Le Miroir
de Edith Wharton
aux éditions Gallimard ,
collection Folio 2€
Genre : Fantastique
Sous-genres :
  • Esotérique

Auteurs : Edith Wharton
Traduction : Florence Levy-Paolini
Date de parution : 2010 Réédition
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage : Recueil
Nombre de pages : 95
Titre en vo :
Première parution : 2001

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Deux nouvelles sur la mémoire des morts

Edith Wharton a publié une cinquantaine de textes entre 1890 et sa mort en 1937. La moitié des œuvres de cette américaine, amoureuse de l’Europe et de la France en particulier, ont été traduites dans notre langue.
Les éditions Gallimard, qui publient à ce jour quatre de ses livres, donnent ici l’occasion de redécouvrir cette romancière méconnue, grâce à deux nouvelles : Le Miroir et Miss Mary Pask.

Ce que les morts disent aux vivants

Le Miroir est le récit fait à sa petite fille par une Mrs Attlee rongée de remords. Elle se souvient de l’époque où elle était la masseuse et confidente de Mrs Clingsland, une femme vieillissante qui refusait, farouchement, la perte de sa beauté d’antan. Dans sa douleur, la riche dame, insatisfaite des dénégations molles de son entourage, est prête à croire celui qui pourra la convaincre de la puissance de ses charmes d’alors. Quand elle confie à Mrs Attlee le souvenir d’une amourette inachevée, cette dernière lui propose d’entrer en contact avec le défunt jeune homme qui n’osa jamais rien à son égard. L’idée, géniale sur le coup, a tant d’effet que Mrs Attlee se retrouve piégée dans un mensonge qui, à bien des égards n’en est pas tout à fait un.

Miss Mary Pask s’est installée en Bretagne où, fortuitement, passe le narrateur. Pourquoi ne pas lui rendre visite ? Il évoque les quelques souvenirs qu’il a de cette femme, tout en tâchant de retrouver sa maison dans l’obscurité grandissante. Ce n’est qu’une fois la porte trouvée et le heurtoir reposé, qu’il se souvient du décès de Miss Pask. Il est trop tard pour reculer, son hôtesse est déjà là...

Les Morts, les vivants et les autres


Les deux textes ici regroupés décrivent bien les rapports qu’entretiennent les vivants avec leurs morts. À la fois fascinés et terrifiés par l’inéluctable terme de toute existence, les personnages d’Edith Wharton sont toutefois attachés à des souvenirs, à leur passé, à ce qui était leur jeunesse. Que le jeune Harry soit mort noyé importe moins à Mrs Clingsland que la possibilité de retrouver, même en songe, ses capacités de séductrice.
Miss Pask, quant à elle, n’est-elle pas fantôme que parce qu’on la regarde ainsi ?
Les paysages torturés de Bretagne, la fièvre du narrateur, les désirs de Mrs Clingsland et les dons de voyance et de suggestion de Mrs Attlee, voilà qui constitue des ponts suffisamment solides entre les vivants, les morts et ceux que la mémoire n’a pas encore classés.

Les deux textes offerts en Folio 2€ ne se parent de fantastique que pour mieux parler de psychologie. À moins que ce ne soit le contraire...

Ketty Steward