Le Chevalier
( Le Chevalier-Mage 1 )
de Gene Wolfe
aux éditions Calmann-Lévy ,
collection Fantasy
Genre : Fantasy

Auteurs : Gene Wolfe
Couverture : Benjamin Carré
Traduction : Pierre-Paul Durastanti
Date de parution : octobre 2005 Inédit
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 432
Titre en vo : The Knight
Cycle en vo : The Wizard Knight

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Exigeant...

Né en 1931 à New York, Gene Wolfe a d’abord intégré la garde nationale du Texas avant de poursuivre une carrière d’ingénieur. En 1965, il vend (enfin) son premier texte à un éditeur. Sa carrière d’auteur décolle. Il publie nouvelle sur nouvelle et se distingue avec le succès notamment du Livre du Nouveau Soleil de Teur entamé en 1980. Alors qu’il s’était fait plutôt discret, tout du moins chez nous, ces dernières années, le voici ce retour avec ce diptyque publié par la nouvelle collection Fantasy de Calmann-Lévy : Le Chevalier-Mage.

Quand un jeune Américain devient chevalier...

Enfant, Able se retrouve, au cours d’une balade en forêt, projeté dans un monde médiéval-fantastique où la magie et les créatures fabuleuses ont toute leur place. Rapidement et grâce à un homme fou qui le prend pour son frère, il apprend à survivre et devient au contact de la reine des Aefles un chevalier sous le nom d’Able du Grand Coeur. L’aventure ne fait alors que commencer.

Gene Wolfe ou le style avant tout !

Voir un nouvel inédit de Gene Wolfe arriver en France était à priori plutôt une bonne nouvelle. L’homme a la réputation d’être un styliste, chose pas si courante en fantasy. Ce premier tome du diptyque nous en apporte une preuve éclatante. Rarement les romans de fantasy sont à ce point « écrit » avec une vraie recherche dans le style. Gene Wolfe prend son jeune héros devenu homme trop vite pour narrateur. Il possède une vraie naïveté et un manque de recul qui le rendent attachant mais qui rend le fil de l’histoire difficile à suivre. Passant d’une aventure à l’autre, sans vraiment prendre le temps de décrire le monde qui l’entoure, Able digresse volontiers, pratique à outrance l’art de l’ellipse et finalement nous perd rapidement. Qu’on ne s’y trompe pas, Le Chevalier est un livre ardu où la concentration est nécessaire pour oser parcourir ses pages. Impossible de sauter un paragraphe sous peine de se retrouver complètement coulé. Les amateurs d’une fantasy épique et barbare en seront pour leurs frais. Bon nombre de lecteurs auront sans doute du mal à suivre. Certains se régaleront du style de Wolfe, mais la plupart n’y trouveront qu’ennui et difficulté au point de passer complètement à côté de l’histoire en se heurtant au mur de l’écriture de l’auteur. En tout cas, voilà un livre atypique comme on en fait peu. Trop peu ? C’est à chacun de voir. Mais il n’est en tout cas pas inintéressant de s’y frotter ne serait-ce que quelques pages. Car la Fantasy, c’est aussi ce genre de récit, exigeant et difficile...

Jérôme Vincent

Révolution

Avec ce tome, Gene Wolfe réalise une révolution dans l’univers jusque là bien cadré de l’Héroïc-Fantasy. Bousculant les clichés, loin du combat interminable du Bien contre le Mal, il nous offre des personnages réalistes, pleins de qualités et de défauts, souvent forts mais masquant leurs faiblesses derrière des paravents de circonstances, arpentant un univers qui sonne plus « vrai » que le simple monde médiéval-fantastique habituel de ce genre littéraire.

En fait, non pas un, mais sept mondes qui s’enchevêtrent, avec une hiérarchie précise entre eux, classant les créatures de chacun par-rapport à ceux du monde du dessus ou du dessous. Un concept tiré des antiques croyances nordiques, qui pourrait être brouillon et compliqué, mais que l’auteur nous dévoile peu à peu, lançant au fil des pages quelques informations qui, en s’assemblant, permettent d’entrer dans le jeu et de suivre le héros tout au long de son parcours initiatique, avec parfois des surprises :

- Un Aelfe respecte un serment juré par les Hauts Dieux
- ...
- Vous parlez des habitants du Sciel ?
- ...
- Les hauts dieux aelfes étaient le peuple du ciel. Ou plutôt le peuple qu’on voit dans le ciel d’Aelfrie.
- ...
- Vous prétendez que je suis un dieu moi aussi . C’est de la folie !

Le héros, jeune américain, est projeté dans cet univers aux facettes changeantes avec ses seules connaissances du Xxème siècle. Il est, tout autant que le lecteur, perdu sans les clés nécessaires à la compréhension des aventures qu’il vit. Ainsi c’est ensemble que nous découvrons la vie, les êtres et les règles qui régissent le Mythgarthr et les autres mondes. Avec comme seules armures la candeur et la loyauté de celui qui veut devenir Chevalier. Et une denrée qui semble rare là-bas tout autant que sur notre Terre : le respect de la parole donnée, élément majeur, pivot de toute cette oeuvre qui semble sans cesse nous rappeler que mentir ne peut mener qu’à la chute et à la déchéance, que pour progresser il faut savoir agir en marchant droit dans la vie.

Oeuvre majeure, reconnue, ce livre a ouvert tout un pan nouveau, une voie oblique entre la Fantasy violente et basique de Conan ou la mièvrerie des contes de fée.

Jean Rebillat