Le Terreau des braves
( Les Fléaux d'Enharma 1 )
de Stéphane Créty et Sylvain Cordurié
aux éditions Delcourt
Genre : Fantasy
Sous-genres :
  • Sword and sorcery

Scénariste : Sylvain Cordurié
Dessinateur : Stéphane Créty
Couleurs : Simon Champelovier
Date de parution : septembre 2009 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 46
Titre en vo :

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La quête des féaux en armes

Après Acriboréa et Salem la noire, les éditions Delcourt nous proposent une nouvelle série du duo Cordurié-Créty. Cette fois-ci, le scénariste Sylvain Cordurié, auteur à suivre de plusieurs premiers albums (Le Céleste noir, Le Code d’Hammourabi, L’Epée de feu, One, Les Seigneurs de Cornwall), nous entraîne dans un univers médiéval où quatre assassins tout droit sortis d’un jeu de heroic fantasy vont sauver le royaume de l’Anspech des griffes de la liche.

Il est aidé dans cette aventure par le trait baroque, épique et inspiré de son complice Stéphane Créty, codessinateur, par ailleurs, des derniers Contes du Korrigan. Une association qui a déjà fait ses preuves avec Acriboréa, un cycle en cinq actes sur le destin d’une colonisation spatiale contrariée.

Des fléaux réclamés…


Pour la première fois depuis mille ans, la forteresse des Tarns, dans les marches montagneuses de Rom, cède devant l’armée du royaume de l’Anspech. Mais alors que le seigneur Aracelis, aussi fat que doué au combat, savoure son triomphe, le traître Surin invoque les fantômes des guerriers morts au terreau des braves. L’armée victorieuse est anéantie et ne pourra plus s’opposer au retour de la Vile, une liche vilement monstrueuse.

La fine soldatesque du royaume décimée, le sortileste Grimillon, ne voit qu’une solution pour éviter les ravages de la liche : évacuer la population et faire appel à des mercenaires étrangers. C’est donc tout naturellement que les quatre fléaux d’Enharma sont recrutés par le seigneur Kulik et le sortileste. Un magicien roublard, une bretteuse elfique, un combattant sans scrupule, une brute chevelue : les quatre fléaux sont précédés d’une réputation de tueurs sanguinaires qui fait trembler les plus braves.

En visite commandée sur l’archipel de Biron, pour satisfaire les désirs vengeurs de la magnatide Calebria, les quatre fléaux sont bien heureux d’échapper au piège qu’elle leur a tendu en guise de remerciement. Leur décision est prise : sus à la liche !

Des antifléaux ?


Disons le tout de suite, les dessins sont superbes et les couleurs
(de Simon Champelovier) flamboyantes. Du rouge pour les combats. Du bleu émeraude pour la mer. De l’ocre et de la terre de Sienne pour les bouges des villes et l’antre de la Vile. Du bleu pour la neige nocturne. L’atmosphère est rarement éthérée. Une alternance de couleurs chaudes sulfureuses, boueuses et de couleurs froides glacées. Cet album est d’abord un bain de couleurs.

Il est servi par un dessin très maîtrisé de Stéphane Créty. Un curieux mélange d’ailleurs : les décors, les architectures, avec ou sans contours noirs, sont d’un réalisme obsessionnel. Les armures, les drapés façon XVIème siècle, les animaux, les corps et les musculatures sont riches, ondulés, naturels et léchés. Les visages, mi-uderzesques, mi-masbouesques (De cape et de crocs), sont tout sauf réalistes. Des gros pifs. Des faces sillonnées de rides. Seules les femmes sont épargnées. Les hommes sont tous repoussants. Deux des fléaux sont carrément moches avec des têtes de gros beaufs. On n’en voudrait pas pour voisin. Ce panachage inattendu de maîtrise graphique et de dégradation volontaire des personnages donne de la distance par rapport au récit. Cela donne une certaine note originale à la ligne graphique, mais cela retire aussi de la force à la démonstration graphique. De l’introduction volontaire du vulgaire dans l’euphorie lyrique.

Cela contribue également, et le scénario s’y prête, à ne pas éprouver trop de sympathie pour ces quatre fléaux. Habiles, doués, ils sont dans l’action, ils sont des pantins peu sympathiques, ils ne sont pas très attachants et les personnages théoriquement secondaires (Grimillon, Kulik, Aracelis, Calebria, etc.), pas toujours très nets, paraissent bien plus intéressants. On a du mal à croire que ces personnages, mi-superhéros, mi-ridicules, soient aussi sanguinaires que les autres personnages veulent bien le penser. À bien des égards, ils ont des allures d’antihéros (à vrai dire, des antifléaux).

La trame générale n’est pas très originale, mais elle est parsemée de détours et de détails riches et captivants. Des scènes en altitude. Une hyène géante en garde du corps. Une liche insectoïde. L’univers est crédible et ce premier album n’est pas qu’une entrée en matière. Il est complet et plonge tout de suite dans l’atmosphère. À noter, mais on le savait déjà avec Cordurié-Créty, une cinématique et un découpage impeccables. Une mise en page classique, mais solide, exploitant des angles de vue bien vus et des panoramiques sur une ou deux pages.

Un bon scénario de jeu de rôle. Un univers pictural tout en débauche de couleurs. Une juxtaposition de styles graphiques superbes qui en agaceront plus d’un. Néanmoins (pour les gros tarins), un must de la rentrée BD.

Marc Alotton

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