de Eric Stalner et Jean-Marc Stalner
aux éditions Dargaud
Scénariste :
Jean-Marc Stalner
Dessinateur :
Eric Stalner
Date de parution : juillet 2004
Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Intégrale
Nombre de pages : 198
Titre en vo : 1
Parution en vo : janvier 1996
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Une intégrale à ne laisser passer sous aucun prétexte
Les
frères Stalner sont deux très grosses pointures de la bande dessinée
qui se sont fait UN nom (et pour cause) en se faisant une spécialité
des séries mêlant histoire et mythe, rigueur documentaire et propos
fantastique. Parmi les titres phares de ce talent bicéphale, on relèvera
de grandes fresques telles La Croix de Cazenac ou Le
Roman de Malemort (d’Eric Stalner), mais aussi, chez Dargaud, Le
Maître de Pierre (de Jean-Marc Stalner) ou Fabien M.
et Malheig (des deux frères associés), à
présent réédité dans une magnifique édition
intégrale. L’occasion pour ceux qui ne connaîtraient pas encore les
fantasmagories historiques des frères Stalner de s’offrir une session de
rattrapage à travers une série que vous aurez plaisir à dévorer
d’un seul trait.
"Le
Temps s’efface, il n’y a que l’instant"
Ecosse,
âge des métaux et des mystères païens : le peuple de Malheig
vacille sous les coups des hordes sanguinaires des Ourokes qui dévastent
tout sur leur passage. A la tête des barbares, un certain Draco, dont les
pouvoirs mystiques n’ont d’égal que l’effroi qui émane de sa personne.
Tandis que les Ourokes s’acharnent sur son peuple, le jeune Rokson se voit confier
une mission : il est l’élu des dieux, celui qui doit garder hors de portée
des serres de Draco le talisman qui mène à l’oeil de Wédal
et au pouvoir divin. Pour l’aider à remplir son devoir, le destin mettra
sur sa route des amis véritables et des traîtres présumés.
Mais son plus sûr allié, Rockson le trouvera vingt siècles
plus tard, en la personne de Donan, son double à travers le temps.
Sorti
de nulle part, ce Donan a su s’attirer la bienveillance de Shona Mac Thyal en
lui sauvant la vie. Accueilli dans le domaine familial, un château millénaire
à fleur de loch, Donan ne fait toutefois pas l’unanimité : Eilean
Mac Thyal, la soeur de Shona, et Ewen, le domestique qui l’accompagne depuis le
terrible accident qui l’a privée de ses jambes, voient d’un très
mauvais oeil l’intrusion de cet étranger un peu trop fouineur. Surtout
à quelques jours de la vente éventuelle du domaine à un certain
Sir Dragon. Une vente à laquelle Shona se refuse obstinément. La
petit sotte devient bien encombrante, et l’arrivée de son sauveur semble
lui avoir donné des ailes. Qu’importe : Sir Dragon saura parvenir à
ses fins, quel que soit le prix à payer.
Et
c’est ainsi que se nouent les fils des destins mêlés de Rockson et
Donan, séparés à travers le temps, mais unis dans leur volonté
de préserver le monde du pouvoir maléfique de celui qu’il faut bien
appeler le Dragon...
Du
grand Stalner, Stalner & Stalner
Je
ne suis pas un fan absolu des intégrales. En fait, comme beaucoup de lecteurs
de BD, j’apprécie autant que je redoute l’attente anxieuse d’un album inédit
d’une série dont je raffole. Ce plaisir là, malheureusement, n’existe
pas lorsque l’on met la main sur une intégrale. Et puis tous les puristes
vous le diront : on est carrément ringard quand on exhibe dans sa bibliothèque
les versions intégrales de ces best-sellers de la BD que tout un chacun
avait (bien sûr) découvert au moment de leur sortie, et pas des mois
ou des années plus tard. Bref, on passe pour un blaireau. Et bien soit !
Je veux bien passer pour ce que vous voulez après ce que je viens de lire :
ce Malheig, que j’avais magnifiquement ignoré lors de
sa première parution entre 1996 et 1998 pour son style trop réaliste,
ce Malheig que j’ai feuilleté au hasard avant de vraiment
y mettre le nez, avec cette moue du type ’à qui on la fait pas’, ce Malheig-là
donc m’a proprement scotché.
L’histoire
du destin croisé de Donan et Rockson n’est pas d’une originalité
folle mais son traitement est franchement irréprochable. Dans son découpage
scénaristique, Malheig est simplement exemplaire : chaque
tome apporte son lot de révélations et de doutes, entretenant des
soupçons changeants aussi sûrement que leurs cibles, vacillant au
gré des certitudes qui s’effondrent pour ne laisser que celle, inébranlable
et nue, de la lutte contre la tentation du mal. Le tout que constituent les quatre
épisodes de cette saga n’en ressort que plus fort, plus pénétrant,
un vrai morceau de bravoure qui évite l’écueil du "too-much"
au bénéfice d’une cohérence qui se construit pas à
pas, jusqu’à la dernière planche. De même, la composition
des planches, et l’alternance entre les aventures de Rockson et celles de Donan
sont présentées avec une rare habileté.
Et
si, graphiquement, je pensais que le frères Stalner sortaient irrémédiablement
de mon univers, je me trompais encore. Le trait réaliste de Malheig
souffre nécessairement les critiques que l’on peut opposer à cette
’école’ de la BD, mais il n’empêche qu’il sert admirablement le propos,
disposant en outre d’une composition très dynamique et intelligente. Les
perspectives et les paysages exploitent très bien le cadre écossais
choisi par les auteurs*. Au fur et à mesure des albums, les couleurs tranchées
cèdent le pas à une mise en couleurs plus nuancée, gagnée
par une sorte de brume de fin des temps, fruit de l’habile travail de A. Stalner.
La couverture inédite de l’intégrale rend d’ailleurs un vibrant
hommage à l’exotisme tout écossais de la série dont les pages
sont nourries de ces nuances gris-bleu que l’on croierait cueillies sur les sommets
cendreux des Highlands... Que cette BD fasse virer lyrique un abruti comme moi
devrait suffire à vous convaincre qu’il faut la lire. Alors quitte à
passer pour un démago, je remercie la politique d’édition d’intégrales
de Dargaud qui offre ici un merveilleux écrin à un joyau qui sent
bon le scotch, le sang et le mystère.







