La vie comme une course de chars à voile
de Dominique Douay
aux éditions Hélios
Genre : Science Fiction

Auteurs : Dominique Douay
Couverture : Sylvie Chêne
Date de parution : mars 2015 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Titre en vo :
Première parution : 1978

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"Le monde n’est qu’une coquille creuse"

Dominique Douay fut très actif sur la scène de la science-fiction française dans les années 1970/1980, signant des ouvrages qui ont marqué l’époque comme L’Impasse-temps ou encore plusieurs dizaines de nouvelles. Après une pause dans l’écriture, il revient en 2008 avec la nouvelle « Chambre d’hôte » dans la revue Fiction. 2014 marque le début de la réédition de plusieurs de ses romans, retravaillés pour l’occasion, dans la collection Hélios. En attendant un inédit pour la rentrée 2015, La vie comme une course de chars à voile est son troisième ouvrage à bénéficier de ce travail de republication.
 
"Le temps est accessoire"
 
François Rossac est pilote de char à voile, l’un des meilleurs même. Entre deux courses sur les plages des îles anglo-normandes, enfermées sous un dôme pour les protéger de violentes tempêtes qui balayent la surface des océans, il profite de la vie avec ses amis et enchaîne les conquêtes. La belle vie, en somme. Jusqu’à ce qu’un grain de sable vienne enrayer cette mécanique insouciante : hallucinations, modifications de son environnement, conversations dont le sens lui échappe... Est-ce Rossac ou le monde qui devient fou ?
 
"La réalité n’est qu’une forme de rêve"
 
Comme pour son roman Car les temps changent, republié en 2014 dans la collection Hélios, Dominique Douay joue avec la réalité, et avec une dextérité étonnante qui n’est pas sans rappeler Philip K. Dick (le style en plus), qu’il revendique parmi ses influences. Ne vous laissez pas rebuter par un début qui peut laisser dubitatif (un pilote de char à voile pour héros, ça n’a rien de vraiment très accrocheur) : c’est à l’instant où la réalité commence à vaciller devant les yeux de Rossac, et les nôtres, que le roman prend toute sa force... Soyez prévenus, il vous sera ensuite difficile de reposer le livre tant que les fils n’auront pas été démêlés.
 
Le schéma commence de manière classique : ce sont d’abord de subtils changements, des modifications mineures qui nous font douter de la santé mentale de Rossac. Et puis le vertige s’accélère, on passe d’une réalité à une autre au gré des paragraphes, sans que l’on soit prévenu, doutant nous-mêmes de ce que l’on peut lire, forcés de revenir en arrière pour vérifier que oui, ce n’est pas une erreur, Rossac vient bien de vieillir de vingt ans en l’espace d’une phrase... Le lecteur se retrouve véritablement impliqué dans le récit et non plus simple spectateur, aussi perdu que le héros, à ne rien comprendre à son environnement. On échafaude des hypothèses, on essaye de relier les coïncidences... Peine perdue. Quand on croit tenir un bout d’explication, quand un détail fait enfin sens... C’est pour mieux nous prouver la phrase suivante que nous avions faux sur toute la ligne. Mais si vertige il y a, le récit n’en ait pas pour autant opaque. C’est même un véritable tour de force, continuer à faire sens alors que plus rien n’a de sens.
 
Dans cette course effrénée vers l’avant, Rossac se heurte continuellement aux mêmes personnages à la symbolique forte : Sylvia, la prêtresse ; Panuel, l’homme d’affaires ; Nicholas, le général. Une sainte trinité qui lui fait continuellement obstacle ou essaye de l’amadouer pour mieux le trahir. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Car l’ultime pirouette se cache peut-être ici : qui de l’homme ou du monde influe sur l’autre ? L’univers se désagrège-t-il vraiment sous les yeux de Rossac ou n’est-ce pas en fin de compte qu’une réaction inconscience à des bouleversements qui le dépassent ? La fin, en tout cas, mettra tout le monde d’accord. À moins que ?

Marie Marquez