La contre-nature des choses
de Tony Burgess
aux éditions Actes Sud ,
collection Exofictions
Genre : Anticipation
Sous-genres :
  • Apocalyptique

Auteurs : Tony Burgess
Couverture : Laura Kate Bradley
Traduction : Hélène Frappat
Date de parution : février 2018 Inédit
Langue d'origine : Anglais (autre)
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 192
Titre en vo : The n-Body Problem
Parution en vo : octobre 2013


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Âmes sensibles s’abstenir.

Tony Burgess est né en 1959 à Toronto. Écrivain et scénariste, il vit à Stayner en Ontario avec sa famille dans un ancien établissement de pompes funèbres. Deux de ses romans ont été publiés chez Les Allusifs, Cashtown (2011) et Idaho Winter (2014).

 

Bienvenue dans l’horreur et l’insoutenable

Notre narrateur est un homme malade qui nous décrit le monde tel qu’il est devenu. Un mal étrange s’est emparé de nos cadavres, en mouvement permanent, tel des zombies. On a d’abord pensé à les incinérer, mais ça faisait un peu trop penser à une sombre période de notre histoire. Du coup la société Dechets & Co a eu l’idée de les envoyer dans l’espace : ça a tellement bien fonctionné que désormais on ne voit plus le ciel et que le soleil peine à transpercer cette couche de cadavres frétillants en suspension.

Notre narrateur a une mission, celui de trouver un fils. Puis il y a cet autre type, Dixon. Dixon est coupable de crimes atroces comme jamais vous ne l’aurez imaginé auparavant. Le monde a changé, comment avons-nous pu en arriver si loin dans l’horreur ?

 

Alors oui, mais non.

Au premier abord, je me suis amusée sur le format du bouquin et son épaisseur, ça m’a rappelé celui du prix Goncourt, à l’époque, un aimable papy me demandait où était le prix Goncourt de cette année (celui de Vuillard), je lui tends et il me dit embarrassé "Ah... c’est tout ?" j’étais peinée pour lui, mais, bon, il m’avait demandé le prix Goncourt et puis l’épaisseur ne fait pas la qualité n’est-ce pas ? Avec ce roman, j’ai envie de dire, heureusement il ne fait que 192 pages, car je ne suis pas sûre qu’un esprit normalement constitué est capable d’en lire davantage. On se souviendra des 120 journées de Sodome qui ont testé notre capacité à supporter l’insoutenable, et bien si vous voulez mon avis, La contre-nature des choses est tout à fait dans cet esprit en terme d’insoutenable. 

Mais revenons au titre, La contre-nature des choses, traduction qui n’a rien à voir avec ce "The n-Body Problem", le fait de choisir un titre a probablement été pensé ainsi, personne n’a envie de lire un titre de livre qui ressemble à celui d’un essai scientifique ! Et pourtant, c’est une grave erreur, La contre-nature des choses ça dévoile à la fois tout et rien et ça n’évoque pas le problème de fond du roman. Le problème à N corps est justement la racine même de l’histoire, et en faire fi c’est une grave erreur. Mais bref, tant pis, vous aurez le droit à ce titre à la fois obscur et tapageur, évoquant vaguement l’horreur que peut représenter entre autres le problème d’avoir des millions de cadavres frétillants en orbite autour de la Terre.

En attendant, je pense que ça fait longtemps que je n’avais pas lu un livre qui m’ait dégoûtée à ce point. Tout est horrible, l’ambiance, les propos du narrateur, les actions de Dixon, tout tout tout. Franchement, je me demande comment ce type a pu sortir un tel truc de son imagination, ça frise la folie. Plus d’une fois j’ai tiré la grimace, on m’a même entendu couiner, suivi d’un "Quoi, qu’est-ce qui se passe ?" et moi bêtement "Rien, c’est juste le livre que je suis en train de lire." 192 pages d’horreur et de cynisme face à une humanité en déroute. C’est la fin, on ne pourra plus rien faire de nous, même nos carcasses encombrent. Triste constat d’une humanité malade, qui tombe en ruine, dans l’absurde, la folie, et qui ne sait plus quoi faire de ses déchets, nous y compris.

Je ne sais pas si j’ai aimé ou détesté ce roman. Je ne sais même pas si je suis en train de faire une chronique élogieuse ou négative. Toujours est-il qu’un tel ouvrage ne s’adresse pas à n’importe qui c’est sûr. Non ce n’est pas qu’un vulgaire roman qui parle de zombies. C’est au-delà de ce que l’on peut imaginer, sordide tout simplement. 

Salomé Lelièvre