La Véritable histoire
( Le Cycle des Seuils 1 )
de Stephen R. Donaldson
aux éditions Mnémos ,
collection Icares
Genre : SF
Sous-genres :
  • Space opéra

Auteurs : Stephen R. Donaldson
Traduction : Patrick Marcel
Date de parution : janvier 2006 Inédit
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 221
Titre en vo : The Real Story : A Gap into Conflict
Cycle en vo : The GAP Sequence

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Enfin...

Que je vous explique ! Il y a une petite quinzaine d’années, errant dans les allées d’une Fnac quelconque, votre serviteur (moi, donc) tombe, perplexe, sur les nouvelles couvertures tout argent des éditions Pocket. Je les trouve laides, mais inaugure tout de même cette nouvelle présentation par l’achat d’un court roman parce que la quatrième de couv’ a su m’appâter. Ce livre c’était La Véritable histoire.

De Stephen Donaldson, je ne savais rien. J’ignorais qu’il était déjà l’auteur de deux séries de fantasy plutôt très bien accueillies – Les Chroniques de Thomas l’Incrédule et L’Appel du Mordant – et qu’avec ce Cycle des Seuils, il s’essayait pour la première fois au space opera. A vrai dire je m’en foutais un peu, parce que j’avais tellement aimé le livre que je brûlais de pouvoir en lire la suite. Naturellement, c’est ce que je fis avec avidité. Du moins jusqu’au troisième tome, puisque sans plus d’explication Pocket décida de ne jamais publier la fin de la série. Alors autant vous dire que lorsque j’appris que Mnemos avait décidé de réparer cette cruelle avanie du destin, mon sang n’a fait qu’un tour. Je vous le dis tout net, ce livre n’est même pas arrivé jusqu’à la conférence de rédaction. Sans la plus petite ombre de scrupule, il est allé directement dans mon sac, parce que... aaaah... comment vous le dire autrement... Ça fait quinze putains d’années que j’attends de lire la fin de cette histoire.

Toutefois, avant de parvenir à cet apex fantasmatique, il a m’a fallu relire ce premier tome. Et c’est, à vrai dire, une expérience assez stressante. En dépit d’une couverture signée par un Caza qui, manifestement, a enfin retrouvé son shilom en faisant un brin de rangement dans son atelier, j’allais me colleter à mon moi-d’-il-y-a-longtemps, et devoir répondre à cette angoissante question : Est-ce que déjà à l’époque, j’avais bon goût ?

Cette Véritable histoire, c’est celle d’Angus Thermopyle et de Morn Hyland. Lorsqu’ils entrent un soir au Mallory’s Bar, tous les habitués savent déjà que les choses vont mal finir. Angus Thermopyle est laid, violent. Il hait la Terre entière, qui d’ailleurs le lui rend bien. Tout le monde sait qu’à bord de son rafiot - La Lumineuse Beauté - il a écumé toute la ceinture d’astéroïdes avec une brutalité et un mépris de la vie d’autrui qui aurait déjà dû lui valoir la peine de mort, si sa méticulosité à éliminer les témoins n’était pas aussi proverbiale. C’est pourquoi, personne n’aurait pu imaginer voir un jour Angus Thermopyle au bras d’une aussi belle femme. Plus que belle même. Magnifique, divine. La Belle et la Bête, perdus sur cette station minière de Com-Mine.

Parce qu’on ne la leur fait pas, tous les rebuts rassemblés au Mallory’s ont su, dès que le regard de Morn Hyland a croisé celui de Nick Succorso, qu’il allait faire vilain. Succorso le flibustier, le rusé. Tout élégance et panache. Succorso le chanceux. Et personne ne fut surpris par la fin de cette histoire : Angus en prison, et Morn dans les bras de Nick Succorso. La balance devait se rééquilibrer d’elle-même. Le beau avec le beau, et l’ordure à l’ordure. C’était dans l’ordre de choses.

Oui. Sauf que ça ne s’est pas passé comme ça. Car dans ce monde, les choses ne sont jamais ce qu’elles paraissent être. Surtout quand elles ont l’air aussi évidentes.

Pour toute simple qu’elle soit, l’idée de Stephen Donaldson est bougrement accrocheuse. Raconter trois fois la même histoire, en rajoutant un degré de complexité à chaque fois. Pas neuf, mais efficace. S’appuyant sur un triangle dramatique solide – bourreau, victime, sauveur -, il s’amuse à permuter les rôles, ce qui n’est pas tâche aisée. Car Donaldson ne lésine pas sur l’abjection. La fameuse quatrième de couv’ de l’édition Pocket, parlait « d’écriture wagnerienne », et l’expression n’est pas abusive (l’auteur lui paye d’ailleurs largement tribu dans sa postface). Noir et lyrique, le style de Donaldson cherche à dramatiser le huis clos qui oppose Morn et Angus, fait de Nick une sorte de figure méphistophélique, presque faustienne. Au point que par instant on en vient à se demander si l’auteur n’en fait pas trop. Si l’omniprésence de cette écriture ne nuit pas à la crédibilité des personnages.

L’interrogation est légitime, mais l’auteur nous désarme en évoquant sans détour ces points dans sa postface (que Mnemos a eu l’excellente initiative de ne pas sabrer). Il reconnaît volontiers qu’il s’est parfois laissé aller, qu’il a eu tendance à réduire ses personnages à des fonctions dramatiques car il était plus intéressé par la permutation des clichés du genre que par le rendu crédible de ses héros. Il confesse même que c’est ce constat qui lui a imposé comme une évidence qu’il venait, non pas d’écrire un standalone, mais bien le premier tome d’une série. Et puisque Donaldson nous fait la grâce d’être d’accord avec nous, on ne peut guère qu’être d’accord avec lui.

A la fin de space op’ en forme d’exercice de style maîtrisé, on sait donc que l’on vient de lire le prologue indispensable d’un cycle qui va (bien) évoluer, que l’habileté de son auteur nous réserve déjà quelques belles surprises, que ce coup d’essai dans un genre qu’il explorait pour la première fois est résolument atypique et personnel – voire original - et surtout, surtout... je suis rassuré : il y a quinze ans j’avais déjà plutôt bon goût.

Eric Holstein

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