L’instant Critic - Mars 2016
de Nathalie Dau et Jeff Vandermeer
aux éditions
Genre : Fantasy
Sous-genres :
  • SF

Auteurs : Nathalie Dau , Jeff Vandermeer , Mike Resnick
Date de parution : mars 2016 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
Titre en vo :

Lire tous les articles concernant Nathalie Dau ou Jeff Vandermeer

Chaque mois, découvrez les sorties à ne pas manquer avec Xavier Dollo, libraire chez Critic.

 … 2…3… c’est l’heure de L’Instant Critic !
 
Nous revoici donc, alors que le mois de mars a déjà bien vécu, pour un nouvel Instant Critic, avec plein de nouveautés à lire, à découvrir, et il faut bien l’admettre, ce mois de mars est impressionnant en terme de qualité. Voyons donc un peu ce que les libraires ont à vous proposer sur leurs étals.
 
Tout d’abord, nous avons plus que flashé sur un excellent roman de science-fiction publié Au Diable Vauvert. Il s’agit d’Annihilation, de Jeff VanderMeer, auteur réputé de la branche New Weird (Vous pourrez toujours essayer de dénicher La cité des Saint et des Fous, publié en son temps dans la regrettée collection Interstices de Calmann-Levy), qui nous revient avec le premier tome d’une série intitulée Rempart Sud. Vous découvrirez ici un roman bref mais ô combien intense, qui révèle une fois de plus la qualité de plume de l’auteur (idéalement retranscrite ici en Français par Gilles Goullet), lequel nous invite à suivre quatre femmes scientifiques, jamais nommées par leur prénom/nom mais par leur spécialisation, et appelées à explorer la mystérieuse zone X. Qu’est-ce que la zone X ? C’est bien le problème, personne ne semble réellement le savoir et les précédentes expéditions chargées de cartographier la zone ont toutes connu des fortunes diverses… folie, mort, disparition pure et simple. Et effectivement, quand le lecteur commence à suivre cette nouvelle expédition, il comprend très bien que ce monde gris, dévasté, crépusculaire, où tout paraît étrange, promet quelques indicibles découvertes. Si l’ombre des univers de Lovecraft plane sur l’ambiance du roman, il serait dommage de réduire Annihilation à un simple roman d’ambiance. L’intelligence du propos, le réalisme du personnage principal lancé dans une sorte de quête à la fois professionnelle et personnelle, l’originalité des idées spéculatives forment un ensemble à l’équilibre parfait. On ressort de cette lecture étourdi et impressionné et l’on marquera d’un grand X sur notre calendrier la date de sortie des deux prochains opus.
 
Si la SF se porte bien, il en va de même pour la fantasy. Nous vous engageons à jeter un œil sur Mage de Guerre de Stephen Aryan chez Bragelonne. Ce n’est pas à proprement parler une fantasy révolutionnaire mais, outre des personnages habilement campés et un dynamisme communicatif dans la narration, l’univers concocté par l’auteur a tout pour plaire et ne sera pas sans rappeler les meilleures pages du cycle de Drenaï de David Gemmell. Envie de vous distraire en bonne (ou mauvaise selon les pages !) compagnie, voilà un roman qui devrait vous embarquer pour une dizaine d’heures…que vous ne verrez pas défiler !
 
Nous passons à une fantasy très différente, française, qui nous a laissés admiratifs, et c’est peu de le dire. Jetez-vous… non, ruez-vous sur Source des Tempêtes de Nathalie Dau, premier volume du Livre de L’Enigme, paru aux Moutons Electriques. Si ici aussi il est question de mages (Bleus), la qualité narrative se situe à un très haut niveau. Le monde de Nathalie Dau se révèle extrêmement sensitif, et suivre ses personnages (dont Cerdric) c’est marcher dans la boue avec eux et entendre les clapotis, c’est sentir la pointe d’une épée mordre votre peau ou un souffle ardent brûler dans votre cou, c’est comprendre les joies et les souffrances qui hantent Cerdric. Nul doute que son épopée de faux élu, et par là même d’anti-héros d’une anti-quête, saura vous séduire autant qu’elle nous a séduite et impressionnée. Plus qu’un coup de cœur, Source des Tempêtes, œuvre mature d’une précision remarquable, n’est que la simple (mais éclatante) confirmation du talent de Nathalie Dau, conteuse déjà reconnue par le passé (Les Contes Myalgiques, ed. Griffe d’Encre) et lauréate d’un prix Imaginales. Enfin, pour les puristes, si une partie de ce roman a déjà été publié ailleurs, il paraît utile de préciser qu’une dizaine de chapitres supplémentaires viennent compléter ce premier tome. Les lecteurs d’origine devraient donc y trouver leur compte.
 
Très vite, nous vous engageons à jeter un œil sur un feuilleton qui commence à paraître dans la nouvelle collection OutreFleuve des éditions Fleuve (plus Noir). C’est du post-apocalyptique, ça s’intitule Yesterday’s gone (de Sean Platt et David Wrigth). Pour la petite histoire, c’est de l’auto-édité en numérique aux Etats-Unis, ça cartonne visiblement et il faut admettre que le format feuilleton fonctionne bien, ici. Si l’univers post-apo ne présente rien de foncièrement original, quelques personnages sortent du lot de ces deux premiers épisodes un peu farfelus. C’est comme la série du dimanche : on sait que ce n’est pas spécialement la meilleure, mais c’est pourtant celle-là qu’on regarde d’un œil tolérant. Bref, les deux premiers épisodes, bien troussés, se lisent comme du petit lait et nous font passer un agréable moment le soir avant d’aller dormir, la tête légère, prête à accueillir de jolis rêves.
 
Chez ActuSF, un de nos chouchous, Mike Resnick, revient avec L’infernale comédie, réédition de trois titres traduits par Luc Carissimo, Paradis, Purgatoire, Enfer. Il y a incontestablement du Jack Vance dans cette série essentielle qui plaira aux amateurs de planètes exotiques et d’aventures. Et comme Resnick est un excellent conteur… vous voyez ce qu’il vous reste à faire ?
 
En parlant de Jack Vance, signalons que l’intégrale du cycle de Tschaï reparaît enfin chez J’ai Lu, dans la collection Millénaires, avec une super couverture de Caza, bien sûr. Dire que l’on a hâte de refaire un brin de route avec Adam Reith est un euphémisme !
 
Enfin, en poche, ne ratez pas la suite et fin des aventures de Tancrède et Albéric sur Akya du Centaure. Nous parlons bien entendu de Dominium Mundi livre II, de François Baranger, paru chez Pocket ce mois-ci, donc. Cette fois, les croisés sont sur la planète et la confrontation avec les Atamides, le peuple local, se rapproche dangereusement. Un must du space-opera français de ces dernières années ! Toujours chez Pocket, vous pouvez – vous devez – acquérir La Maîtresse de Guerre, de Gabriel Katz, au moins pour son excellent personnage féminin, Kælyn, sinon parce qu’il s’agit tout simplement d’une histoire pleine d’aventures qui décoiffent ! Et pour finir, deux romans importants d’Ayerdhal sont réédités au Livre de Poche, Chroniques d’un rêve enclavé et Demain une oasis, soit une fantasy qui sort des sentiers battus et un roman d’anticipation sociale qui, loin de vieillir, prend tout son sens ces dernières années.
 
Voilà, amis des Littératures de L’Imaginaire, comme vous le voyez, un mois très dense en mars. Et encore, nous avons été mis face des choix cornéliens. Alors, cette fois-ci, nous rajoutons dans cette conclusion quelques titres dont nous aurions aimé parler : Les Vandales du Vide (Vance, ed. Du Belial), Les Jardins Statuaires (Jacques Abeille, Tripode), Les Magiciens (Lev Grossmann, ed. L’Atalante), Les Chant de Felya (Laurent Genefort, Livre de Poche) ou encore L’intégrale du Monde du Fleuve (Farmer, Mnemos) et Notre île sombre (Priest, Folio). Bon, vous êtes prévenus, si vous passez chez votre libraire ce mois-ci, il y a de fortes chances pour que votre compte en banque prenne un sale coup.
 
A bientôt !
Xavier et Simon.