L’édito sur Maurice G.Dantec
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de Maurice G. Dantec
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Maurice G. Dantec
Date de parution : janvier 2000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga

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Faut-il détester Maurice G. Dantec ?

On a beaucoup espéré de Maurice G. Dantec. Et puis depuis quelques temps, on avait fini par apprendre à s’attendre au pire. Il y a eu le final en grand n’importe quoi de Villa Vortex. Puis les élucubrations en forme de croisade sur des sites comme Ring. Enfin la rupture avec Gallimard, qui a des allures de trahison de la part de l’auguste maison, et l’interminable feuilleton éditorial qui l’a finalement amené à faire sa rentrée chez Albin Michel. Dans ces conditions, dire que le Dantec nouveau s’annonçait dans la sérénité relèverait de l’euphémisme coupable.

"Dantec a pété les plombs !" est le leitmotiv le plus ressassé ces dernières années. En quelques textes polémiques, deux journaux "métaphysiques" – chargés il est vrai – et avec un dérapage médiatique qui lui a coûté le soutien de Gallimard, Maurice G. Dantec est parvenu à devenir une sorte de parangon d’abjection intellectuelle. Il est coupable de tous les maux. De tous les mots. Et surtout des pires. A telle enseigne qu’on doit maintenant se demander pourquoi détester Dantec est-il devenu si recommandable ?

"Maurice c’est un môme de banlieue qui s’est fait chier dessus toute son enfance, alors il est toujours… " me dit un de ses vieux potes, en mimant l’attitude du boxeur. Il est toujours prêt à la pouille Maurice G. Dantec, et c’est peut-être effectivement une des clefs pour comprendre le personnage. L’instinct de survie agressif du gars qui a grandi en comprenant très vite qu’il valait mieux se faire une réputation de sale con pour ne pas se faire emmerder. Ajoutez à cela un soupçon de complexe d’infériorité de l’autodidacte, un goût prononcé pour la polémique, une posture volontiers bravache dès lors qu’il s’agit de monter au créneau et dans le regard, bien à l’abri derrière ses lunettes noires, une lueur un peu malicieuse qui dit "Je vous ai bien niqué bande d’enculés". Et c’est vrai qu’il les a bien niqués tous ceux qui ne croyaient pas en lui. Tous ceux qui "lui chiaient dessus".

Mais pour avoir un aperçu plus complet du bonhomme, il manque encore une clef. Car avant tout Maurice G. Dantec est un idéaliste. Donc un déçu. Et c’est justement ça qui le rend si intéressant.

Il croit. Profondément. Et par conséquent il ne peut qu’aspirer à mieux. D’où cette soif inextinguible d’apprendre. Presque une fièvre chez lui, qui semble vouloir tout lire, tout connaître, tout savoir. Au point de confiner parfois à la naïveté. Et parce qu’il cherche, Dantec vit. Et parce qu’il cherche, parfois aussi, il se trompe. Du moins, dans ce que sa vision du monde a de plus funeste, on aimerait qu’il se trompe. Pour tout dire on l’espère. Car après tout, comme il le dit lui-même, il n’est qu’un romancier. Pas un prophète, et le croyant qu’il est sait bien que les faux prophètes sont des imposteurs.

Or le moins que l’on puisse dire de Maurice G. Dantec, c’est que lui n’en est pas un. Il est cash ! Il a des convictions, et n’hésite pas à se battre pour elles. Elles ne sont pas à la mode, mais il s’en fout. Car il a encore la faiblesse de penser qu’il est des domaines où la mode n’a pas sa place. Tort sans doute irréparable dans notre monde d’aujourd’hui. Bien plus peut-être, aux yeux de certains, que ses débordements à propos de l’Islam ou de la déconfiture de l’Occident. Dantec aime les mots, et en use comme des armes. Il a d’ailleurs volontiers la métaphore guerrière. Et lorsqu’il il joue à faire exploser le Verbe, les dommages collatéraux ne l’épargnent pas. Il se voit parfois en terroriste, mais force est de constater qu’il lui arrive plus souvent qu’à son tour de se faire péter la gueule avec sa propre bombe, et plutôt que de provoquer le débat, il suscite la défiance, ou le rejet. Réflexe de pure défense. Dans le monde de la "métamachine" (Debord aurait dit la société du spectacle), il devient alors plus simple de ne plus faire le tri. On jette le bébé avec l’eau du bain, et du coup on oublie une chose essentielle : c’est que Maurice G. Dantec est un superbe écrivain.

En fait, Maurice G. Dantec est peut-être la seule chance que nous ayons en ce moment d’observer un grand écrivain dans son milieu naturel. Comme on observerait un lion le soir, à l’heure où les grands fauves vont boire. Un spectacle qui devient rare. Il est un homme qui vit par et pour le Verbe. Quelqu’un sur qui on s’interrogera encore pendant longtemps, parce que son parcours littéraire aura été erratique, chaotique, pleins de faux départs, d’erreurs mais aussi de grandes réussites. Parce que son œuvre aura mûri et grandi en même temps que lui. On parlera un jour de sa période ONU, avec le tatouage sur l’épaule, de sa période guérillero, avec ses voyages en Ex-Yougoslavie, de sa période catho, peut-être aussi un jour de sa période relaps, après son abjuration de foi chrétienne. Qui sait ? Mais on se souviendra de son œuvre, parce qu’elle aura été, finalement, à l’image même de la vie.

Il est recommandable de détester Dantec parce qu’il a eu l’outrecuidance de ne pas aller là où on l’attendait. De ne pas aller vers la clarté, mais plutôt vers la Lumière. On peut commodément le détester parce qu’au fond il a fait des choix qui nous déplaisent. Il a refusé d’être notre fantasme de lecteur et s’est affranchi de nous. On le déteste d’être libre. Ou peut-être simplement qu’on l’envie ? En tout cas c’est vrai : il nous a bien niqué.

Je me souviens avoir écrit ici-même, au moment de la sortie de Villa Vortex qu’un jour, Maurice G. Dantec allait se fossiliser, se dessécher, se transformer en vieux con aigri. Peut-être qu’un jour cela arrivera effectivement. Mais par bonheur, ce jour n’est pas encore là. Tant mieux.

Eric Holstein

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