L’Edito N°2
( Bifrost Hors Série 2 )
de Bifrost et Jack Vance
aux éditions Le Bélial
Genre : SF

Auteurs : Bifrost , Jack Vance
Couverture : Philippe Gady
Rédaction : Pierre-Paul Durastanti
Date de parution : septembre 2003 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Revue
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1

Lire tous les articles concernant Bifrost ou Jack Vance

L’édito

En toute franchise, je n’aime ni discuter, ni surtout analyser, mes propres écrits.
Jack Vance

S’il y a un auteur pour lequel le terme " littératures de l’imaginaire " semble être conçu, c’est Jack Vance. Mieux que tout autre, il donne à rêver. Mieux que tout autre, il invente des cultures et des coutumes originales. Et mieux que tout autre, peut-être même avant tout autre, il mélange les genres.
Sa célèbre série de fantasy, le cycle de la Terre mourante, se situe dans un futur si lointain que notre soleil agonise, et l’on y voyage dans l’espace ; la plupart de ses œuvres dites de science-fiction sont des fables voltairiennes ou des enquêtes policières, ou encore des récits de voyage ; dans plusieurs de ses romans (très) noirs, ses personnages pensent des mondes fantastiques, quitte à s’y perdre.
Jack Vance, au fond, n’écrit que du Jack Vance : il est son propre genre. La carte est le territoire, et le territoire est sans frontières.

Il sait être excitant, satirique, drôle, austère, tendre, sérieux et pensif, et tout ça dans un même récit.
Poul Anderson

Parce qu’il est his own kind, sans pareil, Jack Vance n’a pas créé d’école ni de mouvement littéraire. Il est inimitable. Par contre, il suscite des hommages. Comme le soulignait Barry Malzberg dans un essai, il a influencé des écrivains aussi différents que Larry Niven et Gardner Dozois. On retrouve chez George R. R. Martin, que ce soit dans L’Agonie de la lumière, dans ses nouvelles (Chanson pour Lya), ou même dans sa série du Trône de fer, toutes sortes d’échos vancéens. Joan Vinge (La Reine de l’été) et Tanith Lee (Ne mords pas le soleil et Le Vin saphir) évoquent aussi ses mondes. En fait, tout le mouvement dit " néo-classique " américain qui, dans les années soixante-dix, a succédé à la new wave, doit beaucoup à Vance, ainsi que le space opera baroque de ces dernières années illustré entre autres par Iain M. Banks, Colin Greenland, Peter F. Hamilton, Mike Resnick et, bien sûr, Dan Simmons. En France, sans doute le pays du monde où il a connu le plus vif succès populaire et critique, il a pu être salué par maints auteurs, tels Michel Grimaud (L’Arbre d’or), Michel Jeury (Le Sablier vert), Joëlle Wintrebert (Les Maîtres-feu), Roland C. Wagner (Le Chant du cosmos) et Ayerdhal (La Bohême et l’ivraie). Et lorsque Robert Silverberg, en 1978, après quatre ans de silence, a voulu renouer avec la science-fiction, il a choisi de créer, avec son Majipoor, une version géante de la Planète Géante.

Je lis Jack Vance depuis que j’ai découvert ses tous premiers textes ; je l’ai lu enfant, je l’ai lu adulte, décennie après décennie. Alors que le plus clair de la science-fiction, du fantastique et de la fantasy a cessé d’exercer le moindre attrait sur moi, les récits de Vance n’ont jamais manqué de me procurer un plaisir tout particulier. Même une bibliographie de son œuvre me fait l’effet d’un cadeau.
Robert Silverberg

Pour ce nouveau hors série paré d’une couverture chatoyante (dont, soit dit en passant, j’espère bien recevoir un jour la reproduction - à bon entendeur clin d’œil…), on a, comme de coutume, privilégié l’inédit. Un court roman, qui pourrait paraître atypique, et quatre nouvelles, tel est le sommaire des fictions, qui jouent - il n’aurait pas pu en être autrement - la carte de la diversité : à la S-F se mêlent de l’espionnage, de l’humour, du polar, du tragique et de l’ethnologie. Du côté des articles, on lira des contributions de Jacques Garin, mestre du meilleur site français sur notre écrivain, de Noé Gaillard, qui donne une (première ?) étude du corpus policier de l’œuvre, de l’immense Dan Simmons, qui fait plus, bien plus que reconnaître sa dette dans un long essai aussi brillant que chaleureux, et enfin, rareté des raretés, de Jack Vance lui-même, l’esquisse d’autobiographie d’un auteur jusqu’à présent parmi les plus secrets de tout le domaine. Les fous et les collectionneurs - si tant est qu’ils constituent deux catégories séparées - devraient trouver leur bonheur dans une bibliographie que j’espère à jour, tandis que le Guide de lecture, désormais traditionnel, et forcément limité, ouvrira aux curieux les pistes nécessaires à l’exploration de la jungle vancéenne.
Profitons-en pour signaler que cette jungle, après quelques années de sècheresse, va reverdir, puisque la plus grande part d’un fond de catalogue un peu laissé à l’abandon, ressortira bientôt chez divers éditeurs (Gallimard a d’ores et déjà lancé la déferlante), souvent dans des traductions nouvelles, ou du moins revues et complétées. Et Le Bélial’ ne sera pas en reste, qui propose le mois prochain un omnibus des deux romans de la Planète Géante, dont le premier sortira grandi.

Comme Tarzan et Sherlock Holmes, comme le Pays des Merveilles et Camelot, la Terre mourante vit, et elle vivra tant que l’on racontera des histoires, jusqu’au jour, à la Fin des Temps, où quelque Bibliothécaire la rangera au rayon Littérature contemporaine.
Gene Wolfe

Saveurs, odeurs, couleurs, musiques, parlers, coutumes et mœurs, il y a toujours dans l’œuvre de Jack Vance un aspect sensuel que n’aurait pas renié un Rimbaud ni un Baudelaire. Embarquons dans son bateau ivre : l’invitation au voyage nous tourne la tête et nous serre le cœur.


Pierre-Paul Durastanti

Jérôme Vincent

D'accord, pas d'accord ? Parlez de ce livre sur le forum.

Vous voulez donner votre avis sur ce sujet ? Vous voulez mettre un lien vers votre propre chronique ? Cliquez ici.