La Couronne des Ombres
( Les Chroniques de la Lune noire 6 )
de Cyril Pontet et François Froideval
aux éditions Dargaud
Genre : Fantasy

Scénariste : François Froideval
Dessinateur : Cyril Pontet
Couleurs : Isabelle Merlet
Date de parution : septembre 1995 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 48
Titre en vo : 1

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Du renouveau dans les dessins

Quinze ans après la sortie du premier tome des Chroniques de la lune noire, devenue depuis l’une des valeurs sûres du box-office de la BD d’heroic-fantasy, ActuSF revient sur l’histoire controversée d’une série qui n’en finit pas de se poursuivre. Pour l’occasion, nous avons choisi de scinder artificiellement les neuf premiers volumes de cette série en deux époques, marquées par deux dessinateurs différents.

La deuxième époque n’est en fait pas achevée, mais vous pouvez retrouver les chroniques des épisodes les plus récents dans les archives d’ActuSF, dont le tome 10 : L’Aigle foudroyé, et le tome 11 : Ave tenebrae. Dans cet article, nous revenons sur les tomes 6 à 9 de la série, soit les quatre premiers tomes dessinés par Cyril Pontet. Cet inconnu de la BD (en 1995) n’a pas eu la part facile de succéder à Olivier Ledroit pour une série d’heroic-fantasy franchement orientée vers l’épopée.

Les 3 B : baise, baston et branlette de mouche

On avait laissé Wismerhill bien esseulé à la fin de La Danse macabre, des suites de la défaite de la lune noire face aux forces réunies de l’empereur et de ses séides. Dans La Couronne des ombres (Cdlln -6), le héros se voit confier le commandement des restes de la lune noire par Haazhel Thorn qui veut profiter de l’avantage que tout le monde le pense mort. Ce tome marque donc le retour au calme et à certain ordre, durant lequel Wismerhill apprend la vie de château. De son côté, l’empereur de Lhynn panse ses blessures, tandis que ses féals se séparent sur un sentiment de rancoeur et d’épuisement. Wismerhill profite de cet éclatement des forces de l’empire et depuis son fief de Moork, il repart à la conquête pour la lune noire.

De Vents, de jade et de jais (Cdlln -7) nous narre comment Wismerhill va endormir la vigilance de l’empereur en se présentant comme un loyal vassal de sa majesté. Ainsi, il a tout le temps de se convertir à la prêtrise de la lune noire et de lier plus intimement son destin aux sombres projets de Haazhel Thorn. Pendant ce temps, l’empereur aura à faire face à de nouveaux ennemis : les nouveaux renégats que sont les chevaliers de la lumière et leurs alliés les seigneurs des dragons ne connaissent aucune trève et comptent bien mener à bien leur plan initial et destituer cet empereur qu’ils ne reconnaissent plus.

Mais Wismerhill ne reste pas inactif pour autant. Son attaque contre une ancienne nécropole se solde par un échec. Le Glaice de justice (Cdlln -8) montre comment l’alliance de Wismerhill avec la lune noire va sauver l’impétueux baron d’un désastre total. Mais en définitive, Wismerhill et ses alliés quitteront la nécropole encore plus riches et plus puissants qu’ils l’avaient abordée. Aussi, vaincus par les forces des chevaliers de la justice, Fratus et ses derniers fidèles sont contraints de rallier la cause de Wismerhill.

Dans Les Chants de la négation (Cdlln -9), Wismerhill prépare ses troupes pour affronter l’empereur affaibli, et désespérément isolé. Fort de son alliance avec la lune noire, de celle avec Fratus et ses troupes, et des ses artisans nains, Wismerhill s’est constitué une armée irrésistible. Mais afin de se rendre quasiment invincible, Wismerhill accepte l’offre d’Haazhel Thorn de faire de lui le premier de ses seigneurs de la négation. C’est une force aussi impressionnante que disparate que Wismerhill mène pour marcher sur l’empire de Lhynn...

Mon dieu, abrégez ses souffrances...

Cyril Pontet a su faire illusion l’espace d’un album. Dans La Couronne des ombres, il donne le change à un Ledroit lassé des Chroniques de la lune noire. Dans ce tome plus politique que guerrier, on est surpris par le renouveau de la série qui se présente sous un jour différent, faisant des mercenaires d’hier les souverains d’aujourd’hui et des vassaux d’antan de nouveaux parias. Le déclin du dessin de Pontet est progressif : encore de bonne tenue dans le tome 7, il devient parfaitement indigeste par la suite.

Cet écart impardonnable n’est que la partie émergée de l’iceberg. Les Chroniques de la lune noire, à partir du tome 7 s’enferment définitivement dans un schéma guerrier avec guère plus d’un évènement par volume, de sorte que le propos de Froideval s’éternise dans des atermoiements et des répétitions dont on se serait bien passés.

Poussant l’hypocrisie jusqu’à laisser Ledroit illustrer les couvertures d’une série qu’il ne dessine plus, Dargaud espère sans doute maintenir le plus longtemps possible les ventes d’un cycle qui a conquis un large public avant de s’effondrer sous la faiblesse de ses fondations scénaristiques. Et tandis que Ledroit livre des couvertures somptueuses, le trait de Pontet se fait plus insipide à chaque nouvelle case. L’arrivée, pour le tome 9, d’un nouveau coloriste (Christian Favrelle qui remplace Isabelle Merlet qui officiait pour la série depuis le tome 4) ruine les derniers espoirs associés à cette série : le peu de l’esprit initial qui animait les aventures de Wismerhill s’éteint définitivement pour céder la place à une série d’heroic fantasy sans aucune envergure en plus d’être tout simplement laide. On a connu Froideval plus inspiré et bien mieux accompagné. Gageons qu’il ne s’éternisera pas en ces sombres royaumes.

Laurent Deneuve

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