Juillet-Août 1914, les moissons d’acier
( Les Sentinelles 1 )
de Enrique Breccia et Xavier Dorison
aux éditions Delcourt
Genre : Fantastique
Sous-genres :
  • Historique
  • Super-héros

Scénariste : Xavier Dorison
Dessinateur : Enrique Breccia
Date de parution : mai 2009 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 72
Titre en vo :

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La Première Guerre Mondiale : ses tranchées, ses horreurs... ses super-héros

Xavier Dorison est commercial. Ses temps libres sont consacrés à l’écriture de scénarios de bandes dessinées. Il a ainsi réalisé ceux du Troisième Testament (dessins de Alex Alice), de Prophet (avec Mathieu Lauffray) et de Sanctuaire (avec Christophe Bec). Il travaille actuellement sur ceux des séries W.E.S.T., Long John Silver et, bien sûr, Les Sentinelles.
Enrique Breccia, né en 1945 à Buenos Aires, est le fils d’un célèbre illustrateur argentin, Alberto Breccia. Il suit les traces de son père et réalise des bandes dessinées qui sont encensées dans son pays. En France, on le connaît assez peu, sinon pour des one shot comme Lovecraft ou Aguirre.

La France a besoin de héros, elle aura les Sentinelles !

1911. Le projet Sentinelles, destiné à la création de super-soldats invincibles, a été rangé au placard. L’absence d’une technologie assez performante pour fournir l’énergie aux prothèses mécaniques des Sentinelles était un problème insurmontable.
1914. Gabriel Féraud invente, en s’inspirant des travaux de Joliot-Curie, la pile au radium. Le Colonel Alphonse Mirreau compte bien relancer le projet Sentinelles pour que la France ne soit pas écrasée par l’offensive allemande. Mais Féraud refuse de voir son invention servir à des fins militaires. Mirreau tente tout pour le convaincre, et pour cela, quoi de mieux que d’en faire la première Sentinelle de nouvelle génération ?

Le premier chapitre d’une grande saga

Les Sentinelles est une série de bandes dessinées qui se déroule au cours de la Première Guerre Mondiale. L’action du premier tome, Les Moissons d’acier, se passe au cours des mois de juillet et août 1914, alors que l’Archiduc d’Autriche François-Ferdinand vient juste d’être assassiné et que la guerre, qui en est la conséquence, est déclarée. Le début des affrontements est terriblement en défaveur des troupes françaises, qui auraient bien besoin d’un coup de pouce pour repousser l’offensive allemande...
Or, l’armée française a depuis des années dans ses cartons un projet de super-soldats, mené par Mirreau et le Docteur Kropp. L’idée : créer des hommes-machines à la force surhumaine, bien plus endurants que des soldats normaux. Munis de greffes biomécaniques et imbibés d’une drogue inventée par Kropp, le dexynal, les « Sentinelles » seraient le fer de lance de la nouvelle armée française.

Le premier tome de la série, s’il décrit les débuts de la Der des Ders, raconte surtout la transformation de Féraud en Sentinelle, ce qui ne se fera pas sans problèmes et sans péripéties. Car Djibouti, ancien soldat et ébauche de Sentinelle avec son filtre à dexynal dans la nuque, est tiré de sa retraite par Mirreau pour récupérer Féraud, que la Mobilisation Générale a envoyé sur le front.
Échappant de peu à la mort grâce à sa transformation en Sentinelle, Féraud devra apprendre à accepter son nouveau corps, à maîtriser ses nouvelles capacités, à devenir un héros...

Les dessins de Breccia retranscrivent habilement les horreurs de la guerre de tranchée, des combats à la baïonnette, des unités exterminées par les pluies d’obus. Avec des cases, disséminées ça et là – mais avec intelligence –, qui reproduisent des photos d’archives, des cartes et des gravures d’époque, Les Moissons d’acier donne une vision réaliste de la Première Guerre Mondiale : celle d’une des guerres les plus effroyables que l’humanité ait connue. Le dessinateur ne nous épargne pas les scènes de massacres, de combats au corps-à-corps, les visions des corps déchiquetés des soldats touchés par les obus, des hôpitaux de campagne regorgeant de blessés.
Breccia rend réel les personnages imaginés par Dorison en leur donnant une apparence retranscrivant parfaitement leurs personnalités. Mirreau est un officier patriote, toujours propre sur lui dans ses uniformes élégants, le cheveu ras, la moustache fière. Kropp, tortionnaire de chiens et de chats à défaut d’humains, a un air de fou furieux psychopathe à la Frankenstein. Djibouti, la brute, est une gueule cassée sans cesse grimaçant de ses blessures de guerre, qu’il apaise autant que possible avec le dexynal. Féraud, enfin, est un homme ordinaire, en qui le lecteur pourra se reconnaître. Il est la figure empathique de la BD, vecteur des émotions : la douleur, la colère, la honte, l’amour...

S’appuyant sur le contexte passionnant de la Première Guerre Mondiale, Xavier Dorison offre dans Les Moissons d’acier un scénario exaltant, mêlant la rigueur du compte-rendu historique, l’épique de la saga militaire (sans en cacher les horreurs) et le mordant du récit d’aventures.
Épaulé par Breccia, un dessinateur de génie parfaitement à l’aise avec les images chocs, les plans cinématographiques et les cadrages incisifs, Dorison ne pouvait que produire une des meilleures bandes dessinées de cette première moitié de l’année 2009.

Stéphane Gourjault