La première fois d’Erik Lhomme- Joëlle Wintrebert - Olivier Paquet
de Olivier Paquet et Erik L’Homme
aux éditions ActuSF
Genre : Anticipation

Auteurs : Olivier Paquet , Erik L’Homme , Joëlle Wintrebert
Date de parution : juin 2009 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Erik Lhomme :

Mon premier texte professionnel est un livre savant, une monographie intitulée « Parlons khowar, langue et culture de l’ancien royaume de Chitral au Pakistan ». Je donne le titre pour que l’on comprenne mieux pourquoi il n’a pas fait un tabac ! Mais le succès n’a jamais été le but de ce livre. Exister était sa principale raison d’être. C’est le directeur de la collection « Parlons », aux éditions de l’Harmattan, qui m’a personnellement contacté. A l’époque j’étais doctorant à l’EHESS et je préparais une thèse sur les conflits et les identités dans le Nord Pakistan. Michel Malherbe cherchait désespérément quelqu’un capable de rassembler dans un ouvrage les connaissances que l’on avait sur les Kho de Chitral et leur langue. J’avais séjourné deux ans là bas dans les années 1990, j’avais appris le khowar. J’étais alors le seul à pouvoir écrire ce livre. Je m’y suis mis avec enthousiasme, associant dans cette démarche de curiosité universelle le bonheur du chercheur à celui de l’écrivain, en traduisant notamment deux poèmes emblématiques. J’ai dû me transformer ensuite en maquettiste, le contrat stipulant la remise d’un texte prêt à l’impression ; l’occasion de glisser à l’intérieur quelques photos en noir et blanc prises par mon frère Yannik, également du voyage. « Parlons khowar » a été publié au printemps 1999, un an après mon premier contact avec Michel Malherbe. Il s’est vendu depuis à 246 exemplaires. Cependant et malgré le succès de mes romans ultérieurs (600.000 exemplaires pour le Livre des Etoiles, par exemple), je n’ai jamais plus ressenti la même émotion en voyant un livre portant mon nom. Si c’était à refaire et malgré les jalousies suscitées à l’époque dans le milieu universitaire (un simple doctorant publiant un livre quand tant de professeurs peinent à intéresser un éditeur !), je n’hésiterais pas une seconde. Parce qu’en écrivant on s’écrit soi-même…

Joëlle Wintrebert :

Très cher,
C’est dur de répondre à tes questions.Dois-je parler de ma première publication à seize ans dans un journal paroissial ?C’est vrai que, si cet article avait été apprécié, on ne peut pas forcément le qualifier de "texte professionnel"...
Dois-je parler de mes premiers textes poétiques parus sous pseudo dans Horizons du fantastique ? En fait, ma propre biblio "succincte" fait démarrer mes publications à ma première vraie tentative SF, dans une revue qui était fort belle, mais bien trop chère, et qui n’a pas eu de carrière : L’Etoile des autres. C’était au 3e trimestre 1976, si j’en crois mon bibliographe, Alain Sprauel.
Mais ma première nouvelle SF vraiment vraiment pro, c’est chez J’ai Lu et dans Univers 09 que je l’ai publiée, en 1977. Je connaissais déjà bien Yves Frémion, qui dirigeait la revue, sous le patronage éclairé de Jacques Sadoul, lequel ajoutait son grain de sel. À peu près simultanément paraissait une de mes nouvelles dans Alerte n°1, que dirigeait Bernard Blanc aux éd. Kesselring. Je me souviens d’avoir eu un plaisir plus fort à voir paraître "Qui sème le temps récolte la tempête", chez J’ai Lu, parce que je savais que je serais découverte par bien plus de lecteurs qu’avec l’autre publication.
L’écriture de ces deux textes n’avait pas été difficile, pas plus que ne l’a été l’écriture de mon premier roman, Les Olympiades truquées, deux ans plus tard, quand je me suis enfin décidée à m’isoler pour l’écrire, sous la pression de mes petits camarades. J’étais encore dans l’euphorie de la création insouciante.
Et on ne peut pas vraiment parler d’aventure, en ce qui concerne mes premiers pas éditoriaux, parce que j’ai vraiment été privilégiée. Il y avait beaucoup de supports pour publier, dans les années 70. Je n’ai pas été confrontée à des refus qui m’auraient sûrement poussée dans une autre voie artistique (j’ai tendance à douter de moi, mais je sais quand même que c’est en m’exprimant en toute liberté que je peux m’épanouir).
Si bien que ma réaction en voyant mon nom sur une couverture (où par chance mon texte avait été mis en relief par l’illustrateur), a certes été joyeuse, mais pas pour autant délirante. Les publications précédentes, de critiques ou de poésie, m’avaient un peu mithridatisée, et je n’ai par ailleurs jamais eu le culte de la personnalité.
Quant à dire ce que je ferais si je pouvais rembobiner le fil de ma vie... Sans doute, justement, explorer une autre voie artistique, une autre façon de raconter des histoires, trouver un autre moyen de jouer ce rôle de passeur d’idées auquel je tiens.
Voilà, m’sieur. Bonne nuit !

Olivier Paquet :
Actusf : Racontez-nous comment vous avez publier votre premier texte professionnel ?Comment avez-vous rencontré l’éditeur ? Est-ce que cela a été difficile ? De quel texte s’agissait-il ? Avez-vous mis longtemps à publier ce premier ?
Quand j’ai commencé à utiliser Internet, je me suis inscrit sur la liste de diffusion SFFranco où on trouvait des éditeurs et des auteurs. Ca m’a permis de me mettre au courant de la vie littéraire, mais sans volonté de publier (j’avais écrit quelques textes pour moi, mais aucun de SF). Puis un jour, j’ai voulu écrire une nouvelle sur les robots et les intelligences artificielles, j’en ai parlé par mail avec Richard Canal, pour obtenir des informations techniques, et l’idée l’a intéressé suffisamment pour qu’il me demande de lui envoyer le texte par la Poste. 15 jours après, il m’a appelé en plein après-midi pour me dire tout le bien qu’il pensait du texte et qu’il le transmettait à Jean-Claude Dunyach (qui, dans le même temps composait l’anthologie Escales 2000). Jean-Claude ne pouvait pas me prendre dans l’antho (le sommaire était bouclé), mais il l’a pris pour Galaxies. Donc, ce fut facile, rapide, direct. Certes, j’avais l’intention de soumettre ce texte, mais je ne savais pas trop où l’envoyer. Je lisais avant tout Bifrost (qui ne publiait pas de textes de débutants) et pas Galaxies. Les anthos ouvertes étaient rares, voire absentes, donc Richard Canal m’a fait zapper toutes les questions et difficultés que j’aurais dû avoir pour être publié. C’est une fois publié que j’ai appris qu’il y avait des supports amateurs. Pour l’anecdote et le paradoxe, le texte s’intitulait "La première oeuvre" (repris dans l’anthologie du LdP Passeurs de Millénaires) et il fut sélectionné pour le Grand Prix de l’Imaginaire. Aussi, à l’annonce de remise du GPI aux Utopiales, il a fallu préciser que "La première oeuvre" était bien le titre du texte, et non une description. C’est là que je me suis rendu compte qu’effectivement, "La première oeuvre" était ma première oeuvre publiée, mais ce n’était pas mon but à la base.

Actusf : Quelle réaction avez-vous eu en voyant votre nom pour la première fois sur le livre, la revue ou l’anthologie concernées ?
Aucune. Plus exactement, quand j’ai vu mon propre nom, c’est comme si je voyais un nom étranger. C’est une forme de dédoublement ou de détachement. Mais surtout, quand le texte est publié, le texte est "mort" pour moi. Ce qui m’excite en tant qu’auteur, c’est le travail du texte, la rencontre avec un directeur éditorial (comme Jean-Claude Dunyach) et la partie de ping-pong où on regarde ce qui fonctionne ou pas, ce que je dois développer ou pas, ou je peux tester jusqu’où je peux aller. Une fois que ca part à la publication, ce n’est plus mon affaire, c’est le lecteur qui s’empare du texte, moi, je passe à autre chose.

Actusf : Et si c’était à refaire, vous recommenceriez les mêmes débuts ?
La question ne me concerne pas vraiment parce que je n’ai pas eu à faire d’efforts pour être publié. J’écris UN texte de SF et pouf, il est publié. Je n’avais jamais soumis aucun texte nulle part. Difficile de faire mieux. J’ai surtout rencontré tout de suite quelqu’un capable de me faire travailler mes textes et en qui j’ai eu confiance. C’est le plus important. Jean-Claude, comme Jacques Chambon, sont des vrais directeurs littéraires dans le sens où ils se mettent au service du texte, et seulement lui. Il se fout de savoir qui je suis et réciproquement, on est là pour mettre les mains dans le cambouis, manipuler les mots et pas faire du sentiment. Jamais Jean-Claude ne m’a dit "voilà comment moi j’aurais fait", au contraire, il m’a aidé à toujours être moi dans le texte, à y être totalement présent.

Jérôme Vincent