Le Voyage gelé
( 1 )
de Philip K. Dick
aux éditions Folio SF ,
collection SF
Genre : SF

Auteurs : Philip K. Dick
Couverture : Benjamin Carré
Traduction : Emmanuel Jouanne
Date de parution : janvier 2004 Inédit
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 219
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga

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Un excellent recueil pour découvrir l’univers dickien

Philip K. Dick (1928-1982) est l’un des plus grands auteurs de science-fiction. S’il est reconnu en France, l’accueil n’a pas été le même aux Etats-Unis, dans son propre pays, où il a été au pire glacial, au mieux condescendant. Malgré de nombreuses adaptations cinématographiques de ses romans, il n’a toujours pas sa place au panthéon des écrivains. Les grands réalisateurs, eux, ont bien vu tout ce que l’univers de Dick pouvait apporter au cinéma. Ainsi, Blade Runner a été adapté par Ridley Scott, Total Recall par Paul Verhoeven, Minority Report par Steven Spielberg et Paycheck par John Woo.

La grande période de rédaction de nouvelles par Dick se situe dans les années 50. Celles présentées ici sont plus récentes, à cette époque (1958-1981), il se consacre d’avantage au roman. Le recueil Le Voyage gelé est initialement paru dans la collection Présence du futur chez Denoël en 1997. Les nouvelles qui le composent ont été publiées aux Etats-Unis entre 1958 et 1981. A l’exception de la nouvelle placée en ouverture, elles sont toutes classées par ordre chronologique.

Dix nouvelles, dix visions pessimistes

Dix nouvelles au sommaire de ce recueil. En ouverture, Souvenirs trouvés dans une facture de vétérinaire pour petits animaux, le narrateur, un écrivain, Dick lui-même ? raconte à la première personne son histoire liée intrinsèquement à celle de Tony, l’un de ses amis récemment décédé. Un voyage halluciné entre rêve et réalité.

Certaines nouvelles sont centrées sur l’espace ou du moins sur les voyages spatiaux, mais ce qui intéresse Dick ce ne sont pas ce que ses personnages rencontrent lors de leurs voyages mais comment ils les vivent. Ainsi, d’un éternel retour d’explorateurs au mystique Cas de Rautavaara en passant par la folie qui peut guetter l’homme seul avec lui-même, Le Voyage gelé et L’Autremental, Dick retranscrit les angoisses humaines et la limite qui fait basculer notre esprit dans la folie. Que faire de Ragland Park ? et Un numéro inédit retournent vers la société mais à quel prix.

Pour ceux qui ont peur d’investir dans une intégrale (Lunes d’Encre chez Denoël), il reste le format poche pour s’initier à Dick. A la lecture de la première nouvelle, on se demande si l’auteur n’a pas définitivement sombré dans la folie. Le ton est donné, ces courts textes vous feront plus d’une fois basculer dans les abîmes du cerveau humain, dans l’horreur qui se cache au fond, tout au fond de chacun de nous. Tel Victor Kemmings, protagoniste unique du Voyage gelé, qui à cause d’une panne dans le système cryo du vaisseau, va devoir passer dix ans avec lui-même. Il transforme irrémédiablement les images de rêves que le vaisseau lui envoie en cauchemars. Sous couvert de science-fiction, c’est bien l’âme humaine que Dick sonde inlassablement. Et puisque l’auteur est un brin paranoïaque, la plupart de ses nouvelles ne peuvent être que pessimistes et cyniques. Par trois fois, il pose le problème de l’isolement spatial, qu’il soit suggéré par les astronautes du Retour des explorateurs, par Victor Kemmings ou par l’homme de L’Autremental, il montre que la solitude provoque un déséquilibre irréversible. Ici, c’et moins le thème de la véracité de notre réalité, sujet qu’il a beaucoup exploré, qui est mise en question que l’interrogation sur soi. Les nouvelles étant classées chronologiquement, on voit également l’évolution de Dick si Que faire de Ragland Park ? est encore très politique, très matérialiste, Le cas Rautavaara traite plus de spiritualité et de mysticisme. Il est intéressant à ce sujet de lire la première nouvelle, à proprement parlé, Non-O, et de la confronter celle qui clôt le recueil, L’Autremental, rédigée vingt ans plus tard. Elles se répondent étrangement et marquent le changement de l’auteur dans la perception même de la faillite mentale, tout en étant similaire dans la description du personnage.

Charlotte Volper

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