La ligue de Prométhée
( 1 )
de Christophe Fowler
aux éditions J’ai lu
Genre : Fantastique

Auteurs : Christophe Fowler
Date de parution : avril 2002 Inédit
Langue d'origine : Anglais UK
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga

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A lire avec plaisir

Né en 1953 en Grande Bretagne, Christopher Fowler a touché de près le petit et le grand écran. Producteur mais également scénariste, son écriture se rapproche incontestablement de celle de Neil Gaiman. Son sujet également…Un Londres décadent et mystérieux devient le décor de La Ligue de Prométhée, roman initiatique noir, bien plus que roman fantastique. A noter également que Fowler a publié 7 romans en France (essentielement du fantastique) dont L’illusionniste chez Pocket (prix Ozone 98).

La lutte des classes en arrière-plan

Vincent Reynolds est l’un de ces prolétaires anglais passionnés par leur ville. Jeune journaliste, il fait partie des " intellectuels précaires " qui attendent la gloire en s’indignant sur les différences sociales avec ses deux amis d’enfance et en errant dans les bibliothèques publiques…. Lorsqu’il rencontre Sebastian Wells, jeune aristocrate blasé et charmant, il pense pouvoir rédiger en toute liberté son premier article sur les différences des classes sociales anglaises. Mais La ligue de Prométhée, une société secrète, xénophobe et élitiste, dont Wells est le président, découvre rapidement le véritable motif de ses interviews et l’entraîne dans un jeu macabre dont le prix est sa propre survie. Bientôt, l’investigation de Vincent sur Wells et la Ligue se retrouve parsemée de cadavres et d’énigmes antiques dont la résolution l’amène à se découvrir dans un monde attractif et effrayant.

Un long fleuve tranquille

Fowler utilise des thèmes récurrents de la littérature fantastique : la symbolique de Prométhée (qui apporta la connaissance aux hommes) la dualité du héros, pris entre sa naissance et ses aspirations, le goût du jeu. Si les deux protagonistes de la Ligue de Prométhée, le prolétaire et l’aristo, s’affrontent dans un jeu qui rappelle " The Game " ou encore Running Man de Stephen King, le style de Fowler reste linéaire, chronologique et narratif. On pourrait justement déplorer le manque de risque dans le style et la structure. Les chapitres se succèdent sans réelle surprise, le lecteur navigue tranquillement dans un univers familier, où chacun reconnaîtra les frustrations et les défauts des couches sociales établies par les grandes villes européennes.

Néanmoins, l’analyse des caractères, les protagonistes secondaires , la dualité en et entre les personnages, l’ambiance générale du roman (en perpétuelle évolution, sombre à souhait) et les poursuites dans un Londres mythique et singulier donnent à l’ensemble un dynamisme et une fluidité qui ne peuvent que séduire. L’auteur joue subtilement sur la peur de la xénophobie, des sociétés secrètes et des idées extrémistes pour englober le lecteur dans un monde dont il pressent l’existence…La relation entre le prolétaire sincère et naïf et l’aristocrate trouble et charmeur est menée avec aisance et talent, donnant au lecteur le sentiment que lui aussi pourrait pencher dangereusement du côté du sectarisme mondain d’un Sebastian Wells, tout droit sorti du Londres du début du siècle dernier.

Le petit plus : les anecdotes amusantes sur l’histoire des rues et monuments de Londres et la reconnaissance des épreuves initiatiques propres au récit fantastique. A lire avec plaisir, mais peut-être entre deux œuvres moins protocolaires…

Anne Fakhouri