de Régis Loisel et Serge Le Tendre
aux éditions Dargaud
Scénariste :
Serge Le Tendre
Dessinateur :
Régis Loisel
Couleurs :
Laurence Quilici
Date de parution : janvier 1998
Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 48
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
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Le tome du mystère
Réaliser
un grand succès d’édition avec une première BD n’est pas
l’apanage de tout le monde. La difficulté était sans doute encore
plus grande au début des années 80, dans un univers éditorial
plutôt frileux. C’est pourtant ce qui est arrivé au duo Le Tendre
Loisel avec La Conque de Ramor, premier tome de La Quête de l’oiseau
du temps. Sans avoir assis ses auteurs sur des pétales de roses, elle
leur a certainement fourni l’assurance, et accru leur exigence, à l’heure
de la publication du Temple de l’oubli, deuxième tome de la série,
sorti en 1984. La confirmation n’a pas tardé, et ce deuxième volet
a extrait la série de la réussite anecdotique pour la promouvoir
au rang des grands succès de l’époque. Une ascension irrésistible,
comparable à l’évolution de La Quête elle-même,
tirée vers le haut par le talent croissant de ses auteurs. Souvenez-vous...
"La
magie déchire Akbar ! Elle nous séduit... nous illusionne..."
Bragon,
Pélisse et l’Inconnnu ont ramené la conque de Ramor, chèrement
conquise auprès des gris grelets, à Mara. Mais afin de l’étudier,
la sorcière a besoin de plus de temps qu’il n’en reste jusqu’à la
libération du dieu de la conque, qui sonnerait la fin du monde d’Akbar.
Aussi tente-elle de persuader Bragon de partir à la recherche de l’oiseau
du temps. Bragon accepte sans mal, le nombre des années, n’ayant guère
émoussé sa passion pour Mara, passion qu’il reporte désormais
sur la jolie et jeune frimousse de Pélisse.
Mais
il y a un hic, ou plutôt deux. Le premier, c’est que l’emplacement de l’oiseau
du temps n’est indiqué que sur des runes situées au coeur du temple
de l’oubli, dont nul n’est jamais ressorti vivant, pas même les Jaisirs
qui en gardent l’entrée. Le deuxième hic est que, pour s’assurer
la réussite de son entreprise, Mara a choisi à Bragon un coéquipier
dont celui-ci aurait bien voulu se passer : Bodias, le Prince-sorcier de la Marche
des mille verts, celui-là même qui ravit le coeur de Mara dans la
jeunesse de Bragon. Et pour ne rien arranger, les jaisirs semblent bien peu disposés
à laisser Bragon entrer en posession des runes du temple. Dans ce contexte,
leur alliance avec Bulrog, désormais ennemi notoire de Bragon, n’est pas
pour faciliter la tâche à notre chevalier...
"...Pour
mieux nous asservir... Mieux nous perdre."
Dans
ce deuxième volume, le mystère s’épaissit : maintenant que
la conque est entre les mains de Mara, se pose la question de ses réelles
intentions. Et même si cette question est reléguée au second
plan par l’aventure de Bragon et de ses compagnons, le personnage de Mara, n’apparaissant
qu’au détour de petites vignettes ombreuses, prend désormais une
dimension inquiétante. Cette impression est relayée dans toute l’aventure
par les imprécations de Fjel ou de Bodias, chez lesquels la mort s’accompagne
d’un sursaut de lucidité (et réciproquement). De même, l’étrange
pouvoir du fourreux et son association quasi-symbiotique avec Pélisse projettent
de nouvelles zones d’ombre sur l’apparente évidence. Ce tome est également
caractérisé par un final tragique éblouissant, marqué
par la disparition prématurée de Bodias (et incidemment de la Marche
des mille verts), auquel on commençait tout juste à s’attacher après
l’avoir copieusement détesté pendant la première moitié
du tome. En somme plus l’aventure progresse, plus Bragon s’insinue en nous. Le
talent de Le Tendre s’affirme plus que jamais, et l’intrigue générale
de La Quête, tout juste ébauchée dans La Conque
de Ramor, déploit ici toute son envergure.
Du
point de vue du dessin, Le Temple de l’oubli marque une transition, notamment
dans les décors et les prises de vue : Loisel enrichit ses planches de
grandes vignettes et se ménage des perspectives pharaoniques, notamment
dans le décor de Numûr qui n’est pas sans rappeler localement le
trait de Moebius. Malgré quelques planches un peu fouillis, étrangement
disséminées dans tout l’ablum, Le Temple de l’oubli présage
le dessin futur de Loisel avec des traits plus fins et plus assurés. La
mise en couleur suit la même évolution avec, deci-delà, des
planches d’une densité rarement égalée depuis. La diversité
des paysages, et leur abolue précision donnent à Akbar une épaisseur
et une réalité qui prendront tout leur sens dans Le Rige
et L’Oeuf des ténèbres.


