La Stratégie de l’ombre
( 5 )
de Orson Scott Card
aux éditions L’Atalante
Genre : SF

Auteurs : Orson Scott Card
Couverture : Gess
Traduction : Arnaud Mousnier-Lompré
Date de parution : septembre 2001 Inédit
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 1
Titre en vo : Ender's Shadow
Cycle en vo : Guin Saga

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Comme un goût d’on-y-revient…

Dans son avant-propos, Orson Scott Card cherche lui-même le terme adéquat pour définir sa démarche, et arrive finalement à celui de "parallaxe". En télévision on appellerait ça un spin-off : on prend le second couteau d’une série bien connue et on en fait le protagoniste principal d’une nouvelle. Le procédé, vous le comprenez, comporte de nombreux avantages. Essentiellement commerciaux. Un autre aspect de la démarche qui n’a pas, non plus, échappé à la sagacité de l’écrivain, puisque dans ce même avant-propos, il revient sur les raisons du succès de La Stratégie Ender. Un succès, selon lui, qui tient en grande partie au fait que les héros en soient des enfants. Raccourci finalement assez élégant. Parce que, ce qui plaît chez Ender, c’est que tout ça vous a un petit goût de bites au cirage et de pieux en cathédrale, qui vient forcément titiller le chromosome kaki de héros qui sommeille dans le génotype de tout petit garçon.

Les aventures de Bean, le compagnon d’Ender

C’est donc le caleçon tout plein de testostérone, que l’on revient sur les sentiers balisés de La Stratégie Ender, mais cette fois-ci pour y suivre les aventures de Bean, le bras-droit gnomique du gamin xénocide le plus connu de l’histoire de la science-fiction.

Je ne vous refais pas l’histoire, vous la connaissez. Exception faite de la première partie, c’est la même. Et pourtant on ne boude pas son plaisir. Tout d’abord parce que La Stratégie Ender est un excellent livre, et que c’est avec un frisson de gourmandise anticipé que l’on s’attaque à La Stratégie de l’Ombre. Et puis aussi, parce que la démarche du spin-off est suffisamment insolite pour attiser notre curiosité. Orson Scott Card nous accroche sans coup frémir. Il tord la réalité de son premier roman, pour la remettre à la taille de son petit héros, qu’il a transformé en génie presque inhumain. Mais en formidable conteur qu’il est, il parvient à nous le rendre attachant. Pour un peu, on s’émerveillerait presque de se faire rouler dans la farine une seconde fois, et qui plus est par les même procédés dramatiques. Tout ça fonctionne diablement bien.

Quelques réserves

On pourra, bien entendu, émettre les mêmes réserves que par le passé. Trouver malsain cette guerre menée par des enfants, voir dans cette apologie de l’élitisme tout ce que l’Amérique a de plus idiot. Et comme par le passé on pourra y objecter que les dessins de Card y sont tout autres. En fervent mormon, il ne peut manquer de faire du prosélytisme. Et si la forme reste par moment naïve, si elle s’habille d’une psychorigidité presque cadavérique, que, par affection pour l’auteur, on préfère ne pas trop voir, les intentions, elles, restent pures. Cette relecture de La Stratégie Ender se nourrit des suites qu’il a donné, pour enfoncer le clou une fois de plus. La Stratégie de l’Ombre, plus encore que son prédécesseur, tente de nous apprendre que le respect de la différence passe en premier lieu par l’acceptation de soi. Noble cause…

Eric Holstein

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