Le Vent des dragons
( Les Chroniques de la Lune noire 2 )
de Olivier Ledroit et François Froideval
aux éditions Dargaud
Genre : Fantasy

Scénariste : François Froideval
Dessinateur : Olivier Ledroit
Couleurs : Olivier Ledroit
Date de parution : janvier 1990 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 48
Titre en vo : 1

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retour sur un mythe

Quinze ans après la sortie du premier tome des Chroniques de la lune noire, devenue depuis l’une des valeurs sûres du box-office de la BD d’heroic-fantasy, ActuSF revient sur l’histoire controversée d’une série qui n’en finit pas de se poursuivre. Pour l’occasion, nous avons choisi de scinder artificiellement les neuf premiers volumes de cette série en deux époques, marquées par deux dessinateurs différents.

La première époque est celle des tomes 1 à 5, qui propulsèrent la série au devant de la scène d’une production de BD sinistrée au début des années 90. Elle fut marquée par les débuts d’un dessinateur encore hésitant, mais qui ne tarda pas à faire parler de lui : Olivier Ledroit. Le futur compère de Mosdi (Xoco) et plus tard de Mills (avec lequel il a entre autres commis les Sha et autres Requiem), a développé au cours de ces cinq volumes (au rythme de un par an), un trait et une maturité qui lui valent aujourd’hui d’être adulé par une portion de lecteurs et de graphistes et détesté par les autres. Nous verrons que ces cinq premiers volumes ne sont pas loin de former un tout scénaristique également  : dans ces épisodes, F.M. Froideval pose le décor d’une trame complexe à plusieurs niveaux d’intrigue qui ne trouveront pour la plupart jamais de réponse dans les volumes suivants.

Un empire, un semi-elfe et une prophétie

L’histoire des Chroniques de la lune noire (= Cdlln) est avant tout celle d’un héros : Wismerhill, un semi-elfe à la recherche de ses origines, et de ceux appelés à devenir ses acolytes. Dans Le Signe des Ténèbres (Cdlln -1), on apprend qu’une prophétie a prédit la chute de l’empire de Lhynn, précipitée par l’intercession d’un étrange individu qui commanderait les vents. Néanmoins, cette prédiction semble bien loin de se réaliser et le héros tant redouté n’est encore qu’un vulgaire bandit de grand chemin pourfendeur de lièvres. Pourtant, la trame du destin de Wismerhill va rapidement multiplier les noeuds et les virages inattendus. Sa rencontre avec Pile-ou-Face va le précipiter dans la filouterie. Son empathie avec les vents va rapidement faire de lui un des lieutenants privilégiés de Ghorghor Bey, le plus redoutable mercenaire de l’empire, demi-ogre de son état, à la tête d’une véritable armée. Là, il parfait son apprentissage des règles de la guerre et de la magie. Mais l’hégémonie de la troupe de Ghorghor Bey leur attire rapidement l’inimitié des chevaliers de la lumière, menés par le redoutable Fratus.

Dans Le Vent des dragons (Cdlln -2), de nouveaux personnages entrent en scène  : croyant Ghorghor Bey perdu, Wismerhill va recomposer sa propre troupe de mercenaires, enrôlant successivement Murata, le samouraï, et les improbables jumeaux  : la petite Nasha et son frère Goum, aussi imposant que stupide. La route du petit groupe en direction de l’Oracle l’amène à traverser la passe des dragons, gardée par les seigneurs du même nom ; une bonne occasion pour Wismerhill de prouver sa légitimité de chef de bande.

Sa rencontre avec l’Oracle dans La Marque des démons (Cdlln
- 3)
va décider Wismerhill à en apprendre un peu plus sur son destin en recherchant son père elfe. Le temps est visiblement aux retrouvailles puisque Wismerhill retrouve à la fois son ancien chef, Ghorghor Bey, et ses ennemis héréditaires : les chevaliers de la lumière. Mais avec le temps, l’autorité de Wismerhill s’affermit, et il va mettre au pas le demi-ogre. Et tandis que Wismerhill court vers ses origines, et unit son destin à une étrange succube, une sombre conspiration s’ourdit pour mettre à bas l’empereur.

Une conspiration dans laquelle le héros a visiblement son rôle à jouer : dans Quand sifflent les serpents (Cdlln -4), Wismerhill se voit offrir l’opportunité de s’associer à Haazhel Thorn et ses forces de la lune noire qui complotent en secret pour anéantir les forces de Lhynn. Ses réticences à participer à la guerre qui s’annonce s’envolent lorsqu’il assiste à l’assassinat de son père par les troupes impériales. Mais Wismerhill ne se doute pas que ce crime a été mis en scène par ses nouveaux alliés de la lune noire afin de mieux le manipuler. De son côté l’empereur compte ses alliés : il s’assure le soutien des chevaliers de justice et de leur prince Parsifal, et se prépare aux pires perfidies des chevaliers de la lumière.

La guerre inévitable aura bien lieu. Dans La Danse écarlate (Cdlln -5), toutes les forces se mettent en branle et se préparent à l’assaut dans la faille de Tsaroth. Mais quand sonne l’hallali, rien ne se passe comme prévu. Malgré la défection prévisible des forces de la lumière qui abandonnent le camp impérial à son destin, les forces de la lune noire et leurs alliés morts-vivants se brisent face au nombre de défenseurs de l’empire. Même l’intervention d’Haazhel Thorn en personne ne sauvera pas son camp, et Wismerhill retiendra ses troupes plutôt que de les jeter dans un combat perdu d’avance. Et si, là encore, la défaite surprise de la lune noire était en réalité fomentée de l’intérieur  ?

Une série dominée par l’irrégularité

Depuis ses débuts, cette série d’heroic-fantasy a été marquée par ses développements épiques, et l’irrégularité de son scénario et des son graphisme. Dans les deux premiers tomes de la série, le dessin de Ledroit est plutôt imprécis, voire brouillon (avec une multiplication des traits plutôt malvenue) et sa mise en couleurs plutôt inégale. Pourtant, déjà, son style s’épanouit dans certaines planches qui comptent parmi les plus somptueuses de la série, notamment les dragons du tome 2. Mais le dessin de Ledroit prend toute son ampleur dans le troisième tome , à ce jour le plus réussi graphiquement.

Malheureusement, tandis que les qualités graphiques de Ledroit progressent, la qualité du scénario va s’amenuisant. Alors que les évènements et les intrigues se croisent et se développent au gré des trois premiers volumes, Quand sifflent les serpents marque un véritable coup d’arrêt à l’histoire : la venue et la mort immédiate du père de Wismerhill sonnent faux, tout comme l’apparition des chevaliers de justice, menés par un avatar de Schwartzie aux cheveux bleus. Pour ne rien améliorer, ce tome marque également les débuts de coloristes pour la série d’Isabelle Merlet, et le contraste entre les planches de ce volume colorisées par Ledroit et les siennes est très saisissant. Aussi, quand vient la bataille de La Danse écarlate, on sent bien que le coeur de Ledroit n’y est plus : en dépit d’une des couvertures les plus magnifiques que je connaisse, ce dernier volume dessiné par Ledroit annonce les errements futurs de cette série qui aurait pu, que dis-je : qui aurait dû s’arrêter là.

La surenchère guerrière au cours de ces premiers volumes atteint en effet son paroxysme dans ce cinquième volume, construit quasi-exclusivement autour de la bataille de Tsaroth. On est gavé de bataille à une échelle rarement atteinte en BD (sauf peut-être dans le Salammbo de Druillet), mais les développements du scénario ne nous mènent nulle part. On se surprend presque à espérer que le prochain tome sera le dernier... Loin s’en faut : si Ledroit jette l’éponge, Pontet monte au créneau pour perpétuer les aventures de Wismerhill. Aussi, quand on reprend les cinq premiers épisodes, on ne peut que se poser la question : comment a-t-on pu en arriver là ?

Laurent Deneuve

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