La ville dans les littératures de l’imaginaire

aux éditions
Genre : SF
Date de parution : 0000 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
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La ville au centre du récit : quelques titres de romans

La ville est un thème récurrent et central des récits de l’imaginaire, que ce soit les mégalopoles futuristes des romans de science-fiction, les cités désertées ou ravagées des textes d’anticipation, les mondes virtuels construits de toutes pièces ou encore les villes merveilleuses et oniriques de la fantasy. La littérature générale est elle aussi riche de récits qui mettent la ville au centre du roman, dont certains ne sont pas loin d’être fantastiques.

La ville regroupe donc des notions très larges, et que l’on peut rapporter à un grand nombre de textes. Voici quelques titres qui mettent en avant la cité en tant que rouage central de l’univers présenté, que ce soit la ville tentaculaire et monstrueuse pour laquelle l’homme n’est qu’un insecte sans défense, la ville en tant que terrain de jeux pour ceux qui arpentent ses chemins, la ville en tant qu’abri ou repli sur soi, la cité virtuelle qu’on peut modeler à loisirs ou enfin la ville en tant que monde merveilleux et enchanteur.


Ravage, de René Barjavel (1943)
 « Les studios de Radio-300 étaient installés au 96e étage de la Ville Radieuse, une des quatre Villes Hautes construites par Le Cornemusier pour décongestionner Paris. La Ville Radieuse se dressait sur l’emplacement de l’ancien quartier du Haut-Vaugirard, la Ville Rouge sur l’ancien Bois de Boulogne, la ville Azur sur l’ancien Bois de Vincennes, et la Ville d’Or sur la Butte-Montmartre. »
En l’an 2052, siècle 1er de l’ère de raison, le progrès technologique est sans précédent. Dans un Paris futuriste et défiguré, aux gratte-ciel gigantesques et aux couloirs automobiles automatiques, l’électricité cesse tout bonnement de fonctionner du jour au lendemain. Toute la technologie qui jusqu’ici permettait de vivre confortablement devient totalement inutile. La situation déclenche une folie générale parmi la population, entièrement démunie et sans ressources. François Deschamps, Jérôme Seita et Blanche Rouget vont tenter d’échapper à la ville et à ses dangers, pour rejoindre la campagne environnante. René Barjavel présente dans son roman les risques du progrès technologique démesuré, et oppose technologie et forces naturelles, progrès et mode de vie plus simple. La ville de Paris devient le monstre dangereux car hors de contrôle auquel il faut échapper à tout prix.


Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, de Philip K. Dick (1968)
Le plus célèbre des romans de Philip k. Dick et son adaptation cinématographique par Ridley Scott sous le titre de Blade Runner en 1982 incarne par essence la ville futuriste mais quelque peu inhumaine. Rick Decard y exerce le métier de chasseur d’androïdes, qui s’infiltrent clandestinement parmi les humains. S’engage une course poursuite dans un décor emblématique de la ville vertigineuse et déshumanisée, ses habitants ayant fuit la Terre pour Mars suite à une guerre nucléaire, bien que le film mette plus l’accent sur l’univers dans lequel évoluent les personnages que le roman original.


Je suis une légende, de Richard Matheson (1954)
« Le silence était total, hormis l’écho de ses pas […] »
Janvier 1976, Los Angeles : Robert Neville est le dernier survivant d’une épidémie qui a transformé tous ses congénères en vampires. Seul occupant « humain » de la ville, il se calfeutre la nuit et tente d’organiser sa survie le jour en recherchant de la nourriture et réparant les dégâts subis par sa maison, tout en essayant de tuer un maximum de vampires, plongés dans le coma jusqu’à ce que la nuit se lève. Dans ce texte de Richard Matheson, la ville tient lieu de décor figé et irréel, comme ultime vestige d’une civilisation à jamais disparue, comme refuge pour le personnage principal, en même temps qu’un piège duquel il ne peut s’échapper.



L’emploi du temps, de Michel Butor (1956)
«  Les rues, les places que j’avais traversées, les bâtiments que j’avais vus et même ceux dont je ne connaissais pas l’existence, s’étaient déjà organisés dans mon esprit, s’agglomérant en une vague représentation générale très fausse de la ville par laquelle je m’orientais sans en prendre clairement conscience, de cette ville dont je n’avais pas encore vu de plan, et dont j’étais encore incapable d’apprécier les véritables dimensions.  »
Dans ce roman, Michel Butor nous conte, à travers l’enquête de Jacques Revel dans la ville anglaise de Bleston – ville imaginaire - , le cheminement à la fois physique et mental du narrateur dans une ville oppressante à la structure labyrinthique, qui l’attire et le déstabilise en même temps, le faisant finalement se confronter à lui-même. Ce roman publié en littérature classique est pourtant développé autour d’une intrigue fantastique, où la ville semble animée et influer sur le comportement du narrateur, qui suit finalement sa propre piste dans l’espace et le temps.


Neverwhere, de Neil Gaiman (1996)
« C’était une ville où voisinaient au coude à coude le très ancien et le tout nouveau (…) »
Richard Mayhew, jeune homme ordinaire, quitte sa province natale pour s’installer à Londres. Il y mène une vie des plus rangées avec sa fiancée Jessica, qui a tout prévu pour leur mariage et leur avenir. Mais cette vie convient-elle vraiment à Richard ? Le destin frappe à sa porte en la personne de… « Porte », qu’il rencontre un soir allongée sur un trottoir de la ville, ensanglantée. En tentant de lui venir en aide, il est plongé dans un univers dont il ne soupçonnait pas l’existence, le Londres « d’en Dessous », celui des bas-fonds et du métro londonien, habité par toute une foule d’individus étranges et magiques, et qui n’a rien à voir avec le Londres « d’en Haut ». Il va y vivre des aventures extraordinaires qui vont changer à jamais sa perception de Londres. Neil Gaiman oppose dans son roman deux aspects de la ville qui se côtoient sans jamais se croiser, et qui ignorent tout de l’existence l’un de l’autre, en opposant modernité et histoire ancienne, rationalité et magie, avec l’humour et la poésie qu’on lui connaît.


The City & the City, de China Miéville (2009)
L’inspecteur Tyador Borlu enquête sur le meurtre d’une jeune étudiante en archéologie dont le cadavre au visage défiguré a été abandonné dans les rues de la ville de Besźel. Il découvre rapidement que la jeune femme est impliquée dans le conflit entre les deux villes jumelles de Ul Qoma et Besźel, qui partagent le même territoire mais dont les habitants n’ont pas le droit d’entrer en contact les uns avec les autres, sous peine de représailles de la Rupture, la police secrète qui veille au respect du règlement. China Miéville nous présente deux villes imbriquées l’une dans l’autre, dont les citoyens ignorent volontairement et mutuellement l’existence bien qu’ils se côtoient au quotidien ou utilisent les mêmes lieux. La ville incarne ainsi un territoire, la projection d’une délimitation mentale.



Hollywood Blues, de Kim Newman (1989)
« Tout l’immeuble trembla et dans la rue, la bande d’effets sonores de A l’Ouest, rien de nouveau et celles des Anges de l’enfer résonnèrent avec force. »
La Ville est un lieu virtuel créé de toutes pièces par Truro Daine, un gangster qui, une fois arrêté et jeté en prison, a trouvé une échappatoire à son enfermement : un lieu qu’il maîtrise puisqu’il l’a lui-même généré, et où personne ne peut l’atteindre. Cette ville, qui fonctionne à l’image d’un film policier des années 1950, est sombre et tortueuse comme l’esprit du truand qui l’a imaginée : il pleut sans cesse et il y fait toujours nuit, le crime y règne et on peut y croiser Nat King Cole et Judy Garland. Tom Tunney et Susan Bishopric, deux créateurs de rêves, ont une mission : infiltrer la Ville et retrouver Truro Daine pour le descendre. Hollywood Blues est un exemple d’univers totalement virtuel, construit sur des archétypes existants et issus de l’esprit d’une seule personne qui contrôle toutes ses apparences.


La Cité des permutants, de Greg Egan (1994)
« Imagine… un univers entièrement sans structure, sans forme, sans connexions. Un nuage d’événements microscopiques, tels des fragments d’espace-temps, sauf qu’il n’y a ni espace ni temps. »
Paul Durham, à l’image de nombre de ses contemporains, a créé des copies virtuelles de lui-même, numérisées, qui lui permettront de vivre éternellement. Mais ces copies, même si elles contiennent le même schéma de sa personnalité et reçoivent tous ses souvenirs, sont-elles vraiment Paul Durham ? Et que penser d’une cité virtuelle modulable selon les besoins et se développant de façon indépendante, qui peut accueillir les avatars virtuels souhaitant vivre leur propre devenir ? Greg Egan traite ici du thème de la ville virtuelle en tant qu’entité indépendante et autonome, qui développe une existence propre. A travers l’image cette ville-univers, l’auteur s’interroge sur la réalité et notre perception de cette dernière.


Le Château, de Franz Kafka (1926)
« Il était tard lorsque K. arriva. Une neige épaisse couvrait le village. La colline était cachée par la brume et par la nuit, nul rayon de lumière n’indiquait le grand Château. »
Dans ce roman posthume et inachevé, que l’on peut qualifier de fantastique, K. arrive dans un village en tant qu’arpenteur. Mais dès son arrivée les choses se présentent étrangement. Afin de pouvoir exercer son métier il doit être présenté aux fonctionnaires officiels qui habitent le « château », ce qui semble au premier abord plutôt simple. Mais K. ne parvient pas à entrer en contact avec les habitants du château. Les situations absurdes se succèdent sans que K. ne parvienne à faire valoir son statut. Cette pièce centrale de l’œuvre de Kafka nous plonge dans un univers clos sur lui-même, un village dont les règles absconses isolent le narrateur.


Manhattan Transfer, de John Dos Passos (1925)
« Dans le tunnel en bois de l’appontement où règne une odeur de fumier, des hommes et des femmes se pressent, écrasés, bousculés, comme des pommes qu’on fait rouler dans un pressoir. »
John Dos Passos prend la ville de New York pour sujet et propose un roman d’une grande modernité pour son époque. A travers le destin de plusieurs individus, qui ne restent finalement que des personnages secondaires, il retrace le développement de la ville de New York, dévoilant ses mystères et mettant l’accent sur l’anonymat qu’apporte cette grande ville à tous ses citoyens. Ce roman est l’incarnation d’une époque où l’on est passé du monde intimiste des héros romanesques à un univers plus collectif, où l’individu s’est fondu dans la masse. John Dos Passos joue notamment avec le langage et l’argot parlé, comme reflets des différents aspects de la ville. Les personnages s’apparentent aux notes de musique d’une partition plus vaste, celle de la ville. Même si ce roman n’est pas directement science-fictif, ni même fantastique à proprement parlé, il est un exemple intéressant de la ville comme personnage principal.

Et voici une liste complémentaire de quelques autres ouvrages traitant de la ville comme d’un élément central du propos :


-  Ulysse, de James Joyce (1922)

-  Le Meilleur des mondes, d’Aldous Huxley (1932)

-  1984, de George Orwell (1949)

-  Le cycle des épées, de Fritz Leiber (1970)

-  Le Monde inverti, de Christopher Priest (1974)

-  La huitième couleur, de Terry Pratchett (1983)

-   Le Fleuve des dieux, de Ian McDonald (2004)

-  Le Goût de l’immortalité, de Catherine Dufour (2005)

-  Les tours de Samarante, de Norbert Merjagnan (2008)

-  Petits arrangements avec l’éternité, d’Eric Holstein (2009

-  Zen City, de Grégoire Hervier (2009)

-  Abyme : le Guide de la Cité des Ombres, de Raphaël Granier de Cassagnac et Muriel Algayre (2009)

-  Kadath, de Mélanie Fazi et Raphaël Granier de Cassagnac (2010)

-  Eternity Incorporated, de Raphaël Granier de Cassagnac (2011)

-  Les loups de Prague, d’Olivier Paquet (2011)

-  La ville est un échiquier de John Brunner.
-  Bleu comme une orange de Norman Spinrad,
-  Neuromancien de William Gibson
-  Villes nomades de James Blish
-  Les annales de la cité de Frederik Pohl
-  Les Monades urbaines de Robert Silverberg
-  Les Futurs Mystères de Paris de Roland C.Wagner
-  Etoiles Mourantes d’Ayerdhal et Jean-Claude Dunyach

Chloé

PS : La liste n’est évidemment pas exhaustive...