Le Château des millions d’années
( Tétralogie des origines 1 )
de Stéphane Przybylski
aux éditions Pocket ,
collection Imaginaire
Genre : Uchronie

Auteurs : Stéphane Przybylski
Date de parution : janvier 2017 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 414
Titre en vo :
Première parution : janvier 2015


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Un récit SF à base de conquêtes, de nazis et d’anciennes et mystérieuses civilisations.

Stéphane Przybylski est auteur d’ouvrages militaires et historiques, dont La Campagne de 1870, distingué par le prix de l’Académie de Stanislas.

Après des études en communication et en graphisme, il commence à travailler pour un groupe de presse spécialisé dans l’histoire militaire, et se lance peu après dans la rédaction d’ouvrages historiques dont le premier est publié en 2004.

Il aime la science-fiction depuis le collège et écrit des histoires depuis cette époque. Le Château des millions d’années a été accueilli sur les blogs par un enthousiasme généralisé et salué par le prix Révélation Futuriales 2016. Dans sa Tétralogie des Origines, la suite s’intitule Le Marteau de Thor et le 3e volet, Club Uranium.

Un premier tome qui réunit l’ancienne Mésopotamie et l’Allemagne nazie

On est en 1939 et la guerre se prépare en Europe, à cause d’Hitler et de sa folie de conquêtes et de massacres. Les personnages principaux, Friedrich Saxhäuser et Joachim Schmundt, nazis de conviction et d’opportunisme, sont chargés par Hitler, dans le plus grand secret, de découvrir une arme légendaire située en plein coeur de l’Irak, arme qui pourrait assurer la victoire définitive du parti nazi dans sa volonté de conquête planétaire.

On est aussi en 2 500 av. J.-C. en Amérique centrale ; dans l’ancienne Mésopotamie de l’Irak ; et dans d’autres lieux où sont nées les grandes civilisations de l’humanité, surveillées par des êtres dont l’identité va se dévoiler progressivement.

Un récit découpé, haché

Ce roman est construit d’une manière très hachée, avec de (trop) fréquents retours dans le passé pour expliquer les événements présents et la psychologie des personnages. Cela permet au lecteur d’avoir les informations nécessaires au bon moment, mais cela perturbe la chronologie de l’histoire, ce qui casse le suspense.

Des personnages face à la montée du nazisme

En Europe et particulièrement en Allemagne sur la période 1929-1939, il est quasiment impossible d’échapper à l’omniprésence du parti nazi. Les personnages du roman vont devoir se situer par rapport à ce pouvoir dictatorial et meurtrier, qu’ils l’approuvent ou le rejettent. Pour certains d’entre eux, ce parti est la seule manière de s’en sortir : militaire de formation, Saxhäuser n’a pas d’autre avenir possible ; tandis que l’archéologue Joachim Schmundt ne trouve de reconnaissance à ses travaux que dans les cercles nazis. Quant aux personnages issus de l’aristocratie, comme Andrea von der Goltz, les thèses eugénistes sur la race aryenne ne peuvent que les séduire à l’issue de la guerre de 1914-1918 qui a vaincu l’Allemagne.

Une quête au trésor dont va dépendre l’issue de la Seconde Guerre mondiale

On se retrouve donc avec une palette de personnages plus ou moins convaincus du nazisme (donc globalement antipathiques) qui se lancent dans l’aventure du désert irakien pour tenter de récupérer une arme légendaire toute-puissante qu’Hitler veut posséder à tout prix. Suit un mélange de mythes et d’histoire faussée que les nazis se racontent pour se convaincre eux-mêmes : des "proto"-Aryens auraient été en contact avec les habitants de l’ancienne Mésopotamie avant de gagner la mythique Hyperborée (terme employé par les Grecs anciens pour désigner la Scandinavie), ce qui expliquerait la présence en Irak de cette arme revendiquée par les nazis. C’est dire l’ambiance intellectuelle dans laquelle baignent les personnages du roman : le pouvoir leur demande de croire en des thèses scientifiquement fausses, et ils se retrouvent coincés entre leur rationalité, leur fidélité à leur parti qui leur sert de famille, et leur empathie face à leurs anciens camarades qu’on leur demande de tuer.

Une présence radicalement autre

Dans le désert irakien, les choses vont échapper au contrôle de l’expédition archéologique nazie. Saxhäuser se retrouve confronté à des êtres et à une technologie non humaine qui échappent à sa compréhension, et le lecteur commence à comprendre où l’auteur veut en venir. Car il s’agit bien de l’origine de toutes les civilisations humaines, de la réalité des divinités, et de l’issue de la guerre mondiale qui se prépare.

L’Histoire se met en marche

L’intrigue continue encore et toujours à se complexifier. Les personnages acquièrent davantage d’épaisseur à la lumière de leur passé et des événements nouveaux, la politique européenne s’alourdit du colonialisme de l’Angleterre et de l’Allemagne qui cherchent à s’emparer des pays arabes en manipulant ces derniers, qui ne sont pas aussi naïfs que les Occidentaux voudraient le croire. Les nazis mettent leur antisémitisme en avant pour cacher leur racisme aux pays arabes et obtenir leur collaboration : car il faut bien ramener en Allemagne les "objets" trouvés en Irak, alors qu’Hitler vient d’envahir la Pologne...

Une uchronie en 4 volumes

Ce premier tome de la tétralogie plante un décor complexe qui pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses, et montre l’ambition de l’auteur qui cherche à réunir beaucoup (trop ?) de thèmes dans une seule intrigue : les Mayas, les Mésopotamiens, les premiers Scandinaves, des mythologies peut-être communes, les extraterrestres, les figures divines, l’hyper-technologie, le nazisme...

Cela fait beaucoup, peut-être trop, mais après tout, Stéphane Przybylski dispose de quatre tomes pour développer ses idées et donner la mesure de son talent. Attendons donc les tomes suivants pour pouvoir juger de l’œuvre entière, et profitons en attendant d’un roman qui se lit bien malgré une chronologie dispersée. 

Anaelle Weiss