Le Dernier Elfe
( 1 )
de Silvana de Mari
aux éditions Albin Michel ,
collection Wiz
Genre : Fantasy

Auteurs : Silvana de Mari
Couverture : Gianni De Conno
Traduction : Jacques Barbéri
Date de parution : novembre 2005 Inédit
Langue d'origine : Italien
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 381
Age minimum : 1 ans
Titre en vo : L’ultimo elfo
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : janvier 2004

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Pourvu que ce ne soit pas le dernier...

Silvana de Mari, une psychothérapeute de Turin démarre très fort avec ce premier roman brillantissime qui a remporté à juste titre le prix Andersen Italia en 2004.

« Tu es en train d’expier une faute d’une vie précédente, ou tu as une autre raison pour traîner un elfe avec toi ? »

Yorshkrunsquarkljolnerstrink (vous pouvez l’appeler Yorsh) se retrouve livré à lui-même quand sa grand-mère se noie sous la montée des eaux. Sans y prendre garde, il s’approche d’une femme mais contre toute attente au lieu de le dévorer assaisonné de romarin, elle le prend sous sa protection. Les voilà partis escortés d’un chien sans nom et bientôt rejoints par un chasseur. Alors que le petit groupe est confronté à des tas de dangers, Yorsh ne remarque rien trop concentré à trouver un nom au chien et par sa naïveté et sa méconnaissance des choses humaines augmente le péril qui les guette.

« Quel mal vous a poussés, ô discourtois étrangers à venir jusqu’à mon huis pour faisre votre impudent émoi ? »

Pour réaliser une prophétie inscrite sur le mur d’un souterrain par lequel ils ont fui la prison et la pendaison et après que la bonté du petit a amadoué un troll et deux géants, la troupe part en quête du dernier dragon.

Ils le trouvent reclus au milieu d’une bibliothèque gigantesque et bien mal en point si bien que le petit elfe se résout à rester près de lui et à lui lire des romans sentimentaux, genre que le dragon affectionne. Celui-ci est en fait tout affairé par la grande mission de sa vie et une fois qu’il l’aura terminée, une tâche supplémentaire va échoir à Yorsh avant qu’il ne puisse accomplir les dernières lignes de la prophétie...

Un récit qui frôle la mièvrerie pour mieux déployer sa poésie

Yorsh est tellement attachant, si convaincant dans ses luttes que parfois on craint que l’histoire sombre dans les bons sentiments. Mais très vite, on s’aperçoit que l’auteur joue habilement des contrastes. Le récit oscille entre cynisme et poésie ainsi quand il voit pour la première fois pleurer Sarja, Yorsh remarque que la femme pleut étrangement sur elle-même et vingt lignes plus loin, il la questionne sur son attitude parce que les elfes expriment la tristesse par des lamentations et s’exclame « rester assis par terre à couler du nez et des yeux pour avoir les yeux rouges et respirer avec la bouche, c’est comme si tu voulais faire venir le rhume ». Le passage où l’auteur décroche avec une habileté fascinante du sentimentalisme pour basculer avec brio dans la dérision est celui où Yorsh tente d’enseigner les rudiments du langage au dragonnet.

De même alors que la prophétie sert de fil conducteur et qu’à ce titre, on s’imagine être en présence d’une intrigue linéaire, la romancière réserve quelques subits retournements et ne s’interdit aucun ressort, dussent ses lecteurs en concevoir quelque chagrin.

Un livre si riche qu’on l’achève à contre-cœur

En plus de sa finesse d’esprit et de sa délicatesse de forme, ce roman présente des amorces de réflexion sur la société subtilement amenés.

Quand le petit elfe interroge ses deux parents adoptifs sur la haine qu’ont les hommes pour les elfes, ils protestent aussitôt que c’est de la faute des elfes, que ce sont ces derniers qui ont déclenché des tas de malheurs. Dans cette société tyrannique et répréssive, ce sont les elfes les boucs-émissaires ceux qu’on jette en pâture à la vindicte publique. Parallèlement à cette question de la culpabilité, Le Dernier Elfe développe celle de la responsabilité de la protection que chaque être doit aux siens et à ceux qui lui ont fait confiance. Si l’on tient compte de la profession première de Silvana de Mari, on peut même déceler dans le parcours des héros une forme de résilience.

Les illustrations pleine page qui ponctuent le livre, comme dessinées par la brume dans leurharmonieux dégradé de noir, gris et blanc rajoutent un supplément d’âme à l’ouvrage.

Au fur et à mesure qu’on dévore les pages inspirées de ce roman, une inquiétude sourde s’accroit dans l’esprit du lecteur, il ralentit sa progression pour mieux savourer tous les ingrédients qui font du Dernier elfe un grand et beau moment de plaisir, sans doute notre dernier livre préféré pour un long moment !

Nathalie Ruas

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