La Forêt des Mythagos (et Lavondyss)
( La Forêt des Mythagos 1 )
de Robert Holdstock
aux éditions Folio SF
Genre : SF

Auteurs : Robert Holdstock
Couverture : Guillaume Sorel
Traduction : William Desmond
Date de parution : septembre 2004 Inédit
Langue d'origine : Anglais UK
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1

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"Nous sommes transportés dans une autre dimension, une dimension faite non seulement de paysages et de sons, mais aussi d’esprits. Un voyage dans une contrée sans fin dont les frontières sont notre imagination...

... Un voyage au bout des ténèbres où il n’y a qu’une destination : la Quatrième Dimension". Ces mots de Rod Serling qui introduisaient chaque épisode de la série culte reflètent à merveille ce que le lecteur va découvrir dans ce cycle méconnu.

En France, malgré de nombreux pseudonymes, dont Richard Kirk que le public a connu chez Albin Michel avec sa série Raven (collection Epées et Dragons), Robert Holdstock était jusqu’ici très discret. Tout d’abord, La Forêt des Mythimages, premier opus de cette intégrale, est paru aux éditions La Découverte, puis fut repris chez Denoël dans la collection Présence du Fantastique nouvellement créée. Denoël publia deux suites : Lavondyss et Le Passe-broussailles (chacune scindée en deux volumes, ceci compliquant la tâche au lecteur qui voulait se perdre dans les méandres du bois Ryhope). C’est avec ces deux impressionnants pavés que Lunes d’encre, dans sa reprise d’intégrales (après Hamilton, Dick, Pagel et Moorcock), nous offre à nouveau la possibilité de découvrir les mystères que recèle La Forêt des Mythimages. En plus des trois romans déjà publiés, le lecteur y trouvera deux inédits : La Femme des neiges et La Porte d’Ivoire.

Près de 1500 pages pour renouer avec nos mythes les plus anciens

Dans un endroit perdu de la campagne anglaise, il existe une forêt incommensurablement vieille qui fascine George Huxley. En effet, celle-ci recèle bien des mystères : non seulement il paraît impossible de la traverser de part en part, dès lors que l’on s’enfonce dans les profondeurs les plus sauvages, on revient très vite sur ses pas ; mais en plus, le temps lui-même semble s’écouler différemment au coeur de celle-ci. Ajoutez à cela une multitude d’habitants pas toujours humains et apparemment tout droit sortis de nos contes et légendes, et vous comprendrez pourquoi Georges Huxley vouera sa vie à la compréhension de ceux qu’il a nommés Mythimages. Les cinq romans sont centrés autour de la famille Huxley ou de leurs amis proches qui, un jour ou l’autre, se perdront dans ces bois magiques.

Un grand cycle injustement méconnu

Tour à tour berçant, puis envoûtant et malgré quelques longueurs, notamment dans les digressions de Lavondyss, cet ensemble de textes possède une ambiance unique. Le lecteur sortira de la forêt avec l’intense frustration de ne pas savoir exactement ce que sont devenus bien des personnages. Ce qui, en soi, est une preuve de l’attachement que l’on éprouve pour eux. Parfois, d’une lecture ardue à partir de Lavondyss, l’auteur nous emmène jusqu’aux origines des mythes, puisant leur source dans notre inconscient collectif et notre passé commun. La forêt des Mythimages est un lieu où les rêves prennent vie. Cette réalité nouvellement créée interagit alors sur leur créateur jusqu’à ce que, personnes et personnages, faits et rêves deviennent inextricablement emmêlés. Holdstock manie les voyages au travers de la réalité mais aussi dans le temps avec brio : dans Lavondyss ; il nous offre plusieurs boucles temporelles aussi inattendues qu’originales.

Récompensé très justement par le Grand Prix de l’Imaginaire

Réflexion sur les mythes, bien sûr, leurs origines et la façon dont ils nous parviennent, mais aussi leur déformation avec le passage du temps et leur oubli. Plus profondément, on peut y voir une métaphore sur la création littéraire, surtout dans le domaine de l’imaginaire. En effet, la SF, la fantasy et le fantastique sont des éponges à influences. De Dan Simmons, qui avec Hypérion fait du poète John Keats un de ses personnages principaux, à Zelazny, qui s’est abreuvé de toutes les mythologies, en passant par Resnick, qui s’inspire de l’histoire coloniale du Kenya, du Zimbabwe et de l’Ouganda pour sa trilogie Paradis, Purgatoire, Enfer.

Mais que devient la source de leur inspiration ? Holdstock nous fournit bien des pistes :
«  - Mais les histoires sont fragiles. Fragiles comme la vie des gens. Il suffit d’un simple mot pour les affecter à jamais. Si vous entendiez un air ravissant et que vous le changiez, le nouvel air sera peut-être aussi ravissant, mais vous aurez perdu le premier.
- D’accord, mais si je m’en tiens au premier, je perdrais forcément le second. 
 » *

A savourer

Holdstock, en érudit, nous offre un ensemble de textes intelligents et complexes qui demande au lecteur une attention soutenue. Un conseil : lisez cette oeuvre en faisant des pauses entre chacun des cinq volumes afin que les longueurs ne deviennent pas trop rébarbatives. Mais ne traînez pas trop entre chaque volume car le moindre détail y a son importance pour la compréhension entière du récit. A l’instar de Dune, La Forêt des Mythagos est une oeuvre qu’il faut mériter.

Et à méditer

Discrètement, Robert Holdstock hisse la série des Mythagos aux côtés des plus grandes fresques fantastiques ou de fantasy. De longues heures de lecture et de méditation en perspective avec l’espoir que très vite Holdstock fera mentir cette intégrale en nous racontant – qui sait ? – ce que sont devenus Steve, Harry et Tallis dans un nouveau roman. A découvrir absolument.


* in Lavondyss

Xavier Vernet

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