de Bruno Maïorana et Alain Ayroles
aux éditions Delcourt ,
collection Terre de légendes
Scénariste :
Alain Ayroles
Dessinateur :
Bruno Maïorana
Couleurs :
Thierry Leprévost
Date de parution : juin 2002
Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 48
Titre en vo : 1
Lire tous les articles concernant Bruno Maïorana ou Alain Ayroles
Une fin en apothéose
Bruno
Maïorana, dessinateur de son état, a fréquenté les Beaux-Arts
d’Angoulême, travaillé dans le dessin animé et adore les jeux
de rôles. S’il
était avant un grand lecteur de BD, il préfère aujourd’hui
éviter toute influence, tout en restant fidèle à Franquin
et surtout Moebius qu’il adule. Garulfo est sa seule Bande Dessinée
connue. Il a un style à la fois personnel et malléable lui permettant
dès lors de passer de cases proches du cartoon à des cases très
stylisées, tirant vers l’enluminure comme a pu le dire Ayroles.
Alain Ayroles est un scénariste hors pair, ses histoires sont des ovnis
dans le panorama actuel de la Bande Dessinée. Les histoires qu’il invente
sont drôles, innovantes et surtout intelligentes. En 1990, il sort diplômé
des Beaux-Arts d’Angoulême. Il se lance alors dans le dessin animé.
Puis suivront différentes collaborations avec des revues de la presse
spécialisée telles que Racaille, Rackham ou bien encore Yéti.
Grand fan de jeux de rôles (çà commence à être
très courant chez les auteurs de Bande Dessinée !), il a écrit
beaucoup de scénarios, notamment pour L’Appel de Cthulhu, et considère
que c’est une très bonne école. La série De
Cape et de Crocs, publiée chez Delcourt et dessinée par
Masbou, est née d’un jeu de rôles qu’il avait lui-même créé,
Contes et Racontars. Cette incroyable BD se situe au XVIIème siècle
et est truffée de références littéraires, des Fables
de La Fontaine, à travers l’univers où se côtoient hommes
et bêtes, à la comédie moliéresque, en passant par
le détournement parfois osé de citations de Baudelaire, Hugo et
bien d’autres. Toujours chez Delcourt, il fait paraître Garulfo en
collaboration avec Maïorana.
C’est connu, jamais deux sans trois
: le coloriste Thierry Leprévost a lui aussi fait les Beaux-Arts d’Angoulême
et a de même travaillé dans le dessin animé. Il a participé
à la fondation de la revue Ego Comme X. Son travail participe pleinement
au succès de cette série.
Un dernier tour de piste.
Et voilà le sixième et dernier tome tant attendu qui clôt
la série. Garulfo, la grenouille et Romuald, le prince vont-ils enfin réintroduire
leur corps respectifs ? Mais avant cela, sortiront-ils vivants du duel à
mort contre le chevalier Valdemort ? La sorcière jouera-t-elle un bon ou
un vilain tour ? L’ogre qui a miraculeusement échappé à la
haine des chevaliers partis le tuer, se transforme en bête sanguinaire et,
fou de rage et de tristesse, attaque la princesse Héphylie qu’il croît
responsable de la trahison. Comment tout cela va-t-il finir ? Un indice : c’est
un conte de fée…
Ils sont venus, ils sont tous là...
Tous les personnages sont présents pour cet ultime album. Ayroles
sait clore une série, ce qui n’est pas toujours le cas chez tous les auteurs
de BD, et il finit en apothéose. Garulfo est un conte, un vrai,
qui fait appel à notre imagination et à l’enfant qui sommeille encore
en chacun de nous. Ayroles nourrit sa série de toutes ces histoires que
nous lisions petits et qui restent gravées dans notre mémoire. Ce
dernier tome n’échappe pas à la règle et les mises en abyme
sont nombreuses : Le Petit Poucet, Blanche Neige, Le Chat botté…
Comme tous les contes, Garulfo a pour vocation de faire connaître
le monde et ses dangers, l’homme et ses vices, à travers le prisme d’un
personnage naïf, ici un Candide version batracien. Ayroles fait preuve d’une
imagination sans faille et parvient sans cesse à surprendre le lecteur
dans un genre pourtant ancien. Entre parodie et volonté de produire un
véritable conte, il fait de son histoire un petit bijou. Tous les
ingrédients sont là, prince, princesse, sorcière, ogre, chevaliers,
tournoi, métamorphoses… et le lecteur ne se lasse pas de tous ces éléments
que l’on croyait éculés et à qui ce scénariste donne
un nouveau souffle. C’est sans parler de l’humour qui court dans ces pages, comme
la planche 26 qui est extrêmement drôle. C’est vieux comme le monde
mais on rit toujours autant. La verve d’Ayroles joue une fois encore sur plusieurs registres, et le comique naît de ces différences de niveaux
de langue entre le parler soutenu et la langue familière contemporaine.
Pourtant, cet album par rapport aux autres est plus tendu et a des accents plus
tragiques avec le retournement de l’ogre et la mort de la Princesse Héphylie.
Le dessin de Maïorana s’adapte parfaitement au scénario
dans une incroyable osmose. Passant du style cartoon à des dessins beaucoup
plus travaillés, il met en exergue les différents temps de la narration
et retranscrit parfaitement les moments de tension comme les moments d’allégresse.
Maïorana offre au lecteur quelques scènes d’anthologie comme ce duel
bondissant entre le Lutin et Romuald ou bien encore la case de la planche 37 où
l’on voit Héphylie tomber. Son dessin, très dynamique, ne laisse
aucun temps mort dans ce dernier album. Le merveilleux est présent même
dans les pages les plus sombres. Il faut aussi rendre hommage à Leprévost
pour la mise en couleurs, les scènes d’intérieur éclairées
par des lumières artificielles sont particulièrement bien rendues.
En bref, une Bande Dessinée innovante, drôle, intelligente et décalée.
Que demande le peuple ?


