulais un style narratif qui me correspond tout en collant à ses textes. je n’ai revu ses films qu’une fois le premier tome fini. Ce qui est marrant, c’est que j’y ai trouvé pas mal de points communs avec Baraka.

Actusf : Qu’est-ce que graphiquement vous avez eu envie de faire ?
Wilmaury : Dans le premier tome on présente les personnages, l’univers, la trame etc... J’avais tendance à caricaturer les protagonistes et à délaisser tout ce qui était décors. J’ai vite vu qu’il fallait "resserrer la bride" alors j’ai travaillé pour trouver le style semi-réaliste propre à la série. Pour le premier tome, j’aurai aimé avoir plus de temps, les délais étaient très courts (cinq mois de dessins). Pour le second, là, nous avons trouvé nos marques et ces quelques mois de plus m’ont été salutaires. On le voit quand on compare les deux albums. L’encrage, les cases plus fouillées, plus de décors, je me suis permis d’incérer des objets personnels (comme le doudou de ma fille ou le tamagotchi de la plus grande, ma chambre, la voiture du copain etc...), j’ai mis en scène quelques amis dessinateurs qui du coup se retrouvent flics ou gangsters... J’ai eu un vrai plaisir à dessiner ce tome deux.

Actusf : A voir votre premier site (http://portraitcenet.free.fr), on vous sent particulièrement à l’aise avec "la caricature" et on se dit que le jeune héros de Baraka avec son air un peu naïf et benêt, vu les "gueules" que vous lui faite, ça a dû être du pain bénis pour vous non ?
Wilmaury : Déformer les faciès m’a toujours attiré, dans la famille, au collège, à l’armée, à l’usine...tout le monde est passé à la moulinette. Morshoisne, Cabu, puis plus tard Maëster m’ont beaucoup influencé de ce côté-là. J’ai eu du mal à créer le personnage principal, je ne le voyais pas aussi "passe partout". Au départ il avait un gros pif et une allure de casseur, une vraie caricature. Ca ne collait pas. Si un acteur devait incarner Baraka tel qu’il est maintenant, je verrai bien Jean Dujardin. Le professeur Winstein est plus caricatural, c’est presque un clone du célèbre physicien Albert Einstein

Actusf : Quels sont les réactions des lecteurs ?
Wilmaury : Ceux que j’ai pu rencontrer lors des dédicaces me disent qu’ils ont aimé. Maintenant que le 2e tome est sorti, on me fait des remarques positives sur mon évolution graphique (j’ai eu plus de temps aussi). L’histoire et l’univers complètement barge peuvent en rebuter certains, mais les esprits ouverts et les fans de lautner apprécient et retrouve sa patte "mauvais esprit".

Actusf : Il y a une image que je trouve assez géniale, c’est la couverture avec le héros dont le corps se désagrège en pilules. Comment en avez-vous eu l’idée ?
Wilmaury : Ce compliment me fait plaisir ! J’ai eu un flash en voyant une affiche pour un réseau de mobile bien connu (pas de pub ;) ) ces corps qui justement se désagrègent me faisaient penser à ce que pouvait ressentir le héros pris au piège en quelque sorte de son médicament miracle qui lui donne la chance pour 24 Heures. Une accoutumance se crée et il n’est toujours pas au courant des effets réels de l’invention du professeur Winstein, la police qui l’engage lui fait croire que c’est pour ses artères.

Actusf : On trouve un site personnel et un blog de Wilmaury sur la toile. Internet est pour vous un outil nouveau de communication indispensable pour un dessinateur ?
Wilmaury : Ce n’est pas indispensable, mais plutôt une vitrine de plus pour exposer mes divers travaux et c’est assez marrant à faire.

Actusf : L’occasion peut-être de montrer d’autres facettes de votre travail ou d’avoir un contact direct avec les lecteurs ?
Wilmaury : Exactement !

Actusf : Dernière question. Quels sont vos projets ?
Wilmaury : Le tome 3 de Baraka. La série repart sur une nouvelle intrigue. le concept du one shot ou au maximum la trilogie me séduit assez. J’ai aussi un projet plus perso que vous pouvez voir d’ailleurs sur mon Blog, mais là rien n’est encore signé pour l’instant.

Actusf : J’imagine que vous travaillez sur le tome 3 de Baraka... Et quelles sont vos envies pour la suite en BD ?
Wilmaury : J’aimerai que ce personnage ait une loooooongue destinée. Je me suis attaché aux personnages ( surtout le prof. que j’aimerai voir plus souvent ) Je croise les doigts, touche du bois, mâchouille ma chaîne en forme de fer à cheval, caresse mon amulette " patte de lapin " et marche toujours dans le caca de chien du pied gauche. lol

Jérôme Vincent