La Citadelle des ombres
( La Citadelle des ombres 4 )
de Robin Hobb
aux éditions Pygmalion ,
collection Fantasy
Genre : Fantasy

Auteurs : Robin Hobb
Traduction : Arnaud Mousnier-Lompré
Date de parution : janvier 2007 Inédit
Langue d'origine : Anglais UK
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 1144
Titre en vo : The Tawny Man

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La fin d’une grande épopée…

Robin Hobb, de son vrai nom Margareth Lindholm, a déjà écrit plusieurs cycles de fantasy dont la plupart sous le nom de Megan Lindholm. Mais c’est sous ce nom masculin et avec cette longue saga qu’est La Citadelle des ombres qu’elle s’est imposée comme une référence de la littérature de fantasy. Ce tome 4 contient les quatre volumes déjà parus séparément : Serments et Deuils, Le Dragon des glaces, L’Homme noir et Adieux et Retrouvailles et clôture la saga.

Aventures en terre hostile

Pour obtenir une paix durable dans les Six-Duchés, la reine et son conseiller Umbre envisagent les fiançailles du jeune prince héritier Devoir avec une princesse des îles d’outremer. Ils espèrent écarter ainsi, en jouant sur l’engouement économique que provoquerait cette alliance, les risques de guerre civile que les affrontements entre vifiers (personnes douées d’une magie, communément méprisée, leur permettant de communiquer télépathiquement avec les animaux) ont rendue de plus en plus menaçants. Fitz Chevalerie a accepté d’accompagner le Prince Devoir et sa future fiancée, la narcheska Elliania, héritière de l’un des clans les plus influents des îles d’outremer dans son pays natal. Il abandonne le fou derrière eux pour le protéger contre une mort qu’il a lui-même annoncée : selon ses visions, s’il se rend sur l’île d’Alesjval, il sera tué. Au beau milieu des intrigues diplomatiques, Fitz, grimé en simple soldat, doit soutenir le prince dans sa quête pour offrir la tête du dragon Glasfeu à la maison mère de la narcheska. Ainsi le prince doit prouver sa valeur aux yeux de sa future reine des Six-Duchés. En route pour l’île sinistre et froide d’Aslevjal, les mystères et la mort planent sur tous.

Le temps des adieux

Le monde des Six-Duchés et de Fitz est si vivant que lorsqu’on ouvre La Citadelle des Ombres, on a toujours un peu l’impression de retourner chez soi… Les magies de Fitz sont présentées de façon si naturelle et ses côtés anti-héros, ses doutes et ses échecs en font un personnage bien plus réel et attachant que n’importe lequel des super-héros invincibles. C’est toujours un vrai bonheur de le retrouver.

C’est là le véritable trésor de Robin Hobb : d’avoir réussi à créer ce personnage complexe et profondément humain. Fitz provoque chez nous tour à tour de la sympathie, de la compassion mais aussi de l’agacement et du mépris. Il n’est pas parfait et, comme tous les personnages principaux de cette saga, il a une vraie profondeur, il est crédible. L’auteur a su ne pas abuser des artifices de la fantasy pour favoriser les rapports humains et la psychologie de ses personnages par rapport aux démonstrations de magie spectaculaires et finalement, un peu superflues.

Le monde décrit dans la citadelle des ombres est à l’image des personnages qui l’habitent : cohérent, crédible dans ses paysages et complexe dans ses rapports de forces géopolitiques. Ici, pas de visions manichéennes ! Il n’existe que des peuples qui essaient de préserver leurs intérêts stratégiques et économiques.

Ce quatrième tome est tout de même extrêmement marqué par la solitude. Le fantôme du loup œil-de-Nuit plane souvent sur la vie de notre héros et Fitz est visiblement moins impliqué émotionnellement dans ses relations avec les autres personnages que dans les tomes précédents, depuis que son compagnon de vif est décédé. En cela, il donne plus l’impression de subir les événements que d’influer sur ce qui l’entoure pendant une grande partie de ce tome.

Certains seront probablement déçus par la fin. Mais comment ne pas être un peu déçu lorsque l’on doit quitter un personnage que l’on a suivi depuis sa petite enfance. Et puis, il était vraisemblablement impossible que cela se termine différemment. C’est un peu une fin en feux d’artifice suivi d’un long épilogue. On regrettera cependant que certaines disparitions soient vécues avec trop de détachement, un peu trop expédiées.

Avec cette fin, la boucle est bouclée… Toute l’histoire depuis L’Apprenti Assassin, prend un relief nouveau comme si les vies de tous les personnages se justifiaient finalement dans cet événement, dans ce destin imaginé par le fou.

Les plus belles épopées ont toujours une fin et c’est tout de même avec un petit pincement au cœur que l’on fait nos adieux au bâtard de Castelcerf.

Stéphanie Morello-Fenouillet