L’Éducation de Stony Mayhall
de Daryl Gregory
aux éditions Le Bélial
Genre : Fantastique
Sous-genres :
  • Epidémie
  • Etats Unis
  • Zombies

Auteurs : Daryl Gregory
Couverture : Aurélien Police
Traduction : Laurent Philibert-Caillat
Date de parution : août 2014 Inédit
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 448
Titre en vo :
Parution en vo : 2011


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Naître, grandir, vieillir… c’est possible pour les morts-vivants !

Né en 1965 à Chicago, Daryl Gregory, auteur de L’Éducation de Stony Mayhall, est diplômé d’anglais et de théâtre. Reconnu comme scénariste de comics depuis des années, c’est en 2008 que parait son premier roman, Pandemonium, remarqué notamment pour son originalité, et récompensé du prix Crawford. L’Éducation de Stony Mayhall est son troisième livre, et premier à être traduit en français. Espérons qu’il sera l’élément déclencheur de la traduction de ses autres œuvres…

Une découverte déterminante.

Stony Mayhall est découvert en plein hiver, emmitouflé dans les bras de sa mère, morte sur le bord de la route. Il est récupéré par une mère de famille qui passe par là. Mais, elle se rend vite compte que quelque chose cloche : la couleur de peau, grisâtre, la respiration, absente, et les battements cardiaques, absents aussi ! La conclusion n’est pas difficile : il fait partie de ces êtres, à la fois morts mais vivants, qui sont apparus quelques années avant.

Allant à l’encontre de toutes les directives, la famille Mayhall décide de garder l’enfant, et de l’élever, caché de l’extérieur pour sa protection. Et contre toute attente, le bébé Stony grandit, se développe, apprend à parler, à marcher, à courir ! C’était chose jamais vue encore chez les zombies.

Ne ressentant pas la douleur, n’étant pas concerné par la vieillesse, le sommeil, et les blessures physiques, Stony apprend très vite à découvrir son corps, et à chercher ses limites, en poussant les investigations jusqu’aux limites physiques, mentales, psychologiques, et même philosophiques.

Unique en son genre, il rejoindra les autres morts-vivants, et devra se cacher des autorités qui ne cherchent qu’à faire disparaître du globe ces erreurs de la nature. Mais Stony est intelligent, et surtout patient : à force de travail acharné, d’un moral d’acier, et de convictions inébranlables, il se frayera un chemin à travers le pouvoir des morts-vivants, pour essayer de faire passer son message de paix.

« Les morts-vivants naissent six pieds sous terre mais montent au ciel en volutes ».

Aussi bizarre que cela puisse paraître dans un livre de zombie, c’est bien une vie qui est présentée dans ce livre ! La vie, longue et bien remplie, de Stony. Il faut dire que ce mort-vivant ne fait rien comme les autres. Rentabilisant les longues nuits d’insomnies par de la lecture, de l’exercice physique, des apprentissages, il aiguisera son esprit afin de découvrir ce qui fait de lui ce qu’il est. Et ce travail, il ne l’abandonnera jamais vraiment.

La vision du mort-vivant, intelligent, capable de sentiments, d’interactions élaborées, est très originale et intéressante. Daryl Gregory rend des traits particulièrement humains à ces créatures, et imagine les morts-vivants comme une évolution (sans prendre parti sur le sens de cette évolution !) de l’être humain. Ne vous attendez pas à des zombies muets, capables d’émettre uniquement des sons gutturaux, les bras devant et la marche lente, pour vous sucer le contenu de votre boite crânienne, car dans ce cas, vous seriez fort déçus. Les zombies sont ici un peuple, opprimés comme d’autres avant eux, persécutés par les autorités (et c’est là un portrait universel, et hélas intemporel, que Daryl Gregory nous livre). Ils devront miser sur l’aide et le soutien de quelques souffleux pour louer des maisons, faire des achats, ou encore conduire. Car la vie de mort-vivant est loin d’être facile, même s’ils ne sont pas là pour déclencher la fin du monde, ou contaminer tous les vivants (quoi que certains partis politiques zombies aimeraient bien).

Jouant sur la solidarité, la tendresse, l’amour, l’amitié, l’entraide, mais aussi sur la trahison, la peur, et la déception, Gregory couvre tout un panel de sentiments pour donner une vraie profondeur à son livre, en respectant un cheminement efficace. Jamais un mort-vivant n’aura été aussi attachant, saisissant, et dérangeant, que Stony. Son étonnante humanité, et sa complexité psychologique, feront de lui un personnage phare dans la littérature zombie, tout autant que tout au long du livre. Ce personnage fort marquera les esprits !

Qui aurait parié sur l’existence d’un livre mêlant zombies et considérations philosophiques ? Le récit de zombie a littéralement dépassé toutes ses limites, et s’offre le luxe de s’introduire dans des champs bien différents ; là où on ne l’attend pas. Et le plus fort dans tout cela, c’est que c’est une véritable réussite littéraire, qui se lit très vite. Le style, fluide, efficace, et addictif, permettra aux plus récalcitrants d’accrocher rapidement. Le ton est juste, sans jamais tomber dans des excès, ce qui permet d’aborder implicitement des sujets délicats et revendicateurs sans être déplacé.

Une véritable bouffée d’air frais, et un renouveau dans le monde zombie ! Et, ne nous le cachons pas, qu’est-ce que ça fait du bien… 

Bastien Roche