Jodorowsky’s Dune de Frank Pavich

aux éditions

Date de parution : 0000 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
Titre en vo :

Lire tous les articles concernant

Jodorowsky’s Dune de Frank Pavich a raflé le prix du jury et le prix du public aux Utopiales en 2013.

Si les Utopiales proposent toujours, pour leur compétition internationale, de pures pépites cinématographiques, « JODOROWSKY’S DUNE » est certainement la plus précieuse de toutes. Un documentaire sur la création avortée d’un film qui aurait sûrement révolutionné le cinéma, voire le monde, si son créateur était arrivé à ses fins.
Jodorowsky avait l’ambition de réaliser une œuvre qui change les consciences. Accompagné de Michel Seydoux, il réunit autour de lui les plus avant-gardistes des artistes de son temps. De Moebius à Chris Foss, en passant par H.R. Giger et Dan O’Bannon, il créer un livre-bible de 1 000 pages où tout est couché : chaque plan, chaque costume, chaque personnage y est illustré dans les moindres détails.
Le projet se heurtera au studio américain et à leurs producteurs. Effrayés par la personnalité et le génie de Jodorowsky, ils encenseront tous son travail... pour refuser de le produire.
 
Dans son film, Frank Pavich interviewe tous les créateurs réunis par Jodorowsky pour donner corps à son rêve de film révolutionnaire. Quarante ans après, vous sentez encore dans leur propos combien cette expérience a été fondatrice dans leur carrière. Nous avons d’ailleurs tous vu et admiré leurs créations ultérieures. Moebius dessinera les créatures de “Abyss”, Giger celle de “Alien”, lequel sera scénarisé par O’Bannon... La force de ce documentaire repose sur ce caractère initiatique, ce souffle que Jodorowsky sait insuffler dans tout ce qu’il fait, dans ses relations aux gens, sa manière de créer une équipe, de pousser chacun à donner le meilleur de soi-même. Il dit lui-même qu’il cherchait des “guerriers spirituels” pour le suivre. 
 
Ils ont ici perdu une bataille et Hollywood a pu concevoir son propre et insipide “Dune”. Mais le film de Frank Pavich permet aux spectateurs de vivre une réelle expérience de transcendance et de partage. Ce que le cinéma, art et non industrie, devrait faire toujours. Le public réagit dans la salle, applaudit et rit (fort), loin de ces séances feutrées où l’expression n’a plus sa place. Ce film rend tellement grâce à cette tentative que l’on en sort avec une envie folle de déplacer des montagnes. 
 
La volonté de Jodorowsky atteint ici sa cible : droit au coeur, il remue en vous de ces lames de fond qui vous font sentir capable, et légitime, de toutes les créations. 
 
 
Benjamin Mayet