L’Enigme du Cadran Solaire
de Mary Gentle
aux éditions Denoël ,
collection Lunes d’Encre
Genre : SF
Sous-genres :
  • Historique

Auteurs : Mary Gentle
Traduction : Michelle Charrier
Date de parution : octobre 2007 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 1048
Titre en vo : 1610 : A sundial in the Grave
Parution en vo : janvier 2003

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Un excellent roman.

Née en 1956, Mary Gentle a publié son premier roman à 21 ans à peine. Il s’agissait alors d’un roman pour ado qui s’intitulait Hawk in Silver et qui déjà racontait une histoire de fantasy. En France, on l’a découvert tout d’abord il y a un peu plus de dix ans avec Les Fils de la sorcière (Folio SF), un roman mélangeant SF et Fantasy avec un contact diplomatique entre des humains et une société extraterrestre en obéissant au code de l’épée. Il a fallu ensuite quelques années avant qu’un deuxième ouvrage ne soit traduit. Ce fût Le Livre de Cendres (Denoël/ Lunes d’Encre) qui nous emmenait vers un XVème siècle européen plein de fureur et de combat, avec, sur 2 000 pages, les aventures de Cendres, une jeune femme devenue le chef de guerre d’une troupe de mercenaires. Rebelote pour Denoël qui publie en deux tomes ces jours-ci, L’énigme du cadran solaire, qui nous entraîne cette fois au XVIIème entre la France et l’Angleterre.

Rochefort, le Duc de Sully et Marie de Médicis.

1610 en France. Rochefort, homme de confiance du duc de Sully est convoqué par Marie de Médicis à un rendez-vous assez spécial. La reine, ennemie du duc, lui demande ni plus ni moins de tuer le roi Henri IV. Pour l’y contraindre, elle menace de s’en prendre à son serviteur mais aussi au duc de Sully. Rochefort n’a d’autre choix que d’accepter. Néanmoins, il choisit le plus incompétent de ses hommes de main, en espérant qu’il échoue : un certain Ravaillac. Le reste appartient à l’histoire, comme on dit. Obligé de fuir, Rochefort prend la route de l’Angleterre avec, à ses côtés, Dariole, un troublant jeune homme dont il s’est épris malgré lui.

 

À peine arrivé, un drôle de personnage lui demande de tuer cette fois le roi de l’Angleterre Jacques Stuart. Rochefort sera-t-il un double régicide ?

Passionnant !


Réglons pour commencer une question sur le contenant. Comment se fait-il que le livre soit coupé en deux avec une telle disproportion entre les deux tomes ? Le premier fait 648 pages tandis que le second 400. La réponse est simple. L’éditeur n’a tout simplement pas voulu couper en deux la quatrième partie (plus de 200 pages) et a préféré attendre sa fin pour terminer le premier tome et commencer le second. Notons qu’en anglais, le livre tient en un seul gros volume, la coupure française étant sans doute essentiellement économique (c’est qu’il a fallut traduire tout ça). Résultat il vous en coûtera tout de même 52 euros pour l’acquérir. Est-ce que ça les vaut ? Sans doute pour ceux qui sont passionnés d’Histoire et de bon récit.

Car le fait est là, L’Enigme du Cadran Solaire est un roman passionnant. Tout tient en un savant dosage entre la vérité historique qui lui donne toute sa crédibilité et des personnages superbement campés, et qui donne corps à une intrigue vive et haletante.

La rigueur historique tout d’abord. En se plaçant son récit au XVIIème siècle, Mary Gentle fait bien plus que de se servir de l’Histoire comme d’un simple décor. D’abord elle s’appuie sur des faits réels (le meurtre d’henry IV par Ravaillac) en leur donnant une explication qui ne manque pas de sel : la mort du roi commanditée par la reine et organisée par un lieutenant de son plus fidèle serviteur, le duc de Sully. Même chose pour les événements qui se passent en Angleterre. On sent que cette grande balade dans l’Europe du XVIIème est soutenue par un vrai travail de recherche. Amateur de complots et de diplomatie, ce roman est fait pour vous ! Et elle ne se contente pas de ces faits historiques, elle nous fait redécouvrir Londres tel que, sans doute, il a été.

Mais un peu long.

Sur cette trame historique, Mary Gentle a su également composé des personnages qui tiennent véritablement la route. Rochefort apparaît comme un homme sûr de ses certitudes et de sa force. Mais peu à peu, son aspect monolithique s’effrite tout d’abord à cause de ce jeune homme Dariole qui non seulement arrive régulièrement à le battre mais qui surtout entraîne chez lui des désirs inhabituels et honteux pour quelqu’un qui jusqu’ici se croyait hétérosexuel. Et pour couronner le tout, non seulement Dariole a la langue aussi affutée que le sabre et n’hésite pas à le faire savoir, mais il décide en plus de l’accompagner malgré l’avis de Rochefort. Une relation entre amour, haine et désir qui pimente en permanence le récit par des échanges verbaux souvent savoureux. Mais Mary Gentle aime a priori malmener ses personnages car Dariole en prendra aussi pour son grade en terme de désillusion et de remise en cause. Enfin le troisième larron de cette aventure est un japonais, rescapé d’un naufrage sur les côtes normandes et qui va rejoindre leur groupe et confronter sa culture et ses habitudes aux modes de vie des européens. Là aussi il y a du clash dans l’air.

Dernier point positif, le style de Mary Gentle. En employant une narration à la première personne, elle est parvenue à écrire un récit enlevé et plutôt agréable à lire malgré les 1200 pages qui vous attendent si vous décidez de vous lancer dans sa lecture. Il y a un vrai souffle dans ces pages, néanmoins, la taille de ce roman est d’ailleurs peut-être son seul défaut. Malgré tout son talent, et elle en a, c’est une certitude, Mary Gentle n’échappe aucunement aux longueurs qui ne manquent pas de survenir au fil des pages. Elle a un peu tendance à trop faire durer l’ambiguité entre Dariole et Rochefort et elle pèche par gourmandise en rallongeant la sauce et en envoyant ses héros à l’autre bout de la Terre. Dommage. Car pour le reste, c’est un bouquin merveilleux. Un des meilleurs romans de la rentrée.

Jérôme Vincent

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