La Fenêtre de Diane
de Dominique Douay
aux éditions Les Moutons électriques ,
collection La Bibliothèque voltaïque
Genre : Science Fiction

Auteurs : Dominique Douay
Couverture : Sébastien Hayez
Date de parution : septembre 2015 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 300
Titre en vo :


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Une SF française à l’ombre de P. K. Dick

Auteur-phare de la science-fiction française dans les années 1970-80 - il reçut notamment, à deux reprises, un Grand Prix de l’Imaginaire, en 1975 pour sa nouvelle "Thomas" et en 1989 pour son roman Les voyages ordinaires d’un amateur de tableaux, Dominique Douay nous revient, après un trop long silence, avec une belle SF écrite à l’ombre de Philip K. Dick. 
 
Voyages protéiformes
 
Imaginez une planète Livre, consignant entre ses pages-galeries toutes les Terres parallèles composant la Protée. Les voyageurs imprudents qui tenteraient de sauter d’une section à l’autre se transformeraient en fantômes : seul un être, Gabriel Goggelaye, aurait le pouvoir de percevoir toutes ces Terres potentielles, de faire basculer le destin de ces individus et d’altérer leurs réalités.

Déclencheur de possibles, centre fixe d’un monde se réinventant sans cesse, Goggelaye déplie pour nous, par segments, sa vie d’être humain banal se découvrant, avec étonnement, un don singulier de voyageur à travers le temps, l’espace et les vies de ceux qu’il croise.

À l’ombre de Philip K. Dick
 
Comment ne pas penser à l’auteur d’Ubik en découvrant cet univers qui procède par glissements de réalité(s) ? Les personnages y sont comme des visions furtives hantant les profondeurs du Livre, des psychés en mal de destinées qu’il faut réorienter. Leurs aventures paranoïaques semblent se réinitialiser comme autant de mémoires neuves et de réalités possibles au fur et à mesure que les pages glissent entre les mains du lecteur.

C’est une vision non linéaire de la lecture que nous offre Dominique Douay : son Livre est un récit d’embuscades littéraires fragmentaires, une fiction irréelle, qui fait d’une existence entière le centre vertigineux d’un monde en mutation perpétuelle.

Son écriture, complexe mais fascinante, déroutera certainement bien des lecteurs : elle fonctionne comme un puzzle réinventant sans cesse ses contours. Certains paragraphes s’interrompent abruptement, d’autres bouclent pour mieux souligner certains choix narratives ; certaines phrases se chevauchent, pour faire percevoir l’entremêlement de certaines réalités, d’autres finissent par s’emboîter, casse-tête révélant tout à coup sa cohérence interne.

Tous ces ajustements stylistiques perpétuels font expérimenter au plus juste le cœur de l’existence de Gabriel Goggelaye, dans toute sa singularité de voyageur percevant les trames de vies passées, futures et alternatives de ceux qu’il croise.

Étourdi, le lecteur finit par partager avec lui l’impression de vivre une étrange folie, qui l’exalte autant qu’elle lui fait ressentir sa petitesse face aux extraordinaires potentiels de la Protée. Confronté au champ des possibles interprétations, cœur actif d’un récit qui le challenge intellectuellement et humainement, le lecteur se voit, tel Gabriel Goggelaye, offrir la possibilité de s’extraire de l’habituelle banalité d’une majorité de lectures qu’on lui offre pour se créer son propre destin de déchiffreur et créateur singulier.

Souhaitons-lui d’embrasser ce parcours de lecture alternatif ! 

Julie Proust-Tanguy