Interview Martha Wells Mars 2007
de Martha Wells
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Martha Wells
Date de parution : janvier 2000 Inédit
Langue d'origine : Anglais UK
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :
Parution en vo : mars 2000

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Martha Wells est l’auteur de trois romans de fantasy traduits en France : Le Feu Primordial, La Mort du Nécromant et Chasseurs de Sorciers. Petite interview à l’occasion de la réédition de La Mort du Nécromant.

Actusf : On vous découvre depuis quelques années en France, parlons d’abord un peu de vous :-). Comment avez-vous découvert la science fiction et quels auteurs vous ont marqué ?
Martha Wells : J’ai découvert la science fiction très tôt. J’étais encore à l’école élémentaire. Beaucoup des livres pour enfants que j’aimais contenaient des éléments de SF et de Fantasy comme The Children of Green Knowe de L. M. Boston. Et puis j’ai également lu beaucoup de romans pour adolescents dans les mêmes genres. Mes auteurs préférés de cette période était Robert Heinlein et Andre Norton. Je pense qu’Andre Norton a eu une grosse influence sur mon travail.

Actusf :
Comment et quand avez-vous décidé de devenir écrivain ?
Martha Wells : J’ai voulu très tôt être écrivain. Mais quand j’étais à l’université, je me suis inscrite à un atelier d’écriture mené par Steven Gould (l’auteur de Jumper). C’est là que j’ai commencé à envisager sérieusement d’en faire mon métier. Cela a pris un moment pour que je puisse être auteur à temps plein. Jusqu’à il y a encore quelques années, je travaillais encore comme programmeuse et web-designer.

Actusf :
Vous écrivez essentiellement de la Fantasy. Qu’est-ce qui vous plaît dans ce genre de littérature ?
Martha Wells : En fait je suis diplômée en anthropologie, et j’ai toujours aimé le folklore et la mythologie. Je prends énormément de plaisir à créer des univers de fantasy, à inventer une culture en empruntant à toutes celles existant de par le monde et à tenter d’imaginer quels pourraient être la mythologie et la magie dans cet univers imaginaire.

Actusf :
Vos romans s’inspirent souvent des romans de Capes et d’Epées. Pourquoi ? Qu’est-ce qui vous plaît dans cette période ?
Martha Wells : J’ai toujours aimé les romans historiques, particulièrement ceux qui sont à énigmes. Et ça va de ceux se déroulant dans l’ancienne Rome ou en Egypte, jusqu’aux romans noirs des années 30. J’aime cette sensation d’une fenêtre s’ouvrant sur d’autres temps, d’autres lieux. C’est assez proche de ce que je ressens en lisant de la SF et de la fantasy : l’impression de pouvoir s’immerger dans des univers radicalement différents.

Actusf :
Vous connaissez apparemment très bien l’histoire de la France. Quelle relation entretenez-vous avec notre pays ?
Martha Wells : Je m’intéresse à l’Histoire française depuis que j’ai lu Les Trois Mousquetaires, il y a un bout de temps. J’ai aussi lu les autres romans d’Alexandre Dumas, et ceux de Jules Verne. J’ai toujours aimé cette culture. Quand j’ai commencé à écrire, il y avait beaucoup de romans de fantasy qui se passaient dans une sorte de Moyen-âge générique, sensé s’écouler dans une Angleterre générique elle-aussi, mais ça manquait de saveur et de couleur. J’ai toujours préféré la fantasy qui se déroule dans des endroits différents avec des cultures et des légendes différentes (comme La Magnificence des Oiseaux de Barry Hughart qui se passe dans l’ancienne Chine ou Imaro de Charles Saunders qui se passe en Afrique). J’ai donc décidé que mon histoire se déroulerait à une période légèrement postérieure au Moyen Âge, et dans laquelle je pourrais utiliser les débuts de technologies comme celle des armes à feu ou de l’imprimerie, tout en y intégrant de la magie. En lisant ce qui a été écrit sur le XVIIème siècle en France, je me suis dit que ça ferait un cadre parfait pour un roman de Fantasy. Je l’ai donc utilisé comme base pour mon Île-Rien dans Le Feu Primordial. Le premier tome est sorti aux Etats-Unis en 1993. Je l’ai mélangé à des éléments d’autres villes européennes de la même période et au folklore féérique de la Grande Bretagne.

Actusf :
Parlons de La Mort du Nécromant, comment est née l’idée de ce roman ?
Martha Wells : Je suis aussi une grande fan de Sherlock Holmes, et j’apprécie les histoires à énigmes écrites pendant cette période (The Patient’s Eyes de David Pirie est le dernier livre que j’ai aimé). Je voulais donc une enquête fantasy ancrée dans cette époque là. J’ai donc décidé de réutiliser le royaume de l’Île-Rien et de me placer un peu plus tard sur la ligne temporelle de mon univers. Il s’est avéré que c’était assez amusant à faire. J’ai pu construire mon récit sur l’Histoire de cette cité que j’avais déjà créée pour Le Feu Primordial, et je l’ai étoffée. Je me suis notamment inspirée des plans du Baron Hausmann, pour mieux me rendre compte à quel point une ville peut changer.

Actusf :
Parlez-nous de Nicholas Valiarde. Comment le voyez-vous ?
Martha Wells : J’ai voulu faire de lui un personnage un peu à la Moriarty dans Sherlock Holmes. Je voulais que le héros de La Mort du Nécromant soit quelqu’un qui aurait tout aussi bien pu être le "méchant" d’un autre livre. Nicholas était assez difficile à écrire, parce que c’est un émotionnel, dont les réactions sont difficiles à concevoir pour moi. Il y a une scène où les personnages traversent la place où le père adoptif de Nicholas a été pendu. A l’origine Nicholas détournait les yeux de l’endroit où était dressé la potence. Mais cela sonnait faux. J’ai donc ruminé cette scène, jusqu’à ce que je réalise que ce qu’aurait fait Nicholas, ça aurait été de revenir sur cette place chaque jour, jusqu’à ce qu’il puisse le regarder sans ressentir le moindre sentiment.

Actusf :
Comment avez-vous construit votre Vienne imaginaire ?
Martha Wells : J’ai commencé en me basant sur Paris au XVIIème siècle dans Le Feu Primordial, en y ajoutant quelques touches de Londres, de Vienne et d’autres capitales européennes. Dans La Mort du Nécromant, j’avais une cité un peu plus développée et plus vieille, dans l’esprit de Paris et des villes du XIXème siècle. Par exemple, dans Le Feu Primordial, les murs de la cité sont des fortifications. Dans les autres livres ensuite, des échoppes ont été construites dessus et il y a des banlieues et des domaines qui s’étendent hors de la ville.

Actusf :
On y trouve de nombreuses influences, comme les romans de Capes et d’épées ou les récits de Lovecraft. Vous aviez envie d’y mettre autant de choses ?
Martha Wells :Certaines sont intentionnelles. D’autres sont juste le reflet de ce que je lisais au moment où j’écrivais. Je lis beaucoup de romans historiques, de folklore, et des livres sur l’Histoire et l’Archéologie.

Actusf :
Vous avez été nominée au prestigieux prix Nebula pour ce roman. J’imagine que c’était une joie ? Une récompense ?
Martha Wells : Oui bien sûr. C’est la seule récompense majeure pour laquelle j’ai été nommée, et je ne m’y attendais pas. Ca m’a vraiment surprise, et fait énormément plaisir.

Actusf :
Quels sont vos projets ?
Martha Wells : Je travaille en ce moment sur un nouveau roman de fantasy, et j’espère l’avoir terminé cette année. J’ai aussi publié une autre novelisation : Stargate Atlantis : Entanglement, et j’ai des nouvelles de fantasy programmées dans les trois prochains numéros du magazine : Black Gate. (Il y a des informations à propos de ça sur leur site : http://www.blackgate.com). Ces trois nouvelles mettent en scène les personnages Giliead et Ilias, les héros de mon roman : Chasseurs de Sorciers. J’ai aussi écrit une nouvelle de fantasy pour l’antholgie Elemental. C’est une anthologie à but caritatif pour les victimes du Tsunami de 2004. L’histoire s’intitule : The Potter’s Daughter et dont le héros est Kade, l’un des personnages principaux du Feu Primordial. Elle sera reprise dans l’anthologie The Year’s Best Fantasy #7 chez Tachyon Publications.

Actusf :
Dernière question. Dans quelques jours, cela fera 70 ans que Lovecraft est décédé. Est-ce un auteur important pour vous et pourquoi ?
Martha Wells : Je pense que, quelque part, il m’a influencé, étant donné que j’ai lu ses romans assez jeune. J’aimais que ses histoires ne soient pas seulement basées sur l’horreur, mais qu’il développe aussi toute une cosmologie qui donne du sens à ses éléments horrifiques. Je pense que j’étais probablement plus influencée par Andre Norton. Elle écrivait aussi bien de la fantasy que de la science fiction et elle était la première, ou l’une des premières à utiliser de nombreux concepts qui sont aujourd’hui largement répandus dans la SF. Je pense qu’elle était très en avance sur son temps.

Jérôme Vincent