La première fois de Dunyach - Brasey - Di Rollo - Le Gendre
de Edouard Brasey et Nathalie Le Gendre
aux éditions ActuSF
Genre : Anticipation

Auteurs : Edouard Brasey , Nathalie Le Gendre , Thierry Di Rollo , Jean-Claude Dunyach
Date de parution : mai 2009 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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La premiere fois de Thierry Di Rollo
Actusf : Racontez-nous comment vous avez publié votre premier texte professionnel ? Comment avez-vous rencontré l’éditeur ? Est-ce que cela a été difficile ? De quel texte s’agissait-il ? Avez-vous mis longtemps à publier ce premier récit ? Quels souvenirs gardez-vous de cette aventure ?
Je pense que tout est affaire de rencontre. J’avais fait la connaissance de Jacques Chambon, lors de la convention de Thionville, en 1990, grâce à S. Nicot. J’avais déjà inondé les services de Denoël d’un nombre incalculable de mauvais manuscrits auxquels Chambon me répondait toujours, d’une courte lettre mais au moins signée de sa main. En discutant avec lui, à Thionville, je me suis excusé de cet envahissement maladroit. Il m’a répondu que cela faisait partie du jeu. Peu de temps après, j’ai appris que Dorémieux, pour "Territoires de l’inquiétude", recherchait des textes. J’ai postulé, avec l’appui et l’encouragement de Jacques.
Sans cette rencontre à Thionville, sans ce coup de pouce, je crois que cela aurait été impossible pour moi de m’imposer auprès de Dorémieux. C’est aussi simple que cela.
Le texte ? "La mort lasse" paru dans "Territoires de l’inquiétude 3", en 1991.
Je n’ai pas mis trop longtemps à le publier puisque ma première nouvelle jamais éditée le fut en décembre 1987 (revue Imagine...) Non, le plus dur, c’est de confirmer et, surtout, de se maintenir.
J’en garde enfin un souvenir mitigé. Dorémieux m’a forcé à resserrer le récit de manière trop outrée, mais je n’avais pas vraiment le choix. Il laissait légitimement la place aux auteurs confirmés pour le numéro en question. Et puis, j’ai senti que j’étais plus le "poulain" de Jacques que celui de Dorémieux, au bout du compte. Cela n’a pas facilité mes rapports avec l’anthologiste en question.

Actusf : Quelle réaction avez-vous eu en voyant votre nom pour la première fois sur le livre, la revue ou l’anthologie concernées ?
Je me suis senti fier. Pendant une journée ou deux. Et puis, j’ai compris que rien n’est jamais fait, achevé, acquis, définitif.

Actusf : Et si c’était à refaire, vous recommenceriez les mêmes débuts ?
Pour le malicieux et subtil "Alors, monsieur Di Rollo ?" que m’a lancé Chambon lorsque je me suis assis à côté de lui, scellant ainsi le début de notre rencontre, à Thionville : oui. Mille fois oui.
Pour le ton sec et parfois supérieur de Dorémieux, au téléphone, pendant la mise au point du texte : non. Mille fois non.


La premiere fois de Nathalie Le Gendre
Actusf : Racontez-nous comment vous avez publié votre premier texte professionnel ?
J’ai envoyé deux manuscrits aux Editions Mango. Deux manuscrits absolument pas adaptés à la collection visée. Mais mon style d’écriture a plu. Résultat : j’ai eu la proposition d’écrire un roman intitulé Dans les larmes de Gaïa.

Actusf : Comment avez-vous rencontré l’éditeur ?
Après avoir envoyé un premier manuscrit, j’ai attendu 1 an avant d’obtenir une réponse… qui ne venait toujours pas. Il s’est avéré que ce manuscrit avait été perdu. Seulement, je ne le savais pas. Je suis donc allée à la rencontre du directeur de la collection lors d’un Festival pour comprendre. Le courant est passé.

Actusf : Est-ce que cela a été difficile ?
Ce n’est jamais facile de se faire publier, surtout quand on débute. Il faut du temps et beaucoup de persévérance. Moi, j’ai eu la chance de rencontrer une personne qui accrochait avec ma façon d’écrire.

Actusf : De quel texte s’agissait-il ?
Jamais publié… pour le moment.

Actusf : Avez-vous mis longtemps à publier ce premier récit ?
Quels souvenirs gardez-vous de cette aventure ?
Que des bons ! On apprend de ses erreurs et j’ai compris qu’il n’y avait rien de mieux que de rencontrer les éditeurs. Je restais sur des idées toutes faites : éditeur = enseigne. Non ! Il y a des humains derrière… parfois. Et j’ai eu l’opportunité de travailler avec un directeur de collection formidable, très exigeant (quelque fois trop… oups ! eh eh eh) et que je ne remercierai jamais assez… Donc j’en profite ici : merci Denis.

Actusf : Quelle réaction avez-vous eu en voyant votre nom pour la première fois sur le livre, la revue ou l’anthologie concernées ?
Rien du tout à sa sortie.
Par contre, le jour où je suis entrée dans une librairie et que j’ai vu mon roman dans les rayonnages, là, j’ai réagi ! C’est l’objet en lui-même et pas le nom sur la couverture qui me fait toujours quelque chose. L’objet sur lequel j’ai passé du temps et qui m’appartient… d’un coup, il n’est plus à moi seule, je le partage… indescriptible émotion.

Actusf : Et si c’était à refaire, vous recommenceriez les mêmes débuts ?
Oui !

La premiere fois de Jean-Claude Dunyach
Actusf : Racontez-nous comment vous avez publié votre premier texte professionnel ? Comment avez-vous rencontré l’éditeur ? Est-ce que cela a été difficile ? De quel texte s’agissait-il ? Avez-vous mis longtemps à publier ce premier récit ? Quels souvenirs gardez-vous de cette aventure ? 
Ma toute première publication a été professionnelle, aussi bizarre que ça puisse paraître. Quelques semaines à peine après avoir commencé à écrire (je n’avais pondu que trois nouvelles) j’ai décidé d’envoyer la troisième (qui portait un titre impossible et ridicule que j’ai miséricordieusement oublié) à la seule revue qui me paraissait susceptible de publier ce genre de trucs, en l’occurrence FICTION. C’était en septembre 1981. J’ai donc posté une photocopie du texte à l’adresse parisienne de la revue.
J’ai reçu une lettre d’Alain Dorémieux un mois plus tard, m’annonçant qu’il prenait le texte, qu’il fallait changer le titre (c’est devenu Vénus Erotica, en hommage à Anaïs Nin), que je devais la retaper au bon format (25 lignes par page, double interligne) et qu’il lirait volontiers d’autres textes de ma plume, textes que je devais envoyer à son adresse personnelle. Je lui ai donc envoyé les deux autres (il en a pris une) et ça a été le début de mon aventure littéraire.
Je garde un souvenir bizarre de cette histoire parce que ça a été anormalement simple. J’ai gardé une photocopie de la lettre de Dorémieux dans ma sacoche avec mes papiers durant un an ou deux, comme porte-bonheur. Mon seul regret, c’est que je ne l’ai jamais rencontré. J’ai passé du temps au téléphone avec lui, plus tard, mais quand j’ai commencé à publier, je n’imaginais pas qu’on pouvait rencontrer les éditeurs, rédacteurs en chef, etc. Je ne connaissais absolument pas le milieu, je n’avais assisté à aucune Convention (ma première fut Rambouillet, en 1983) donc je ne savais rien des procédures habituelles de publication. J’ai tout appris dans FICTION.
 
Actusf :
Quelle réaction avez-vous eu en voyant votre nom pour la première fois sur le livre, la revue ou l’anthologie concernées ? 
En fait, ce sont des copains qui ont débarqué chez moi tard le soir en brandissant le numéro de Fictions de Mars 1982. Je me souviens que mon épouse les a virés parce qu’on avait un partiel le lendemain et qu’on devait se coucher tôt. J’ai mis du temps à réaliser, en fait.
 
Actusf : Et si c’était à refaire, vous recommenceriez les mêmes débuts ? 
Oh, oui ! J’ai vraiment eu énormément de chance.


La premiere fois d’Edouard Brasey
Actusf : Racontez-nous comment vous avez publier votre premier texte professionnel ?
Eh bien il s’agissait d’une nouvelle publiée en 1980 dans le supplément « Le Monde dimanche », disparu depuis, et dans lequel une nouvelle originale était publiée chaque semaine. Je n’ai été publié par un éditeur que plus tard, en 1987, pour un essai sur Bernard Pivot chez Ramsay, puis en 1994 pour mon premier roman, « Quand le ciel s’éclaircira », chez Plon, mais cette première nouvelle publiée marque pour moi le début de mon activité d’écrivain.

Actusf : Comment avez-vous rencontré l’éditeur ?
J’avais adressé ma nouvelle par la Poste, sans connaître le rédacteur en chef du supplément en question. J’ai été étonné et ravi d’être publié sans difficulté. J’avais ensuite fait lire ma nouvelle à Alain Robbe-Grillet, qui l’avait trouvée intéressante. Pour les éditeurs, cela a été plus compliqué et j’ai reçu des dizaines de refus avant de voir enfin mes textes publiés.

Actusf : Est-ce que cela a été difficile ?
J’écris régulièrement depuis 1971. J’ai donc mis près de dix ans pour publier ma première nouvelle et vingt ans mon premier roman (qui était peut-être le vingtième écrit). Donc, oui, globalement il est difficile d’être publié, puis encore plus difficile de trouver son public.

Actusf : De quel texte s’agissait-il ?
Ma nouvelle s’appelait « Siegfried Idyll », en hommage à Richard Wagner. Près de trente ans après, je renouvelle cet hommage en publiant ma saga romanesque « La Malédiction de l’anneau » chez Belfond, inspirée en partie de la Tétralogie de Wagner. La boucle est bouclée ! Quant à mon premier roman chez Plon, il s’agissait d’un roman historico-métaphysique qui se déroulait dans l’île de Crète lors de la Deuxième Guerre mondiale. J’aimerais le republier aujourd’hui…

Actusf : Avez-vous mis longtemps à publier ce premier récit ?
Pour la nouvelle, je l’ai écrite d’un seul jet, en appliquant un principe d’écriture oulipien : le premier paragraphe était le début d’une nouvelle de Salinger, au présent et à la première personne ; le dernier, la fin d’Au dessous du volcan, de Malcolm Lowry, au passé et à la troisième personne. Le défi était d’inventer une histoire cohérente entre les deux, qui n’avait aucun rapport avec ces deux textes d’emprunt. Pour le roman crétois, j’ai mis deux ans à l’écrire, et j’ai fait de nombreuses recherches.

Actusf :
Quels souvenirs gardez-vous de cette aventure ?
Excellents dans les deux cas. Une nouvelle jaillie du néant à partir d’une contrainte littéraire assumée, et un roman accouché dans la sueur et la douleur. La grâce et la rigueur : les deux mamelles de la création littéraire.

Actusf : Quelle réaction avez-vous eu en voyant votre nom pour la première fois sur le livre, la revue ou l’anthologie concernées ?
De la fierté, bien sûr, mais aussi un sentiment d’étrangeté, comme si mon texte soudain m’échappait, et devenait celui d’un autre. Un texte que j’aurais pu, non pas écrire, mais lire comme un simple lecteur. Une sorte de dédoublement de personnalité qui fait, je crois, partie du statut d’écrivain.
 
Actusf : Et si c’était à refaire, vous recommenceriez les mêmes débuts ?
Oui, sans doute, même si j’aurais préféré commencer plus tôt, pour écrire et publier plus de livres ! Mais mes thématiques n’ont pas changé : l’univers des dieux et des personnages mythologiques, les héros poursuivant un idéal avec panache, l’ambiguïté de la nature humaine, qui oscille entre la bête et l’ange. Pour reprendre la citation que j’avais placée en tête de mon roman : « L’homme est une bête destinée à devenir Dieu. »


Jérôme Vincent