La Trilogie Divine
( 1 )
de Philip K. Dick
aux éditions Denoël ,
collection Lunes d’encre
Genre : SF

Auteurs : Philip K. Dick
Couverture : Benjamin Carré
Date de parution : février 2002 Inédit
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga

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La Trilogie Divine rassemble quatre romans de Philip K. Dick réalisés en pleine période "mystique" sur la fin de sa vie. Attention, attendez-vous à lire quatre Dick complètement différents du reste de son oeuvre

Philip K. Dick fait partie des gens dont la vie ressemble à un roman. Et les dernières pages furent celles qui sans doute, alimentèrent le plus son mythe. Ecrits sur la fin de sa vie, les romans qui composent cette intégrale (au fait, il s’agit d’une tétralogie et non d’une trilogie, Radio Libre Albemuth, étant un livre posthume) mélangent mysticisme, intrigue et autobiographie. De nombreux fans furent désorientés par ces livres, si différents d’UBIK ou du Maître du haut château. Pour autant, l’histoire des 4 bouquins ne se suit pas. Ils sont indépendants, bien que liés sur le plan thématique. En voici un rapide aperçu

Siva

Horselover Fat a des ennuis ! Depuis quelques temps, sa santé mentale est un peu bousculée par un mystérieux rayon rose, qu’il reçoit en pleine tête. D’un seul coup, il emmagasine de nombreuses informations, dont par exemple, la malformation congénitale de son fils, problème insoupçonné des médecins jusque-là. Ces expériences mystiques sont bien sûr très troublantes, et Fat va tenter de trouver une explication en élaborant de nombreuses hypothèses. Est-ce Dieu qui lui parle directement ? Ou bien est-il victime d’une expérience soviétique ? Pourquoi pas les extraterrestres tant qu’on y est ? Et après tout, pourquoi pas ? Siva fait donc état de cette recherche, qui conduira Fat et les amis qu’il a entraînés avec lui, dans une bien étrange aventure. La vérité est peut-être au bout du chemin.

C’est un livre beaucoup moins ardu d’accès que l’on pourrait le croire. Ce n’est certes pas de la science fiction traditionnelle avec des vaisseaux spatiaux par exemple. Pour autant, ce n’est pas inintéressant. On voit ici Dick jeter un œil ironique sur toute une partie de sa vie avec les aventures de Fat, qui n’est que la projection de lui-même. Il s’inclut d’ailleurs dans le récit, en étant l’un des amis du héros. Mais, notre auteur ne s’en tient pas seulement à une histoire autobiographique, il va plus loin et romance la suite. D’ailleurs, il vaut mieux s’en tenir à cette idée-là et prendre Siva comme un simple roman, sur un homme qui cherche à résoudre ses problèmes.

L’invasion Divine


Il s’agit ici d’un véritable roman de science fiction. Un homme, Herb, doit accompagner une femme gravement malade sur Terre. Seulement voilà, celle-ci est enceinte du fils de Dieu, revenant ainsi incognito sur la planète originelle pour la délivrer du mal. Mais, cela ne sera aussi simple. Sa mère mourra lors de l’accouchement, et son père (Herb, l’accompagnateur) sera congelé après un accident, dans l’attente d’un rein. Dieu, qui d’ailleurs est en partie amnésique, devra donc grandir et se débrouiller presque tout seul, avec son oncle Elias. Le combat n’est donc pas gagné d’avance.

Le grand thème de ce livre est une fois encore une certaine recherche du Divin. Néanmoins, ici, pas ou peu de considérations autobiographiques, c’est un véritable roman. Dick prend son problème à bras le corps en mettant en scène le retour de Dieu sur Terre, et son affrontement avec le Bélial (le mal). Beaucoup de dialogues, beaucoup de questionnements dans ce roman qui se lit facilement. On y trouve même un certain retour avec une problématique plus ancienne : qu’est-ce que le réel ?

La transmigration de Timothy Archer


Dick a connu vers la fin des années 60 un bien étrange prélat. L’évêque de Californie avait la particularité d’avoir un fils et une maîtresse. Malheureusement, en quelques mois, tous trois connaîtront une fin tragique. La transmigration de Timothy Archer nous raconte l’histoire de cet évêque, entre le jour où il rencontre sa maîtresse, et le jour de sa mort. Dick se glisse ici dans la peau d’une jeune femme, mariée au fils du prélat.

C’est peut-être le roman le plus ardu de la tétralogie. Il est sombre, austère, en partie autobiographique et n’a rien, mais alors vraiment rien à voir avec la science fiction. On navigue entre les suicides et les rencontres de la jeune femme et de l’évêque. Bref, c’est pas très gai. A noter que Spinrad considère ce roman comme le testament littéraire de Dick (cf Regards sur Philip K.Dick, aux éditions Encrage). Enfin, il le trouve aussi très drôle et pense que Dick se moque beaucoup de lui-même. Là, honnêtement, il faut certainement avoir bien connu l’auteur pour épouser son opinion.

Radio Libre Albemuth

Ce livre a une histoire. En fait, il a été écrit avant Siva, comme un complément à Coulez mes larmes dit le policier, mais, l’éditeur américain de Dick n’en n’a pas voulu. Du coup, plutôt que de le retravailler, celui-ci l’a donné à Tim Powers, qui le conservera jusqu’à sa mort. Plus tard, le manuscrit sera publié. Ce n’est donc pas le dernier livre de Dick. Il se place juste avant Siva, ce qui explique peut-être la proximité entre les deux bouquins. On y retrouve un personnage, Nicholas Brady, qui fait l’expérience du rayon rose. Mais très vite, il comprend que c’est un coup d’extraterrestres bienveillants qui n’ont d’autres buts que de destituer le président autoritaire des Etats Unis, Ferris F. Fremont, l’image du mal absolu (d’ailleurs ses initiales forment le chiffre 666, c’est dire...). Tout ne devient pas évident pour autant. La police politique du président sème la terreur, encourage à la délation et assassine à tour de bras. Avec son ami, l’écrivain de science fiction Philip K. Dick, Nicholas joue donc un jeu dangereux, mais l’objectif en vaut la peine.

Ici aussi, les éléments autobiographiques sont nombreux et les liens entre le héros et l’auteur évidents. L’un n’est que la projection de l’autre. Mais, là encore, comme dans Siva, il faut s’en tenir à l’intrigue et ne pas chercher des révélations sur la vie de Dick. Cela reste un roman.

En conclusion

Voilà, je vous ai brossé rapidement le portrait des 4 livres de La Trilogie (tétralogie) Divine. A mon humble avis, il ne faut pas prendre tout cela comme du 100% autobiographique, ni en attendre la révélation ultime. C’est une démarche différente du reste de l’œuvre de Dick, une interrogation différente. C’est à lire pour tous les fans de Dick qui veulent pousser leur connaissance de l’auteur. Pour les amateurs de sensationnalisme, ou de science fiction pure et dure, rabattez-vous sur ses autres livres, vous risqueriez d’être déçus.

Jérôme Vincent