L’Epée de Welleran
( 1 )
de Lord Dunsany
aux éditions Terre de Brume
Genre : Fantastique

Auteurs : Lord Dunsany
Couverture : S.H. Sime
Traduction : Anne-Sylvie Homassel
Date de parution : mars 2004 Inédit
Langue d'origine : Anglais UK
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga

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Cinquième recueil de nouvelles d’un maître du fantastique irlandais peu connu en France, Lord Dunsany, publié dans la très belle édition Terre de Brume

Les éditions Terre de Brume ont mis en place une aventure éditoriale unique puisque l’éditeur a parié sur un auteur connu seulement des spécialistes. L’Epée de Welleran est, en effet, le cinquième ouvrage de Lord Dunsany publié dans la collection Terres Fantastiques dirigée par Xavier Legrand-Ferronière. Cet auteur a pourtant fasciné nombre d’écrivains tel Julien Green, qui traduisit son recueil Merveilles et démons : Contes fantastiques (Seuil), ou Lovecraft, qui le désigna comme l’un des maîtres du fantastique. Edward John Moreton Drax Plunkett, XVIIIe baron Dunsany (1978-1957) est le dépositaire d’une vieille lignée irlandaise. Aux armes, il préfère les lettres et devient professeur, journaliste, conférencier et écrivain. L’anthologie L’Epée de Welleran fut publiée en 1908 à Londres par Allen and Sons dans une édition magnifique. Elle est ornée de dix illustrations de son grand ami Sydney H. Sime, l’illustrateur " officiel " de Dunsany, qui sont reproduites dans l’édition française.

Douze nouvelles entre rêves et réalité

Douze nouvelles composent ce recueil. Toutes mériteraient une attention soutenue, il faut pourtant opérer un choix et nous ne dévoileront l’histoire que de quelques-unes d’entre elles, les plus emblématiques.

L’Epée de Welleran, qui ouvre le recueil, s’inspire des épopées médiévales qui louaient les grands faits d’armes des chevaliers. La somptueuse ville de Merimna s’endort chaque nuit tranquillement, ses héros veillent sur elle. Ses ennemis aimeraient bien un jour prendre la riche cité mais les noms des vaillants défenseurs de la " ville inviolable " les font encore trembler. Que se passera-t-il le jour où ils se rendront compte que les chevaliers ne sont plus que des fantômes ?

Les Cousines du peuple Elfin met en scène une petite Chose Sauvage qui rêve d’avoir une âme afin de pouvoir louer Dieu. Les autres petites Choses Sauvages lui en fabriquent une, à regret puisque la petite créature perdra alors son immortalité.

Les Fantômes pourraient porter comme sous-titre : ou comment la raison et la logique sont une aide précieuse face à des péchés sur pattes.

La Forteresse invincible, sauf par Sacnoth se pare des atours de la légende afin de nous conter l’histoire du jeune Leothric devenu un héros en délivrant les siens des rêves cruels qui " prenaient le pouvoir dans l’esprit des hommes et les conduisaient en des rondes de nuits dans les plaines cendreuses de l’Enfer ".

Une finesse dans l’écriture, un fantastique tout en rêve

Les nouvelles qui composent ce recueil sont de petits joyaux présentés dans un magnifique écrin. Les éditions Terre de Brume portent une attention soutenue à leur édition ; le prix est justifié par la superbe mise en page. Véritable objet livre avec ses pages couleur crème au grammage conséquent, sa couverture en camaïeu de noir, la reproduction des illustrations originales de Sime, cette édition a de quoi séduire. La forme est au service du fond, ce recueil de Dunsany contient des textes ciselés avec art.

Tout l’art de Lord Dunsany est de transporter le lecteur dans ses propres chimères. Il se joue des différents codes, opte pour un style parfois ampoulé, puise sa matière poétique dans les récits arthuriens et les mythes celtes. La première nouvelle, L’Epée de Welleran, est un pastiche des récits de chevalerie où l’évocation des seuls noms des héros suffit à faire trembler l’ennemi. Dunsany s’inspire aussi des récits homériques dans lesquels les rêves sont aussi réels et révélateurs que les actions vécues. L’isotopie du rêve et du sommeil traverse toutes les nouvelles, projetant les histoires dans des temps merveilleux et imaginaires. Rappelons que Lord Dunsany, comme le souligne Max Duperray dans la préface, est un des précurseurs de l’heroic fantasy

Les villes sont toujours " sculptées et non bâties ", elles sont personnifiées et le narrateur s’adresse à elle par une très révérencieuse prosopopée. La nature murmure et le narrateur de la nouvelle Dans le Crépuscule, tel Ophélie, est emporté par la rivière. Alors la Nature lui dit adieu et lui se laisse emporté par " le Fleuve du Mythe [qui] plonge dans les Eaux de la Fable ". Cette image pourrait être une métaphore de son écriture, Lord Dunsany se sert des mythes anciens pour élaborer une fable nouvelle : La Chute de Babbulkund est une réécriture des mythes de Sodome et Gomorrhe et de la Chute de Babylone. Il poétise aussi la réalité. Le point de départ de ses histoires sont parfois très prosaïques ; il eut par exemple l’idée de la nouvelle L’Epée de Welleran après une visite à Paris. Il découvrit que les boulevards extérieurs portaient le nom des grands héros français : " de telle manière que les ennemis s’approchant de Paris rencontraient d’abord de grands noms prodigieux ; et j’eus du coup l’idée de mettre en scène des défunts continuant à garder leur ville ". Il pare d’une patine de conte la réalité. Dans la nouvelle Les Cousines du peuple Elfin, le rêve et la réalité se rejoignent et se confondent, la ville et ses usines, décrites d’abord de manière très réaliste, prennent des airs de bêtes fabuleuses, de monstres à travers les yeux l’héroïne, la petite Chose Sauvage.

Avec une syntaxe pleine d’arabesques, extrêmement fouillée, un vocabulaire riche et envoûtant et des mots parfois anciens, voire archaïques, qui viennent nous murmurer des songes, Lord Dunsany fait s’élever de chaque page un chant onirique. Cependant, sous les épopées glorieuses, Lord Dunsany donne à lire dans ses nouvelles la vanité du monde des hommes. Sous l’éclat de la langue se lit le pessimisme de l’auteur. Pourtant, un humour doux amer, plein de tristesse parcourt ces pages. Avec une touche de mélancolie, une pointe de nostalgie et la brume du rêve pour envelopper les récits, Dunsany fait naître une tristesse sans larme chez le lecteur. Cet artiste a " sculpté dans le marbre les visions de ses rêves " et l’on referme le livre avec l’impression que le temps s’est suspendu, que l’on a rêvé tout éveillé, seulement bercé par les songes de Lord Dunsany

Charlotte Volper

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